Grand Paris, le grand retour de l’Etat aménageur

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Jean François Carenco (à gauche) et Manuel Valls ont ciblé 15 zones stratégiques pour l'aménagement du Grand Paris
Jean François Carenco (à gauche) et Manuel Valls ont ciblé 15 zones stratégiques pour l'aménagement du Grand Paris (Crédits : DR)
Après beaucoup de retournements et d’hésitations, le Grand Paris est enfin prêt sur la gouvernance et les transports. Restait le logement et surtout l’aménagement. Avec le préfet Jean François Carenco, Manuel Valls vient de lancer une série de mesures, dont des OIN sur les sites stratégiques.

Jean François Carenco met de l'ordre dans le Grand Paris. Manuel Valls lui a confié la mission en avril. Et en six mois et deux comités interministériels, le Préfet de la Région Ile-de-France a tout remis d'équerre. L'homme a suffisamment de bouteille pour ne pas s'engluer dans ce qu'il appelle « les débats de vieillards »  et passer outre les « postures » des élus. Il avance et il tranche.  D'abord la métropole du Grand Paris fonctionnera donc le 1er janvier :

« D'accord, elle est a minima, avoue le Préfet mais elle existe et elle va grandir. Vous-mêmes vous n'étiez pas polytechnicien à l'âge de 6 mois... laissez la grandir. Nous sommes dans une période où tout peut être réinventé, y compris au niveau institutionnel. Un vieux monde s'écroule et il faut réinventer. La métropole, le Grand Paris c'est fluctuant, il faut toujours être en mouvement ».

Ensuite, tous les financements du Grand Paris Express seront assurés fin 2015 et toutes les enquêtes publiques seront terminées fin 2016.

Le Grand Paris version gouvernance et version transports, c'est bouclé. Reste la question du logement et de l'aménagement. Après plusieurs ratages en 2014-2015, et quelques annonces du Premier ministre non suivies d'effet pour cause de grogne des élus, Jean François Carenco a fait adopter en réunion interministérielle un plan qui confirme sur le terrain le grand retour de l'Etat aménageur. Une quinzaine de sites « à fort potentiel » ont été identifiés et vont bénéficier du soutien de l'Etat «pour faire émerger des projets d'aménagement ambitieux». Ce sont tous des sites proches des gares du Grand Paris Express, cernées par de grandes emprises foncières. Ce sont tous des sites où les élus ont été consultés et ont donné leur accord au préfet, même si certains comme le maire LR d'Aulnay, Bruno Beschizza ne décolèrent pas publiquement.

Une OIN spécialement pour PSA Aulnay

Sur ces zones l'Etat va installer des gouvernances propres, mobiliser les opérateurs publics d'aménagement, les élus et prendre les choses en main. Soit à travers une Opération d'Intérêt National (OIN) soit avec un Contrat d'Intérêt National (CIN). Dans le premier cas on trouve aussi bien des anciennes OIN qui vont être agrandies comme celles de Saclay et de la Défense, et de toutes nouvelles zones, comme Portes du Sud du Grand Paris qui regroupe 7 communes autour d'Evry. Parmi ces dernières, certaines ont des buts précis : l'OIN Campus Grand Parc-Villejuif est ciblé sur la santé, celle de Roissy nord sur l'économie de l'aéroport. Il y en a même une spéciale pour PSA avec une OIN sur le site de l'ancienne usine le long de l'A1. En clair une manière de forcer la main à PSA qui rechigne fortement à vendre ses terrains à l'Etat. La firme automobile, il y a quelques mois, a « un peu énervé le Premier ministre » dit-on à Matignon, en disant qu'elle allait « faire ce qu'elle voulait » de ses terrains, c'est-à-dire les vendre, à la découpe, aux plus offrants. Depuis c'est elle qui est un peu énervée, l'Etat lui ayant fait savoir qu'il souhaitait acheter les terrains et pour un prix très très largement inférieur à la valorisation faite par PSA. On n'en est pas encore aux gros mots ni au droit de préemption de l'Etat, mais c'est un peu tendu. En mettant une OIN, l'Etat affirme sa volonté de contrôler l'aménagement du site industriel, car comme dit Jean François Carenco « PSA nous fatigue un peu ». Le site est stratégique, PSA va devoir composer.

Des prêts hautement persuasifs

Dans ces zones l'Etat aura de nouveaux instruments pour agir. Le premier c'est Grand Paris Aménagement que dirige Thierry Lajoie. Un aménageur qui a l'avantage d'offrir des services qui vont permettre de rationaliser les opérations d'aménagement. Rien n'oblige les élus à passer par GPA mais ça peut leur être utile. Et un autre, tout nouveau, nom de code Super Gaia. Il s'agit de l'extension à l'aménagement d'un prêt que la Caisse des Dépôts avait inventé pour le logement. Un prêt à taux faible dont le remboursement est différé. Pour le logement il était différé à 14 ans, et pour l'aménagement il devrait l'être à 20 ans dans le cadre des OIN et CIN. Le remboursement ne se fait qu'une fois le profit effectué. Grandement persuasif.

"Tout le monde n'est pas uni mais on avance"

Manuels Valls a voulu et entériné ce retour de l'Etat aménageur. Il y a ajouté quelques dossiers à régler : celui de la Défense dont le modèle s'essouffle et qui a cruellement besoin d'argent pour se refaire une beauté (au moins 500  millions pour des sous sols et des parkings que Patrick Devedjian présente constamment comme le « royaume des Nibelungen »), celui des JO qui sera réglé dans le mois (l'Ile Saint Denis et Pantin sont en concurrence pour l'installation du village olympique) ou celui du Charles de Gaulle Express. La société va être constituée, la Commission européenne a donné son aval, reste le débat sur l'arrivée dans Paris, Porte de la Chapelle. Anne Hidalgo le veut souterrain. Pas le gouvernement.  Mais le Grand Paris avance quand même, avec un Préfet qui s'impose de plus en plus comme l'homme fort du dossier. « Le faux semblant serait de dire que tout le monde est uni. C'est encore désordonné mais ça avance. Pour parler vrai je pense que si l'on ne souhaite pas un tel projet, soit on est aveugle, soit en est fautif, soit on est vieux, soit on est malfaisant ! »

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Commentaires
a écrit le 20/10/2015 à 17:49 :
Cela fait plaisir de lire que le nouveau préfet fait bouger les choses. Et oui, il y a urgence car un vieux monde s'écroule, comme il dit. Félicitations, M Carenco, je suis d'accord avec toutes vos remarques. Continuez à faire avancer les projets rapidement, on en a marre de l'immobilisme qui règne en France où tout est prétexte pour ne rien faire, rien changer...
a écrit le 20/10/2015 à 15:10 :
Une nouvelle fois,le Val d'Oise est ignoré du grand Paris.
Pourtant son bastion avancé Argenteuil/Bezons n'est qu'à 20 minutes max par train de St Lazare ou de 30 minutes max par tram de Ladefense!!!!!
mais pour les élus du Conseil général,foin de OIN ou CIN ;
Un projet immobilier dans le fond valdoisien reformant ainsi un autre ghetto,ou une saisie zone constructible à proximité de l'hippodrome d'Enghien pour du logement standing suffira ;
Alors ,le casse tête ne fait que commencer,car en 93 le même état d'esprit est constaté.
nous avons du P.DAC Je suis pour ce qui est contre et contre ce qui est pour????
Qui dit mieux.

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