ISF : comme souhaité par Bruno Le Maire, la réforme s'appliquera dès 2018

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(Crédits : Benoit Tessier)
Aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le ministre de l'Economie et des Finances a démenti dimanche tout projet de taxation du Livret A. Et il a laissé entendre que les arbitrages ne sont pas définitifs sur le report à 2019 de la réforme de l'ISF et de la flat tax à 30% sur le capital. Il pousse, comme plusieurs économistes, à ce que ce signal de confiance aux investisseurs soit effectif dés l'an prochain. Un message entendu par le président de la République, puisque Bercy a confirmé lundi matin la mise en place de la réforme dans quelques mois.

[Mis en ligne dimanche à 12h48, mis à jour lundi à 11h11]

Citius, Altius, Fortius... Plus vite, plus haut (loin), plus fort : Bruno Le Maire a fait sienne la devise olympique pour décrire aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence ses ambitions pour "transformer en profondeur l'économie". Au retour du G20 à Hambourg auquel il participait aux côtés d'Emmanuel Macron, le ministre de l'économie et des finances a donné sa vision de la prospérité, thème choisi par le Cercle des économistes, organisateur des Rencontres : "plus d'emploi et de prospérité pour tous".

Il a d'abord tordu le cou au canard sans tête qui agitait la presse après une information du JDD évoquant une volonté de Bercy de taxer l'épargne populaire des Français, livret A et épargne logement : "il est hors de question de taxer le livret A", assure le ministre. Bercy a d'ailleurs fait un communiqué pour préciser que le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires qui évoque cette piste n'engage en rien le gouvernement.

Débat fiscal

Aller vite, loin et fort, mais comment ? Bruno Le Maire a souligné l'urgence d'agir pour régler les problèmes. Des mesures ont été annoncées pour renforcer l'attractivité de la place de Paris à l'heure du Brexit : baisse de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur les salaires notamment. Et la réforme du marché du travail "sera engagée sans délais", avec Muriel Pénicaud. Il faut aussi baisser la dépense publique pour "respecter nos engagements européens" parce que "sinon notre parole ne vaut rien".

Mais le vrai enjeu de la venue de Bruno Le Maire à Aix-en-Provence est bien sûr le débat fiscal alors que la déclaration de politique générale d'Edouard Philippe a donné un signal de report de certaines promesses fiscales du candidat Macron face à la difficile équation budgétaire. Plusieurs membres du Cercle des économistes, dont Philippe Aghion, professeur au Collège de France, et artisan du programme d'Emmanuel Macron, ont critiqué le choix de reporter en particulier la réforme de l'ISF et la flat tax à 30% sur la taxation du capital. Ce serait une "grave erreur", explique Philippe Aghion, car "l'enjeu est de baisser dés maintenant la fiscalité du capital pour faire revenir les investisseurs en France en profitant d'un moment de grâce où l'élection d'Emmanuel Macron a changé l'image du pays à l'étranger".

Le Maire écouté sur l'ISF

Bruno Le Maire a tenu à rassurer : "il n'y a aucune contradiction entre baisser les dépenses publiques et baisser les impôts des ménages et des entreprises". D'après nos informations, Bruno Le Maire a poussé pour que la réforme de l'ISF et la flat tax de 30% sur les revenus du capital s'applique dés 2018. Il a déjà obtenu que ces deux mesures ne soient pas reportées à 2020 mais à 2019. Mais selon le ministre, rien n'est joué : "On peut faire en même temps et tout de suite et la baisse des dépenses, et celle des impôts. Attendez les arbitrages définitifs du Premier ministre et du président de la République et vous verrez que le message d'Aix-en-Provence a été entendu", a-t-il assuré, laissant entendre qu'Emmanuel Macron pourrait intervenir pour changer ces arbitrages et faire respecter par le gouvernement ses engagements de campagne. Lundi matin, il est apparu que Bruno Le Maire a effectivement été écouté : la réforme débutera dès l'année prochaine.

Pour aller loin, la France doit "retrouver l'esprit de conquête", ajoute Bruno Le Maire. "La vraie question économique, c'est l'éducation. Tout se jouera là" car si "le travail d'hier est mort, il faut nous préparer aux métiers de demain". Deuxième défi, l'innovation. Bruno Le Maire a confirmé que des cessions d'actifs permettront "dès septembre" de mettre en place le fonds pour financer les innovations de rupture promis par Emmanuel Macron, qui devrait atteindre 10 milliards d'euros, pour préparer "l'économie de demain". Pour ce faire, Bruno Le Maire veut organiser chaque hiver des "Rencontres de Bercy" sur l'innovation avec des chercheurs, des chefs d'entreprise, des startups, des universitaires...

Objectif "Mittelstand"

"Aller fort" enfin, car selon le ministre, la réunion du G20 l'a convaincu que "l'époque actuelle n'est pas faite pour les faibles. Face à Poutine, Trump ou Erdogan, l'Europe doit se ressaisir", plaide-t-il. Ainsi, comme il l'indique dans l'entretien qu'il a accordé à La Tribune, Bruno Le Maire estime que "Google, Facebook Amazon etc... doivent payer les impôts qu'ils doivent aux Etats européens". L'Europe doit cesser d'être naïve et "doit donc défendre ses intérêts commerciaux et exiger la réciprocité". Enfin, l'Europe, doit "devenir une vraie zone économique pour être forte face aux Etats-Unis et à la Chine".

"L'Etat n'est pas là pour se substituer aux entreprises. Il doit créer l'environnement le plus propice possible au développement économique."

Ainsi, Bruno Le Maire, qui a récemment dit que la France peut, par l'innovation, rattraper l'Allemagne sur le plan industriel, a annoncé qu'il prendra des mesures pour permettre le développement d'un "Mittelstand" français afin que le nombre des ETI (entreprises de taille intermédiaire) croissent (4000 en France contre 10.000 en Allemagne). Il s'engage aussi à défendre les intérêts du pays afin que les entreprises françaises stratégiques ne soient pas rachetées par des étrangers à des prix cassés :

"Les investisseurs, oui, les prédateurs, non !".

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Commentaires
a écrit le 10/07/2017 à 18:53 :
Les 2 (Lemaire et Darmani) font la paire, et avec Philippe, c'est le trio des pieds nickelés :-)
a écrit le 10/07/2017 à 12:53 :
""les investisseurs, oui, les prédateurs, non !"." Soit ils n'ont rien compris, soit c'est de la propagande. Mais dans les deux cas... Je pense que tout le monde a maintenant compris pourquoi la privatisation des profits augmentait aussi vite que la socialisation des pertes.
a écrit le 10/07/2017 à 11:57 :
Dans le sens de favoriser les riches ça va toujours vite.
a écrit le 10/07/2017 à 11:53 :
Sans une forte baisse des dépenses sociales on s'en sortira pas. Il faut abroger les allocations logement et les allocations familiales au dela du 2ème enfant.
Réponse de le 10/07/2017 à 12:07 :
Pas nécessairement, c'est un choix à faire, on peut par exemple revoir les modes de financement.
Réponse de le 10/07/2017 à 14:58 :
au grand duché, les allocations familiales sont plafonnées à quatre enfants, avis aux amateurs. C'est aussi le Grand Duché de Luxembourg qui accueille le plus de réfugiés eu égard a son nombre d'habitants.
Réponse de le 10/07/2017 à 15:19 :
@AVOUSTOUS
Le Luxembourg est aussi un paradis fiscal (Amazon lui dit merci !), qui siphonne cyniquement les finances de ses voisins européens...
Réponse de le 10/07/2017 à 22:54 :
Surtout que les dépenses sociales vont en majeur partie devinez à qui, "je vous le donne émile" (Coluche). De même que l'AME.
a écrit le 10/07/2017 à 11:37 :
Fortius veut dire "plus courageusement" et non pas "plus fort".
Ce qui ouvre d'autres perspectives...
a écrit le 10/07/2017 à 10:07 :
Étant donné l'urgence des chantiers :
- du surendettement
- du manque d'investissements dans la nouvelle économie
- du peu d'emploi réels crées
- des besoins en financement de la rénovation énergétique et autres énergies
- de l'image négative de la France pour la résistance au changement et aux reformes
...
il parait logique de vouloir orienter le plus tôt possible les capitaux vers les secteurs d'avenir.

Une réorientation de l’épargne et des capitaux vers l’économie productive.

Jusque là on a privilégié l'immobilier, ce qui fait monter les prix des biens haut de gamme et des loyers, mais cela ne semble pas participer à la croissance. Alors que paradoxalement il y a des besoins en logements à "prix raisonnable" dans beaucoup de secteurs géographiques.

Quand aux taxes de type ISF, elles sont plus de l'ordre du symbole que de la rentabilité. Mais bon, cela participe à la justice fiscale.
a écrit le 10/07/2017 à 8:37 :
Sans baisse de la dépense publique, point de marge de manœuvre, point de salut.. mais peut-on trouver 3 milliards, sur les 1250 milliards de dépenses publiques, pour supprimer partie de l'ISF? Quel suspens!
a écrit le 10/07/2017 à 8:33 :
Petite astuce : au lieu de vouloir supprimer l'ISF et la remettre quelques années plus tard il ne serait pas plus simple de la faire payer uniquement aux riches qui ne ré-investissent pas leurs gains (plancher/plafond à définir) dans l'économie française ?
Réponse de le 10/07/2017 à 14:51 :
vous semblez être un brillant économiste doublé d'un fiscaliste performant...
a écrit le 10/07/2017 à 7:36 :
Oui il faut faire cette réforme fiscale au plus vite, c'est une nécessité économique pour le pays pour faire le redémarrage de notre économie. Mais il faudrait aller plus loin supprimer totalement l'ISF antibes economique
a écrit le 10/07/2017 à 5:43 :
je crois que, les réunions, discours politiques, dates, pourcents, brushing pour passer à la télé et autres blablas ne sont plus écoutés seul les actes et résultats concrets sont les attentes des citoyens. Les sempiternelles palabres n'ont plus d'effets.
a écrit le 09/07/2017 à 23:47 :
Ce qui est certain, c est que ce gouvernement est un joli foutoir....
Ca commence du reste a se voir meme auG20.......ou poutine et trump on fait le tempo....pendant que Merkel s occupait des chinois
Quant a la France.......on attend toujours une quelconque vision.....
La réforme du travail ne changera rien....au chômage.....le bricolage budgétaire....rien a la,dette......etc etc etc.....
a écrit le 09/07/2017 à 22:19 :
300 milliards de recettes, 370 milliards de dépenses, 80 milliards d' évasion fiscale des multinationales copines intouchables celles-là, on en redemande du petit Le Maire qui veut aller vite.... Le capitaine de pédalo a fait des émules qui nous servait a peine arrivé du " mon ennemi c 'est la ..finance" ....


Plus facile de raboter le pays ....
a écrit le 09/07/2017 à 19:57 :
CE GOUVERNEMENT S IL VEUT REUSIR IL DOIT PROUVEZ PARS DES ACTES FORT TRES VITE QU IL NE MENT PAS 1 PROMESSE SOCIAL BAISE LA TAXE IMMOBILIERE ET AUGMENTE LES IMPOTS ET TAXES PROMISE LE PLUS VITE POSSIBLE? TRANFERES LES CHARGES SOCIAL SUR LA CSG ET AUSSI UN ACTE ATTENDUE PAR LE PETIT PATONNAT C EST IMPORTANT CARS IL FAUDRAS FAIRE FACE A L AUGMENTATIONS DU CHOMAGE QUE LA CASSE DU CODE DU TRAVAIL VAS ENGENDRE ET C EST ALORS LETAT QUI DEVRAS GERES LE MANQUE A GAGNIER DU MANQUE D ENTRE D ARGENT DANS LES CAISSES SOCIAL? LE MAIRE A RAISON IL VAS FALOIR ALLEZ VITE TRES TRES VITE???
a écrit le 09/07/2017 à 19:37 :
Il est pressé de baisser les impôts des actionnaires du CAC 40, et il se moque pas mal de taxer l'immobilier, les retraités et les artisans via la CSG. Et dire que ce ministre voulait augmenter la TVA qu'il jugeait plus juste et qu'il était contre la hausse de la CSG. Normal que les français est une médiocre opinion des politiques.
Réponse de le 10/07/2017 à 12:13 :
Pourquoi les actionnaires ne payent pas la CSG, comme tout le monde au demeurant?
Vous êtes fatiguant avec votre CSG à chaque article, mais vous le savez sans doute. La vieillesse est un naufrage.
Réponse de le 10/07/2017 à 14:55 :
il n'y a pratiquement plus de gestion privée, directe, de portefeuille en France qui se contente de son PEA et de son PME PMI, regardez le nombre d'actionnaires en 2000 et en 2016, de surcroit plus de 50 % du CAC 40 est entre les mains des non résidents caisses de retraites américaines en tête, donc c'est un "cadeau" qui ne coûte pas cher aux finances de l'Etat français..
a écrit le 09/07/2017 à 19:22 :
Le Maire veut la chaîne, la montre et le c.l de la fermière. Au final il n'aura fait que brouiller l'image politique, comme ses prédécesseurs.
Lemaire est formaté pour faire une politique dont il ne comprend pas le sens. Il fait de la politique à la petite semaine, selon le bon vouloir des acteurs dont il est le valet.
Savoir qu'il n'est pas le seul dans ce cas ne nous réjouis pas pour autant...
Les espérances du gouvernement Macron seront à la hauteur des désillusions.
Je désespère qu'il faille un jour en passer par l'étape extrême droite pour que les politiques actuels retrouvent le sens commun.
a écrit le 09/07/2017 à 19:01 :
Ce n'est quand même pas la faute des riches si nous gagnons moins qu'eux, ils réussissent! Pourquoi auraient-ils un impôts supplémentaire? Ce n'est pas dans l'esprit de la démocratie française qui demande l’Égalité!
Réponse de le 09/07/2017 à 19:31 :
Il est quand même intéressant de voire qu'à La Tribune le cynisme passe mieux que la caricature ou la satire, vous êtes vraiment un journal?
Réponse de le 10/07/2017 à 15:03 :
Apo, la Tribune est un journal économique français dit de "centre-gauche", jusqu'alors il accepte le cynisme autant que l'esprit, et l'ironie, si tel n'était plus le cas il n'y aurait pas lieu de continuer a proposer un défouloir.
a écrit le 09/07/2017 à 17:05 :
Donc pour l'instant tout est possible malgré que rien ne soit faisable.Alors il est urgent d'attendre.En Septembre les vacances seront finis et les différents impôts vont tomber:foncier,habitation,1/3 provisionnel pour les heureux contribuables.Puis les mouvements sociaux feront le reste et tout restera comme avant.La rentrée des classes et le mauvais temps.Seul changement de nouveaux présentateurs et présentatrices télé qui nous expliqueront que tout va bien et que Noël sera une joli fête et qu'il faut se dépêcher d'acheter des cadeaux pour faire rentrer de la tva dans les caisse de l'état.
Réponse de le 10/07/2017 à 6:18 :
Brrrr, j'ai eût un frisson c'matin...
J'retourne me coucher.
a écrit le 09/07/2017 à 16:59 :
Bruno Le Maire est toujours sous le régime de la défunte UMP, il n'a pas changé ;

Avoir un Bruno LEMAIRE dans un gouvernement macron, c'est une démonstration flagrante que rien n'a changé, tout est comme avant, des idées ringardes à souhait

en même temps Macron est "encrotté" dans sa fameuse catégorie des "riens".

Tel que c'est parti, les Députés En Marche se font rouler dans la farine, et ils le valent bien !

La France va connaître un quinquennat calamiteux.
a écrit le 09/07/2017 à 15:28 :
y a pas de marge budgetaire donc ca va tomber a l'eau
pour le reste ca sert a rien de basculer l'isf sur l'immobilier en le diminuant sur les actions, vu que quand les socialistes vont revenir au pouvoir ils vont retablir la fiscalite sur les actions sans enlever celle sur l'immobilier
ca s'est passe avec tous les derniers impots
derniere affaaire qui revient sur le tapis, la taxe sur les transactions finciere
l'impot de bourse a ete enleve par sarkozy et compense par une hausse de la csg
les socialistes sont revenus dessus, on mis une taxe taxe sur les transactions, sans enlever la hausse de la csg, et ce gouvernement veut abroger cette derniere taxe ( en la basculant sur quoi, on ne sait pas)
tout ca c'est du pipo tant qu'il ne dit pas ou et combien il va economiser
a écrit le 09/07/2017 à 14:35 :
Ce qui est sûr avec la politique de redistribution à la sauce Macron c'est que la réforme de l'ISF ira plus vite que celle de la taxe d'habitation et les jeunes députés LREM vont tous voter cela sans renacler. L'avenir de la France: un pays qui ne sera peuplé que de bobos geek entrepreneurs eh puis les riens ont les expulse en Afrique ou en Syrie le paradis quoi!
Réponse de le 10/07/2017 à 12:07 :
Un pays peuplé que de bobos et geek entrepreneurs? On en est loin, pour l'instant je vois plutot des obscurantistes moyenâgeux...

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