Zone euro : l'inflation repasse au-dessus de 1 % pour la première fois depuis 39 mois

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Les prix ont progressé de 1,1 % en décembre 2016, du jamais vu depuis septembre 2013.
Les prix ont progressé de 1,1 % en décembre 2016, du jamais vu depuis septembre 2013. (Crédits : © Reuters Photographer / Reuters)
L'inflation en décembre s'est établie à 1,1 % en zone euro. Il n'est pas sûr pourtant que ce soit une bonne nouvelle pour la BCE : l'inflation sous-jacente reste sans ressort.

Après la forte accélération de la hausse annuelle des prix annoncée mardi 3 janvier en Allemagne (de 0,7% à 1,7% en un mois), la zone euro a vu son inflation repasser en décembre 2016 au-dessus de 1% en rythme annuel à 1,1% contre 0,6% en novembre. C'est la première fois que ce niveau est franchi depuis septembre 2013. Cette poussée des prix s'explique d'abord par la hausse des prix de l'énergie qui progresse de 2,5% sur un an en décembre contre une baisse annuelle de 1,1% en novembre. C'est la première fois depuis septembre 2013 que les prix de l'énergie progressent sur un an. Les prix alimentaires ont également contribué à la hausse avec une hausse de 2,1 % contre 0,7 % en novembre.

Une inflation sous-jacente encore faible

Cette remontée est apparemment une bonne nouvelle pour la BCE qui mène une politique non-conventionnelle, le QE, pour relancer l'inflation aux alentours de 2% par an à moyen terme. Mais si les prix ont, dans l'ensemble, fortement progressé en zone euro en décembre, la situation est loin d'être idéale. L'inflation dite sous-jacente, qui exclut les effets de l'énergie, de l'alimentation et du tabac, jugés plus volatils et moins significatifs pour juger de l'état réel de l'économie, se situe ainsi en décembre à 0,9%. C'est certes un peu mieux qu'en novembre, mais la hausse est fort peu significative : elle reste inférieure à celle des mois de janvier et mars 2016 (1%), alors que l'inflation globale était négative...

Pas de dynamique

Dans le détail, on remarque que si le secteur des services a pu légèrement augmenter ses prix à 1,2 % par an contre 1,1 % en novembre, revenant ainsi à son rythme de juillet dernier, le secteur industriel, lui, maintient un niveau d'inflation très faible. Les biens industriels hors énergie ont ainsi vu leurs prix progresser de 0,3 % en décembre, soit le même rythme depuis août dernier. Or, ce niveau est le plus faible depuis septembre 2015. Bref, malgré l'envolée de l'indice, les prix de vente des biens industriels restent fondamentalement faibles.

La question de la demande reste entière

En clair, la remontée rapide des prix de l'énergie n'est pas transmise par les entreprises au client final. Pour une raison simple : ce dernier doit lui-même absorber cette hausse des prix de l'énergie. Or, la dynamique salariale ne permet pas et cette absorption et l'absorption d'une hausse des produits finis. In fine, l'arbitrage doit être fait. Cette faiblesse structurelle de la demande conduit les entreprises à réduire l'ajustement de leurs prix et à rogner sur leurs marges. Pour combien de temps ? La hausse de l'énergie ne permettant pas d'enclencher réellement une croissance salariale, les entreprises pourraient être tentées à terme de rogner sur leurs coûts, notamment salariaux, et donc d'affaiblir encore la demande.

Dilemme pour la BCE

Autrement dit, la qualité de ce retour de l'inflation, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ne conjure pas le risque de désinflation. La BCE doit donc maintenir son effort de soutien de la demande (aussi imparfait soit-il) afin d'accélérer l'activité et de permettre aux entreprises de compenser par de nouveaux marchés la hausse des matières premières et, in fine, de favoriser l'emploi et les salaires et donc la hausse de l'inflation sous-jacente.

Une telle logique risque cependant d'être très mal comprise en Allemagne. Avec une inflation globale de 1,7 % outre-Rhin, les épargnants doivent désormais ressentir très durement les taux très bas de la rémunération de leur épargne. En pleine période pré-électorale avant les élections fédérales de septembre 2017, la BCE peut s'attendre à de très fortes pressions pour qu'elle durcisse à nouveau sa politique. Mario Draghi va devoir faire face à des injonctions contradictoires et doit s'attendre à quelques mois mouvementés.

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a écrit le 06/01/2017 à 6:07 :
Les prix ont progressé de 0,6 % sur un an en novembre 2016 en zone euro, avec une inflation globale de 1,7 % outre-Rhin.
Ceci devrait contribuer à reéquilibrer les balances commerciales toujours excédentaire pour l'Allemagne ( excédent commercial record en 2015, de 248 milliards d'euros, en 2016 l'excédent devrait encore augmenter)
Voici donc enfin une bonne nouvelle, il faut que Draghi tienne bon!
a écrit le 05/01/2017 à 4:43 :
Mario Draghi ne décide pas seul, il a besoin de la majorité.
Quant aux épargnants allemands, rien de les empêche de souscrire à des emprunts d'autres pays de la zone Euro.
C'est en fait le but même de la politique monétaire de la BCE.
Le capital doit être investi dans les pays qui ont un taux de chômage élevé. Ce n'est pas le cas de l'Allemagne. Le manque de personnel qualifié y est notoire, alors que dans d'autres pays de la Zone Euro des jeunes hautement qualifiés sont obligés de quitter leur pays et famille et vont renforcer les économies sur d'autres continents.
a écrit le 04/01/2017 à 16:14 :
On voit mal dans ces conditions, comment les taux d'intérêt pourraient ne pas remonter. Ce sera très douloureux pour les pays les plus endettés qui seront bien obligés de pratiquer des coupes claires dans leur dépense publique et sociale, au moins à concurrence de la hausse de la charge de la dette qui en résultera.

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