Le revenu universel augmenterait le risque de pauvreté, souligne l'OCDE

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Pendant la campagne des primaires, Benoît Hamon a préconisé l'instauration d'un revenu universel
Pendant la campagne des primaires, Benoît Hamon a préconisé l'instauration d'un revenu universel (Crédits : © POOL New / Reuters)
Paradoxalement, l'instauration d'un revenu véritablement universel ferait beaucoup de perdants y compris chez les pauvres, estime l'organisation internationale dans une étude publiée ce mercredi. Sauf à augmenter de façon inconsidérée les dépenses publiques

 Bien sûr, l'OCDE arrive un peu tard, avec son analyse -enfin sérieuse- d'un scénario de revenu universel. De cette idée qui a émaillé la campagne électorale, avec la proposition de Benoît Hamon, on ne parle plus guère. Mais l'intérêt de l'étude que publie ce mercredi l'organisation des pays industriels, basée à Paris- n'en est pas moins réel. Les économistes et statisticiens montrent l'ampleur des sommes à dégager et à transférer entre ménages, pour parvenir à un résultat finalement beaucoup moins satisfaisant qu'attendu.

Pourquoi le résultat serait-il décevant ? Il l'est notamment en termes de lutte contre la pauvreté, ce qui est évidemment l'objectif affiché par les défenseurs du revenu universel. Si l'on prend l'hypothèse d'un revenu universel équivalent à l'actuel RSA, mais distribué à toute la population en âge de travailler, le montant à financer atteindrait la bagatelle de 338,3 milliards d'euros, estime l'OCDE. 116,3 milliards pourraient provenir de la suppression d'actuelles prestations -allocations familiales, chômage, indemnités journalières maladie-, 112 milliards proviendraient d'un rendement supérieur de l'impôt sur le revenu, avec une taxation dès les revenus les plus faibles, l'hypothèse étant faite d'une neutralité budgétaire, c'est-à-dire d'une réforme n'aggravant pas le déficit. Ce chiffrage ne fait que confirmer les montants exorbitants évoqués pendant la campagne électorale. Mais là n'est pas le plus surprenant.

Des perdants dans toutes les catégories de revenus!

L'enseignement principal de l'étude de l'OCDE, le plus novateur, réside dans l'analyse des transferts constatés à l'issue d'une telle réforme -qui perd, qui gagne. Il peut se résumer en une phrase : pour chaque niveau de revenu, et pas seulement chez les « riches » qui devraient payer plus d'impôt, on compterait un nombre important de perdants. Y compris parmi les personnes les plus pauvres. Ainsi, plus de 30% des ménages les plus pauvres (le premier décile, soit les 10% les plus modestes) sortiraient perdants d'une telle réforme ! Et la perte de revenu serait considérable : supérieure à 10%, pour un cinquième de ces foyers très modestes. Près de 35% des ménages du deuxième décile seraient, eux aussi victimes d'une telle réforme. Au total, plus de 30% des ménages en France auraient moins de revenus qu'aujourd'hui. Dont beaucoup de chômeurs, qui devraient se contenter d'une allocation équivalente au RSA.

Pour plus de 15% des personnes d'âge actif dans l'hexagone, la perte monétaire serait importante, dépassant les 10%. En Grande-Bretagne, le phénomène serait encore plus considérable, avec plus de la moitié des ménages du deuxième décile accusant une diminution de leur revenu.

Résumant les conséquences de la réforme sur les revenus, l'OCDE met en avant "des pertes plus fréquentes parmi les plus pauvres et les riches, les classes moyennes étant plus susceptibles de gagner".

Le piste d'un "revenu de base partiel"

Ce résultat, bien évidemment contraire à l'objectif de l'instauration d'un revenu universel, s'explique simplement par la perte de prestations, supprimées dans le cadre de cette réforme, pertes que ne compense pas l'instauration de la nouvelle allocation pour tous. Cela condamne-t-il le projet ? Les experts de l'OCDE ne le disent pas exactement comme ça. Mais, en soulignant les conséquences négatives de l'absence de ciblage (de l'universalité, donc) ou du choix fait de ne pas augmenter de manière exponentielle les dépenses, ils évacuent de fait l'idée d'un revenu universel. « Les risques de pauvreté peuvent augmenter en raison de pertes importantes des bénéficiaires actuels » relèvent-ils.

Aussi suggèrent-ils la piste d'un « revenu de base partiel ». Par exemple, en réduisant le nombre de bénéficiaires de ce revenu (ils pourrait être attribué aux seules personnes participant au marché du travail) ou en le limitant dans la durée. Rien à voir en tous cas avec le revenu véritablement universel cher aux libéraux, qui soit serait infinançable, sauf à prévoir des hausses d'impôt phénoménales pour les 20% d'individus les plus aisés, soit serait insuffisant, étant à l'origine, comme le dit de l'OCDE, d'une augmentation de la pauvreté.

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a écrit le 25/05/2017 à 9:53 :
En effet le rev universel évoqué par Hamon ne l'était pas! et ils auraient dû chger le terme rapidement mais sans doute un effet de l'égalité primordiale et de ne privilégier personne . ce rev U de Hamon a tjrs été partiel et ajusté selon la nécessité.. S'attaquer à Hamon, entouré pour la première fois pour un candidat prez, par qques uns des plus grands sociologues et économistes au monde est hyper significatif de l'insignifiance de cette OCDE qui veut maintenir son conservatisme habituel et UE économie oligarchique...
a écrit le 25/05/2017 à 8:55 :
Nul doute une étude orientée avec la plus grande mauvaise foi.
Bien notre pays est trop mal géré et sa pléthore de fonctionnaires d'état ou territoriaux travaillant beaucoup moins que dans le privé et mieux payés un comble! (ce sont tout de même nos salariés ,est-ce normal que la bonne gagne plus que ses maîtres?).
Donc nous n'avons pas les moyens de notre générosité.
Pourtant si ça aurait quelque chose de positif, on ne verrait plus les employeurs proposer des salaires indignes au smic tout en éxigent expérience et diplômes, la honte de ce début de 3 ème millénaire, un ménage dont un est en cdi doit être capable de se payer sa voiture neuve et son logement.
Réponse de le 26/05/2017 à 16:21 :
Les fonctionnaires ne sont pas mieux payés que dans le privé à compétence égale.
Les fonctionnaires le plus diplômés (catégorie A) gagnent à compétence égale 20% de moins que dans le privé.

Le nombre de fonctionnaires est un mauvais débat, puisque ce qu'il faut regarder c'est le cout des missions de service public. Externaliser une mission n'est pas toujours souhaitable. Remplacer des salaires par des contrats avec des entreprises ne fait pas faire des économies! On peut réduire le nombre de fonctionnaires et augmenter la dépense publique!

Le reste de votre commentaire est lui aussi calamiteux, n'hésitez pas à douter.

Le consensus économique serait plutôt que des salariés au smic coutent trop cher par rapport à leur productivité!

Vous pourrez radoter votre haine sans fondement dans le futur car ce que vous dénoncer va continuer et s'accentuer!

Enfin sachez que la fonction publique a du mal à recruter vous pouvez comme chaque citoyen passer un concours. Pas de piston, pas beaucoup de discriminations, le mérite vous ferait-il peur?
a écrit le 25/05/2017 à 0:28 :
Ce qui a surpris la communauté économique internationale, c'est la légèreté, quasi clientéliste, avec laquelle les promoteurs de ce projet ont communiqué. le résultat final de ces "idéalistes" , pour être poli, ne s'est pas fait attendre et c'est tant mieux pour les français. Cette analyse post mortem, à froid bien sur, remet les pendules à l'heure et "le petit député", bientôt oublié, à sa place. Ceci est bien regrettable car sur certains points de détails celà était positif (pour les étudiants notamment).
Réponse de le 26/05/2017 à 16:05 :
Pouvez-vous donner un nom de la "communauté économique internationale" que vous semblez connaitre et qui se serait penché sur le projet de Hamon?
a écrit le 24/05/2017 à 21:40 :
En même temps si on vous prend de l'argent pour financer le revenu universel que l'on vous verse, le seul effet est un effet de redistribution. Enfin, il leur en a fallut du temps à ces experts pour s'en apercevoir ! XD (Sinon, on pourrait penser à faire un revenu universel monétaire évidemment ce qui est un peu plus difficile à mettre en oeuvre sans saper l'économie...)
Réponse de le 25/05/2017 à 11:01 :
vous oubliez la dette et les taux négatifs!notre endettement nous rapporte ce qui permet de mieux financer certains projets
a écrit le 24/05/2017 à 18:59 :
... pas sur que Hamon soit assez fin pour le comprendre , englué qu'il est dans ses certitudes !
a écrit le 24/05/2017 à 17:47 :
Caliméro a fait 6,5%...c'est dire si la mesure à emballé le peuple, hormis les frondeurs, nuits debout et autres gauchos.....
a écrit le 24/05/2017 à 16:29 :
C'est fou comme les personnes qui ne connaissent rien à l'économie ont toutes des solutions miracles. Hamon est avant tout un professionnel spécialiste de la démagogie.
a écrit le 24/05/2017 à 16:24 :
Mais n'importe quoi ! le revenu universel prôné par Benoit Hamon n'a jamais été destiné à etre distribué à toute la population ! Seuls ceux qui touchent moins de 2000 euros bruts par mois y ont droit et de façon dégressive en plus. enfin il est imposable. On est loin de ce dont parle la Tribune mais bon... C'est la Tribune aussi....
a écrit le 24/05/2017 à 16:24 :
Mais n'importe quoi ! le revenu universel prôné par Benoit Hamon n'a jamais été destiné à etre distribué à toute la population ! Seuls ceux qui touchent moins de 2000 euros bruts par mois y ont droit et de façon dégressive en plus. enfin il est imposable. On est loin de ce dont parle la Tribune mais bon... C'est la Tribune aussi....
a écrit le 24/05/2017 à 16:12 :
Oui, mais l'objectif du politique n'est pas de réduire la pauvreté, mais d'obtenir des suffrages pour être élu. On se souviendra que Hollande courtisait pendant la campagne et qu'après son élection. les courtisés sont devenus les sans dents avec toute les connotations négatives que le mot implique :-)
a écrit le 24/05/2017 à 15:32 :
Revenue universel? Je serais bien plus favorable a un découvert bancaire universel gratuit!
a écrit le 24/05/2017 à 14:50 :
Une réforme à budget équivalent (c'est à dire où les recette compensent les dépenses) ne peut mathématiquement n'avoir que des perdants, sinon c'est que l'argent s'est volatilisée en cours de route.
Aujourd'hui près de la moitié des ayant droits au RSA ne le demande pas, de même les règles d'attribution de l'APL sont tellement ubuesques qu'elle n'est pas tj attribuée à ceux qui en auraient vraiment besoin.
L'avantage du revenu universel c'est qu'il n'y a pas besoin de faire des dossiers compliqués pour l'obtenir (mobilisant une armée de fonctionnaires pour les gérer).
Tout le monde le touche et il suffit de placer le curseur des impôts au bon endroit pour équilibrer le budget et faire en sorte que les plus pauvres y gagnent, la classe moyenne n'y perd pas et les plus riches y perdent un peu.
Et ainsi les fonctionnaires qui aujourd'hui gèrent ces usines à gaz que sont les budgets sociaux seraient utilisés à des tâches vraiment utiles (flics, infirmiers, instits...)
a écrit le 24/05/2017 à 14:04 :
Hamon a proposé un revenu de base partiel que l'OCDE ne remet pas du tout en cause.

Quant au revenu strictement universel, il n'a effectivement pas beaucoup de sens si c'est pour verser 500 euros et les reprendre immédiatement en impôt à la quasi totalité de la population.

Le revenu universel de Hamon est un RSA élargi avec un crédit d’impôt pour les ménages les plus pauvres.

Il n'était pas très couteux (moins que le CICE) et surtout il aurait permis de vaincre la pauvreté tout en adaptant les structures de notre économie aux nouvelles formes de travail et de précarité.


Je pense que l'immense majorité des lecteurs ne s'est pas intéressée à la question, celà explique la pauvreté de certains commentaires.

Donc l'OCDE traite d'une proposition qui n'est proposée par personne en France!
a écrit le 24/05/2017 à 11:51 :
Le revenu universel aura eu le destin de Hamon.
a écrit le 24/05/2017 à 11:38 :
Par contre qu'une infime minorité de la population soit de plus en plus riche et que la pauvreté s'accentue dans de nombreux pays, en Allemagne par exemple, qu'en pense les 'intellos" de l'OCDE ?
a écrit le 24/05/2017 à 11:01 :
Décidément la magie du verbe agit tjrs autant, le RU est aussi defendu par les ultra liberaux qui estiment que l état doit avoir le moins de rôle dans le vie des citoyens. Quant a la gauche Hamon son projet était de moins en moins universel et de plus en plus réduit financièrement.
a écrit le 24/05/2017 à 10:41 :
L etude OCDE est tout simplement loufoque. Non seulement les bases chiffres sont delirantes cumulant les cohortes sans eliminer les doublons, mais elle reprend a son compte l idee socialiste de l assistanat inadapte. Au surplus l incidence de cette manne sur l economie n est pas evoquee. OCDE nous a habitues a du grand n importe quoi et confirme encore une fois. L erreur de Hamon est de considerer l angle salaire en priorite alors que c est l activite qu il faut mettre en avant. Ainsi d autres partis travaillent cette logique. C est le travail universel qui doit etre evoque que je nomme dans mes nombreuses interventions sur le sujet sur ce fil "La fin du chomage". Il est possible d embaucher normalement et pas uniquement au smic mais selon la valeur professionnelle de chacun, toute la population desirant travailler. Les aides correspondantes seront abolies tandis que ceux ne voulant pas travailler regleront les frais d assurance soins correspondants sur leur budget. Les employeurs seront ensuite indemnises en partie ou pas selon differents criteres nouveaux comme la competance ou la saisonalite, les ratios de profit, l age etc. Par contre ils pourront se degager en respectant le seul critere d une embauche hebdomadaire minimum pour le cas general. Les effets de leviers seraient enormes sur l economie par exemple l immobilier, les prudhommes. Le defaut est que la possibilte de mise en oeuvre du systeme ne peut se faire ni en un seul bloc ni progressivement en un seul bloc. Il faut compter 15 ans pour aboutir et accepter aussi un principe d inegalite provisoire puisque mis en place region par region. A moins qu un systeme financier d importance ne vienne faire un bridge budgetaire. On voit que quitter l ideologie europeiste peut avoir ses avantages. En tous cas le processus est viable et dynamique. Surtout il est inevitable compte tenu des fusions d entreprises actuelles. Hamon est donc dans la bonne direction meme si ses economistes actuels sont de bien faible niveau. On peut deplorer que sur ce theme essentiel les partis politiques n aient pas accepte le debat tout comme il faut souligner le ridicule de la saillie de l OCDE : Hamon a sorti le sujet sans aucune preparation et donc avec courage et les autres par ce fait ont considere le sujet comme brule. Bien triste pour qui pretend agir pour le peuple de France. Esperons qu elections passees nous en parlerons plus encore car cela necessite une entente nationale.
Réponse de le 24/05/2017 à 11:26 :
On ne prie que les divinités qui adoubent vos propres croyances
a écrit le 24/05/2017 à 9:34 :
Ce qui est déjà une réussite, c'est de voir l'OCDE y réfléchir.

On ne peut pas s'attendre à ce qu'une institution statutairement et intellectuellement alignée sur une forme de pensée et sa promotion, conclut à la réussite d'un projet qui remettrait en cause tout ce pour quoi elle existe depuis 70 ans.

Mais le fait qu'ils y réfléchissent montre que la question fait son chemin. Et que même à l'OCDE, il y a des gens qui se sentent obliger d'y réfléchir. Surtout, là maintenant, quand le libéralisme montre clairement ses limites théoriques.

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