Un enregistrement relance l'affaire Kerviel-Société générale

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Jérôme Kerviel doit plaider pour la révision de sa condamnation, en 2014, à cinq ans de prison dont trois ferme.
Jérôme Kerviel doit plaider pour la révision de sa condamnation, en 2014, à cinq ans de prison dont trois ferme. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
La requête de l'ancien trader de la Société Générale, présentée ce lundi, pour faire annuler sa condamnation, en 2014, à 5 ans de prison dont 3 ferme, est marquée par la diffusion, la veille, d'un enregistrement clandestin incriminant l'établissement.

Le rebondissement intervient à la veille d'une semaine judiciaire chargée pour Jérôme Kerviel. Un témoignage diffusé par la presse, dimanche, pourrait bien servir la défense de l'ex-trader de la Société Générale dès ce lundi 18 janvier. Jérôme Kerviel, qui a été condamné en 2014 à cinq ans de prison dont trois ferme, se présente en effet ce lundi à une audience devant la Commission d'instruction de la Cour de révision afin de faire annuler sa condamnation. Et mercredi 20 (jusqu'au vendredi 22 janvier), il doit assurer sa défense devant la Cour d'appel de Versailles dans le procès d'appel sur le volet civil de l'affaire.

Dans cet enregistrement, réalisé à son insu en juin 2015, une ancienne vice-procureure du parquet de Paris qui a suivi l'affaire Kerviel met en cause sa hiérarchie et la Société Générale, selon des extraits de retranscription diffusés dimanche par Mediapart et 20 Minutes. La banque a aussitôt réagi, dénonçant des "pseudo-révélations" et "une nouvelle manipulation médiatique".

"La Société Générale savait, c'est évident"

"Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. (...) La Société générale savait, savait, c'est évident, évident", déclare, selon ces deux médias, Chantal de Leiris, ancienne vice-procureure au parquet.

La magistrate se confie alors à Nathalie Le Roy, ancienne commandante de la Brigade financière qui avait été en charge de l'enquête, et qui avait elle-même exprimé ses doutes sur le dossier; c'est elle qui enregistre la magistrate à son insu. L'idée que la Société Générale connaissait les prises de risques colossales sur les marchés de l'ancien trader et qu'elle les a couvertes est un des principaux axes de défense de Jérôme Kerviel.

Déclaré coupable en première instance et en appel, Jérôme Kerviel a été condamné définitivement à cinq ans de prison dont trois ferme en avril 2014, mais la Cour de cassation avait rejeté la somme de 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts demandée par la Société Générale, soit l'équivalent de sa perte en reprochant à la banque d'avoir failli dans ses mécanismes de contrôle. Cette éventualité avait été qualifiée de véritable "peine de mort civile" par son avocat, Me David Koubbi.

Le parquet mis en cause

Dans les extraits publiés dimanche, Chantal de Leiris revient sur le "classement" de ces plaintes par le parquet en 2012 et met en cause sa hiérarchie directe.

"C'est surtout Michel Maes [chef de la section financière au parquet à l'époque, Ndlr]. Sans arrêt, il me disait: 'Tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société Générale. Ca a été jugé, t'as pas à y revenir'. C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer [les plaintes] (...) Mais, c'est vrai ce que vous dites: vous avez été entièrement manipulée par la Société Générale", déclare Chantal de Leiris à son interlocutrice, selon les extraits.

Depuis, Jérôme Kerviel a de nouveau porté plainte avec constitution de partie civile, entraînant l'ouverture d'une information judiciaire.

Un enregistrement clandestin

Interrogé par l'AFP, le parquet de Paris indique qu'"il est extrêmement délicat de s'exprimer alors qu'il est fait état d'un enregistrement de 41 minutes, que les propos qui sont retranscrits sont forcément parcellaires et qu'on ne connaît pas le contexte dans lequel ils ont été tenus". Le parquet précise que Chantal de Leiris n'est plus vice-procureure au parquet, mais "réserviste", c'est-à-dire "magistrat honoraire qui fait des vacations".

Dans un communiqué, la Société Générale a fustigé des "allégations mensongères", qui "s'appuient de surcroît sur des éléments semble-t-il obtenus par des moyens contraires à l'éthique policière et judiciaire". La banque déplore une "nouvelle manipulation médiatique" visant "faire pression sur la justice et occuper la scène médiatique à la veille de l'examen de la recevabilité de la demande de révision de la condamnation pénale de Jérôme Kerviel".

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 22/01/2016 à 10:48 :
Enfin...! J'ai connu La Tribune un peu plus rapide pour confondre les vrais manipulateurs. Pas besoin de vous excuser, vos articles suintes les pressions extérieures. Le pire c'est que vous vous en rendez compte. Mais à force d'être magnanimes, vos lecteurs risquent de trouver des infos fraîches et pertinentes ailleurs.
On ne mord pas la main qui nourrit...
La Société Générale, Boursorama font partis de vos annonceurs, merci de nous le confirmer. Vos lecteurs ne vous en tiendront pas rigueur.
a écrit le 18/01/2016 à 18:05 :
En bref, en une seule vraie image, celle présentée lors d’une émission TV récente sur l’affaire Kerviel, « le visage de M. Veil », l’avocat de la Société générale, dur comme une pierre, vu le jugement officiel, ne révèle-t-il pas non pas 5/5 mais 6/5 la partie immergée de l’iceberg ? !
DONC !
1) Sa Mère, ancienne victime, une grande Dame qui se bat pour la Justice ..., doit être contente du résultat obtenu ! Et son fils encore plus fier !
2) Nous avons une Marianne. Au nom de la parité, pourquoi ne pas choisir ce regard plus que clair pour symboliser la France de la JUSTICE ? !
C. q. f. d. ? !
a écrit le 18/01/2016 à 17:17 :
Nous aurions un PIB, peut-on expliquer la définition de croissance, aux usa ils auraient 15% d’administration et 70% de consommation. Depuis 1998 nous ferions plus d’inflation que de croissance, en 2009 pour les usa selon les données numériques publiées à la Banque Mondiale. Faisons-nous, ne devrait-on demander la démission des banquiers centraux, on ne ferait pas de croissance non inflationniste alors qu’on parle d’une magie keyneisienne, ne fait-on pas la brimade au consommateur, la passion des français ? Des experts économiques ou judiciaires, comme pourraient remplacer quelques incompétents alors qu’on publie le gâchis français ou bien changer de modèle ? On condamne des financiers pour des erreurs mineures, mais on ne critique pas les baisses de pib ? http://www.bing.com/images/search?q=pib+par+habitant+france&view=detailv2&&id=4CEED6C5A24E0F7D26CC14FDD912D70E59298FA9&selectedIndex=57&ccid=q1Vo5aMq&simid=608028131426501660&thid=OIP.Mab5568e5a32a5bc08beee2291a7f8374o0
a écrit le 18/01/2016 à 15:49 :
Kerviel devait être le fayot moyen faisant tout pour plaire à son chef et obtenir éventuellement de l'avancement. Son arrogance et sa naïveté l'ont perdu. Il a commis des fautes et ne doit donc pas recevoir l'absolution. Toutefois, il serait juste de reconnaître aussi la culpabilité de ses supérieurs qui, sauf totale incompétence, ne pouvaient ignorer ses faits et gestes :-)
a écrit le 18/01/2016 à 15:30 :
Dans cette affaire Société Générale de corruption au sein de la SG,

il serait et il devient urgent, que la Justice mette à l'ombre, en prison à titre préventif,

tous les membres corrompus du Directoire de la Société Générale, à commencer par les hauts dirigeants et le plus haut connu à l'époque en particulier ... avec ses collaborateurs immédiats.

Il en va de l'honneur de la Justice de la France.
a écrit le 18/01/2016 à 13:01 :
Tiens, la société générale invoque l'éthique....
a écrit le 18/01/2016 à 11:42 :
Kerviel n'avait aucune chance devant un tribunal. Il fallait qu'il soit condamné et que la SG ressorte "vierge". Personne n'est dupe dans cette histoire, les enjeux pour la SG, ses clients, étaient trop importants, il ne pouvait en être autrement: Kerviel est le seul responsable. Il est pourtant évident que la SG savait, qu'elle a réagit trop tard pour ensuite laisser filer et finalement "monter" l'affaire Kerviel. Le scandale, c'est l'appât du gain de la SG, encore... encore un peu... encore un petit peu... et patatras! Joué... perdu, vite un lampiste: Kerviel.
a écrit le 18/01/2016 à 11:02 :
Pour que la SG bénéfie d'une déduction fiscale de 1,7 milliard d'€ , il fallait qu'elle soit victime d'une malversation, et non responsable. Sinon à quoi bon condamner Kerviel à rembourser une somme qu'il ne possédera jamais.
a écrit le 18/01/2016 à 10:52 :
Depuis le début de cette affaire sans aucune révélation il me semblait que Kerviel; était le lampiste et qu'il devait etre jugé comme tous les travailleurs pour faute professionnelle avec
la bénédiction de la SG car lors de grandes réussite ça passait.Il n'a pas fait d'enrichissement ou de détournement financier Conclusion c'était les voleurs volés a leur propre dépend
a écrit le 18/01/2016 à 10:41 :
La direction savait comme celle de VW ou des boites de BTP condamnées pour entente ("je ne veux pas en entendre parler, mais ce serait bien qu'on ait ce marché et faîtes donc le nécessaire pour l'avoir" dit le PDG à son directeur commercial).
Condamner Kerviel qui est coupable mais n'est pas le seul loin de là est moins risqué que faire tomber la SG pour l'ensemble du système.
a écrit le 18/01/2016 à 10:33 :
Merci de nous confirmer ce que l'on savait tous, mais ce que les médias ont tenu secret autant qu'ils le pouvaient. Faire tomber un président de la république qui n'obéit pas entièrement au dogme néolibéral ils en seraient capables, s'attaquer à un actionnaire milliardaire se servant de sa fortune pour pourrir notre monde un peu plus chaque jour, aucune chance.

Démocratie ?
a écrit le 18/01/2016 à 10:29 :
Quand on recommence à parler de M.Kerviel triplement condamné (déjà? et oui...), c'est que le printemps n'est pas bien loin.. 50 milliards d'engagements, plus que les capitaux propres de la banque,... sacré Jérôme... un record du Monde qui n'est pas prêt d'être battu!
a écrit le 18/01/2016 à 9:55 :
Bien sur que la SG savait.. qui peut être aussi naïf... Un exemple criant que la justice n'est plus la justice... Cependant, il sera bien difficile d'investiguer plus en détail, les traces et preuves stockées dans les SI de la Banque ont du être soigneusement nettoyées depuis...
Réponse de le 18/01/2016 à 10:31 :
Ce n'est pas la justice qui soit en cause fondamentalement c'est d'abord le pouvoir que l'on accorde aux banques.

Regardez la crise de 2008, alors que les banques étaient les seuls fautives non seulement elles n'ont connu aucune sanction mais en plus il a fallu que les états les aident pour qu'elles ne coulent pas.

ET malgré tout elles continuent de mener la barque.

EN ce qui concerne la justice il faut bien savoir qu'il y a autant de juges que sous napoléon, une volonté politique permanente a empêcher de lui accorder des budgets conséquents afin justement que le milieu politoco affairiste puisse tranquillement magouiller.

Alors oui elle est loin d'être aussi efficace qu'elle ne le devrait et parfois même elle se trompe mais tout ceci n'est pas un hasard et n'est pas du qu'au corps judiciaire même s'il est évident que les avocats font beaucoup pour leurs clients qui en ont les moyens, les non fortunés étant bien peu aidés.

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