L'inflation atteint 2 % en zone euro pour la première fois depuis quatre ans

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L'inflation en zone euro a été de 2 % en février 2017
L'inflation en zone euro a été de 2 % en février 2017 (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)
Les prix de la zone euro ont progressé en février de 2 % en un an, une première depuis janvier 2013. Mais la BCE n'a pas de raison, pour le moment, d'infléchir sa politique, car la tendance de fond reste faible.

Pour la première fois depuis janvier 2013, le taux d'inflation de la zone euro a atteint le rythme annuel de 2 % au cours du mois de février 2017. C'est évidemment un symbole puisque l'objectif de stabilité des prix de la BCE est défini par un niveau des prix « inférieur, mais proche » de ces 2 % annuels. Pour autant, on aurait tort de croire que cet objectif est atteint : cet objectif est en effet un objectif à  moyen terme. Il ne saurait se définir par un chiffre ponctuel. D'autant que les conditions de la stabilité des prix demeurent encore très incertaines.

Les raisons de la hausse

En effet, cette accélération des prix s'explique essentiellement par l'accélération des prix de l'énergie. En février, ces derniers ont progressé de 9,2 % sur un an en février, contre 8,1 % en janvier. Cette hausse trouve son origine dans la forte baisse des prix énergétiques en 2015 qui a amené ces prix début 2016 à un niveau historiquement bas. Voici un an, les prix de l'énergie affichaient une baisse de 8,1 % sur un an. Logiquement, la correction de ces prix depuis entraîne une forte hausse qui pèse sur le taux global d'inflation. Mais autant l'évolution des prix a-t-elle pu être tirée à la baisse par les prix de l'énergie en 2015-2016, autant est-elle tirée à la hausse à présent par la correction de ces mêmes prix de l'énergie.

Cette tendance haussière a été renforcée par les prix des aliments non transformés qui, pour des raisons saisonnières, a connu une hausse des prix de 5,2 % sur un an. Aliments non transformés et énergie pèsent pour 17 % de l'ensemble d'un indice qu'ils ont donc tiré vers le haut. Mais l'indice des prix sous-jacent, qui exclut les prix de l'alimentation, de l'énergie et du tabac, autrement dit les prix les plus volatils, reste, lui, désespérément stable. En février, il a progressé de 0,9 %, soit le même rythme que depuis décembre dernier. Depuis novembre 2015, ce taux sous-jacent est inférieur ou égal à 1%.

Légère hausse des services

Dès lors, force est bien de constater qu'au-delà des variations fortes de l'indice global qui, en trois mois, est passé de 0,6 % à 2 %, qu'il n'existe pas de tendance inflationniste au sein de l'économie de la zone euro et que la tendance de fonds demeure celle d'une croissance faible des prix, insuffisance pour assurer une croissance solide de l'activité. Certes, on constate un petit frémissement des prix des services, la première composante de l'indice des prix (44,6 % du total) et celle qui reflète le plus la réalité du marché intérieur, est ainsi passé de 1,2 % à 1,3 % par an en février. C'est le plus haut rythme depuis mars dernier, mais il reste très faible et dénote une faible capacité de formation des prix des entreprises de ce secteur. Compte tenu de l'explosion des prix énergétiques, ceci prouve même la faible disposition des entreprises à transmettre la hausse des coûts au consommateur final.

Les prix industriels sans entrain

Ce phénomène est encore plus évident dans l'industrie. Alors que les prix à la production industrielle sont en hausse de 0,7 % en janvier, les prix des biens industriels, eux, n'ont progressé que de 0,3 % en janvier et de seulement 0,2 % en février. Ce chiffre est le plus faible depuis le mois de mai 2015 et cela est particulièrement inquiétant pour la BCE. Très clairement, alors que les coûts de production progressent vite, les industriels sont incapables de transférer cette hausse au consommateur. Pire, la demande est si faible dans ce domaine qu'il faut modérer les hausses de prix et, donc, rogner sur les marges. In fine, la menace de couper dans les emplois et les salaires est réel. Et, dès lors, la tendance désinflationniste ne saurait être écartée, quand bien même l'inflation globale atteindrait les 2 % comme en février.

La BCE n'a pas de raisons de bouger

Alors que la presse et les économistes allemands ont commencé, à l'image de ceux d'Allianz, de réclamer la fin des mesures d'assouplissement quantitatif de la BCE, cette dernière n'a toujours aucune raison réelle de faire marche arrière et de resserrer le robinet du crédit. Nombre d'économistes estiment que ces 2 % pourraient n'être qu'un feu de paille. L'effet de seuil disparaissant progressivement sur les prix énergétiques, le taux global pourrait converger progressivement à nouveau vers le taux sous-jacent. En réalité, tout geste dans ce sens viendrait encore affaiblir la demande et encourager la tendance désinflationniste, au moment même où le pouvoir d'achat des ménages est sous pression par la hausse des prix de l'énergie. Mario Draghi doit donc continuer à maintenir des taux bas pour encourager l'investissement et la consommation, et permettre aux entreprises à terme de relever leurs prix, de compenser la hausse des prix énergétiques et même d'ajuster les salaires. C'est alors seulement que l'objectif de stabilité monétaire pourra être à la portée de la BCE.

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Commentaires
a écrit le 03/03/2017 à 6:54 :
Il faut de suite monter les taux. Au moins au même niveau que l'inflation.
a écrit le 03/03/2017 à 0:04 :
Mais bien sur, quand l'inflation sera a 3.5%, Romaric Godin continuera a ecrire que ca n'est pas de la vrai inflation...
Réponse de le 03/03/2017 à 15:15 :
Ben oui, R. GODIN a raison. inflation < 5% pas de quoi s'affoler , ça casse pas trois pattes à un canard.
a écrit le 02/03/2017 à 16:52 :
Je viens de lire sur Acrimed que La Tribune allait arrêter les articles de macro économie donc les articles de M Gocin et M Santi sur demande d'un nouvel actionnaire. Bravo à ce monsieur : La Tribune va perdre son seul intérêt...
Réponse de le 02/03/2017 à 22:15 :
En effet, lorsque Mr Romaric Godin n'écrira plus d'articles sur la Tribune, ses lecteurs le suivront là où il ira, et arrêteront de venir sur la Tribune.
Ses articles sont les seuls à représenter un intérêt.
a écrit le 02/03/2017 à 13:12 :
Oui en fait cela vient essentiellement de l'essence que nous payons plus cher sans vraiment savoir pourquoi en fait puisque la demande reste faible du fait de la crise économique mondiale.

Et maintenant que l'on voit que la chine licencie 500000 salariés que l'on ne me dise pas que nous ne sombrons pas dans une énorme crise.
Réponse de le 02/03/2017 à 15:42 :
la crise économique mondiale ? Sortez de chez vous, prenez de l'anti-dépresseur, il n'y a pas de crise en ce moment. La consommation d'hydrocarbue augmente toujours.
500 000 postes supprimés en chine ? C'est évidemment triste pour les individus concernés, mais à l'échelle d'une population de 1M4, c'est dérisoire.
Dérisoire.
Réponse de le 03/03/2017 à 3:38 :
D'ailleurs, les milliardaires ont vu leurs fortunes augmenter encore de 5,6% en moyenne l'an dernier. Presque comme les salaires.
La crise n'existe pas et n'a jamais existé. Tout va bien et pour le mieux.

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