Référendum en Catalogne : « Les banques françaises sont les plus exposées »

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Des partisans de l'indépendance se pressent devant la Haute cour de justice catalane à Barcelone, jeudi 21 septembre.
Des partisans de l'indépendance se pressent devant la Haute cour de justice catalane à Barcelone, jeudi 21 septembre. (Crédits : REUTERS/Susana Vera)
Les dirigeants de la Catalogne l’ont assuré au début de l’été : en cas de victoire du « oui » lors du référendum organisé le 1er octobre, la région déclarera son indépendance dans la foulée. Cette situation inédite qu'aucun traité européen n'a prévu pourrait créer une confusion politique mais aussi économique encore plus importante qu'au moment du Brexit. Décryptage avec Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.

A dix jours du référendum sur l'indépendance, la tension monte d'un cran en Catalogne. Mercredi, quelques heures après l'arrestation du secrétaire d'Etat chargé de l'Economie du gouvernement autonome, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a appelé les dirigeants catalans à « revenir à la loi et à la démocratie », qualifiant le scrutin de « chimère ». En parallèle, la région se prépare. Le nouveau fisc catalan, installé dans un immeuble en verre avec vue sur le port de Barcelone, est prêt à entrer en fonction. Mais avant de prélever l'impôt dans une République de Catalogne indépendante, l'administration pourrait être confrontée à une importante période d'incertitude. Et en tant que partenaire commercial et créancière principale de l'Espagne, la France serait particulièrement affectée, explique Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG.

LA TRIBUNE - En cas de « oui » au référendum du 1er octobre et de déclaration unilatérale d'indépendance, quelles règles régiraient ce tout nouveau pays, notamment d'un point de vue économique ?

ERIC DOR - C'est la bouteille à encre totale. Nous serions dans l'incertitude juridique la plus complète. Dans ce contexte, nous retrouvons d'ailleurs ce qui avait été dit aux Ecossais au moment de la tenue de leur propre référendum (en 2014, ndlr). La thèse officielle de la Commission européenne est d'affirmer que puisque les traités ne disent absolument rien sur le cas du territoire d'un Etat membre qui ferait sécession et accéderait à l'indépendance, alors celle-ci en conclut que cet Etat nouvellement indépendant sortirait d'emblée de l'UE. Ce territoire se retrouverait dans la position de n'importe quel autre pays tiers et devrait poser sa candidature pour une admission éventuelle dans l'Union. Entre temps, ce pays devrait donc commercer selon les règles qui s'appliquent aux pays non-membres de l'UE. Nous assisterions à un retour des droits de douane, qui s'élèvent à 5% en moyenne - sachant que pour l'automobile, c'est 10%. C'est particulièrement important pour la Catalogne, une région productrice d'automobiles.

Cette thèse est celle qui a bien sûr toujours été soutenue par l'Espagne, qui brandit le spectre d'une disruption du commerce international. Mais il existe une autre position. Des experts juridiques expliquent au contraire que puisque les traités n'abordent pas la question, les Etats membres ont tout à fait la possibilité de décider politiquement de ce qu'ils veulent. Le Conseil européen pourrait alors très bien décider, à l'unanimité, que la Catalogne reste membre de plein droit de l'Union européenne. Techniquement, cela ne pose aucun problème puisque de facto le territoire satisfait déjà pleinement toutes les conditions d'appartenance à l'UE.

Le Brexit peut-il contribuer à rendre cette option plus crédible, étant donné que le spectre d'une indépendance écossaise ne pourra plus être brandi ?

Ce n'est pas évident, car certains grands pays ont peur qu'un tel événement donne des idées à leurs propres régions autonomistes. Les Italiens craignent encore des mouvements autonomistes dans le Nord, en Lombardie, par exemple. Nous pouvons également citer le cas de la Flandre belge. Sans compter d'autres régions, notamment en Europe de l'Est. Personne n'a envie d'ouvrir la boîte de Pandore.

Mais, évidemment, une chose est d'avoir une position avant un référendum pour faire peur aux autonomistes et une autre chose de considérer avec réalisme la situation après le scrutin. Ni l'Espagne, ni le reste de l'Union européenne n'auraient intérêt à créer une sorte de disruption du commerce international avec la Catalogne, d'affaiblir l'Espagne, de risquer d'y provoquer une grave récession et une nouvelle crise des dettes souveraines dont toute l'Europe souffrirait. C'est d'ailleurs sur cela que comptent les diplomates catalans.

Référendum Catalogne

Un graphique de notre partenaire Satista

Peut-on imaginer l'instauration d'une période transitoire, similaire à celle qui semble se profiler dans le cas de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ?

A titre personnel, je pense que c'est une évidence. Le Conseil européen serait au minimum obligé de prévoir une telle période. Même s'il devait s'en tenir à la position affichée, à savoir « Vous devez quitter l'UE », il serait obligé de dire « Ce sera dans deux ou trois ans » car mettre en œuvre immédiatement cette sortie serait très compliqué. Le risque est que cela provoque une importante période d'incertitude, une fuite des investisseurs et une spéculation sur la dette espagnole. Celle-ci étant très lourde et la Catalogne étant une région riche, qui transfère entre 4,5% et 8% de son PIB à Madrid, on ne peut pas exclure un retour de la crise des dettes souveraines en Espagne, car les gens remettraient en question la solvabilité de la dette du pays.

La France est un partenaire commercial important de l'Espagne. Or 20% de ses exportations et 28% de ses importations se font avec la seule Catalogne. Quelles seraient les conséquences en cas d'indépendance ?

A court terme, il y a le risque d'une confusion totale causée par la sortie immédiate de la région de l'Union européenne et la réinstauration de droits de douane. Le pire des cas, et il ne doit pas être écarté si l'on en juge par la position actuelle du gouvernement central, serait que Madrid s'oppose par la force à une indépendance jugée inconstitutionnelle. Dans ce cas-là, on pourrait même connaître une interruption physique du commerce. L'impact serait important sur les exportations françaises vers la Catalogne, voire le reste de l'Espagne.

Sur le long terme, le risque est que le retour des droits de douane entraîne une diminution des échanges commerciaux entre l'Espagne, la France et la Catalogne.

N'y a-t-il pas aussi un risque pour les banques françaises exposées à la dette souveraine espagnole ?

Il est clair qu'il existe des risques financiers importants en cas d'éclatement, en premier lieu pour les Catalans et puis pour le reste de l'Espagne. En effet, plusieurs grandes banques disposent d'un siège en Catalogne et le fait que l'Union bancaire européenne soit imparfaite conduit les systèmes nationaux à rester responsables en cas de problème. Or, la Catalogne se retrouverait exactement dans le cas de figure observé lors de la grande crise financière en 2007-2008, à savoir celui d'un pays avec un système bancaire trop gros pour lui, par rapport à son PIB. Il est possible de citer des cas extrêmes comme l'Islande, dont le secteur bancaire a grossi démesurément en allant chercher des clients à l'étranger. Justement, en Catalogne, il existe des banques très volumineuses parce qu'elles ont des clients dans toute l'Espagne. Et il faut rappeler que les banques y demeurent fragiles, comme nous l'avons vu avec l'exemple du Banco Popular. L'incertitude concernerait alors la capacité de l'Etat catalan à soutenir ses banques.

Quant aux banques françaises, qui détiennent 108 milliards d'euros de créances espagnoles, elles sont les plus exposées au monde au risque encouru par la dette souveraine, les banques et le secteur privé du pays. Par conséquent, le système bancaire français serait le premier touché par une déstabilisation financière et l'augmentation du risque de défaut de l'Etat, des banques et des entreprises. C'est la raison pour laquelle la France a tout intérêt à ce que la situation évolue dans un bon sens. C'est-à-dire, soit que la Catalogne reste rattachée à l'Espagne soit dans le cas contraire que les négociations permettent de trouver le moyen de maintenir la Catalogne dans l'UE et dans la zone euro.

Propos recueillis par Sasha Mitchell

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Commentaires
a écrit le 01/10/2017 à 22:48 :
"allez mes braves compatriotes, achetez des actions au plus haut, pour financer l'économie réel MDR. tout vas bien se passer"
a écrit le 01/10/2017 à 9:44 :
Référendum en Catalogne : « Les banques françaises sont les plus exposées »
Au moindre incident au niveau mondial, les bourses dévissent. M Macron pense que les français vont investir dans les actions. Il se trompe. Les français vont mettre leurs économies sous le matelas.
a écrit le 30/09/2017 à 19:09 :
En cas de victoire du oui ? Comment pourrait il en être autrement ? Ceux qui ne veulent pas de l'indépendance ne vont pas voter... Et on ne parle même pas du refus de la qualité de catalan par les indépendantiste pour une partie de la population habitant la catalogne...
a écrit le 25/09/2017 à 13:18 :
Exécutif et la region Occitanie ne bronche pas?
a écrit le 23/09/2017 à 19:38 :
"Les dirigeants de la Catalogne l’ont assuré au début de l’été : en cas de victoire du « oui » lors du référendum organisé le 1er octobre, la région déclarera son indépendance dans la foulée"

Et bien ils sont courageux parce que là ils ne peuvent que déclencher les foucres de l'oligarchie européenne propriétaire de notre UE, il est évident que Rajoy, bon soldat néolibéral peut aller très loin afin que cela n'arrive pas, d'ailleurs il me semble que la police fait tout pour saboter ce référendum.

En UE on aime pas la démocratie et encore moins l'opinion du peuple.
a écrit le 23/09/2017 à 15:08 :
Sauf que la Catalogne fait partie de l'Eurorégion Occtanie-Catalogne et son statut d'Euroregion stipule l'obligation de libre-circulation et les frontaliers n"accepteront jamais le retour de la douane.
Réponse de le 25/09/2017 à 13:21 :
Tu crois au Père Noêl , le Melanchon Catalan qui croit dure comme fer!!!
a écrit le 23/09/2017 à 11:28 :
Les banques françaises ne risque absolument rien. Il s'agit de dettes d'état et l'on imagine mal qu'elles ne soient pas payées. Le pays en question aurait alors la plus grande difficulté à se financer et verrait sa note dégringoler. Ce type de raisonnement est assez absurde.
Réponse de le 24/09/2017 à 5:43 :
Il s'agit de dettes d'état et l'on imagine mal qu'elles ne soient pas payées.

Au XXI eme siècle , quels pays remboursent ses dettes ?
Certains pays européens ont une dette d'état de l'ordre de 100% du PIB ( Grèce un peu plus ) ... Pensent ils rembourser leur dette ?
NON ... Ils empruntent sur le marché boursier de quoi satisfaire les intérêts pour grossir un peu plus d'année en année leur dette ..
Seul pays faisant exception : le Japon !
Sa dette d'état ( 200% du PIB ) n'appartient pas au marché boursier mais a la population .

Comprenez que si vous achetez une maison en empruntant un capital , que pour payer vos mensualités et donc vos intérêts vous continuez a emprunter ... Un jour ou l'autre vous apprendrez quand plus aucune banque n'acceptera de vous financez que vous devez 3 ou 4 fois le prix de ce qui a été votre maison et que vous êtes ruiné ...

Pour un état c'est similaire sauf qu'il n'y a pas d'expropriation pour une revente du bien afin de limiter les dégâts de la banque...
Vous ne semblez pas connaître le cas de la Grèce ... Étonnant !
Réponse de le 24/09/2017 à 15:58 :
Je suis certain. Ne confondez pas un etat et un menage.
Réponse de le 24/09/2017 à 16:11 :
Le Japon a une dette d environ 250 % de son PIB couvert par sa banque centrale et surtout les 3 trillions de dollars pretes au reste du monde. Sans cette garantie sa condition serait toute autre. Evitons les amalgames sans raison.
Réponse de le 11/10/2017 à 6:20 :

Corso
24/09/2017 à 15:58:54
Je suis certain. Ne confondez pas un etat et un menage.

On est d'accord , mais c'est une bonne image ...

Aujourd'hui l'emprunt est le 2 eme budget de la France et rien ne change.
Demain , lorsque celui ci sera le premier et qu'il prendra la moitié du budget de l'état ... Les banques seront elles aussi sympa avec la France ?

Nous ne pourrons plus nous déclarer en faillite ( cause Europe ) mais on connaîtra la même loi imposée a la Grèce !
Dire que l'on risque rien en tant que pays , franchement je doute !

Au pire et si on continu dans votre logique , que ferons nous quand les emprunts a rembourser seront égal au budget de l'état ?
Les taxes sauveront elles la France ?
a écrit le 22/09/2017 à 19:50 :
Pas de soucis, les chars de l’armée espagnole vont régler le problème.
Réponse de le 24/09/2017 à 17:56 :
Sous les applaudissements de nos dirigeants européens.
a écrit le 22/09/2017 à 16:45 :
Les journalistes cherchent à tout dramatiser, maintenant l'indépendance d'un territoire grand comme deux département français sèmerait le chaos dans toute l'Europe et pas ricochet sur toute la planète, tant que vous y êtes. Les crises de 29 et 2008 réunies!
Réponse de le 24/09/2017 à 19:05 :
Faut pas oublier que l'UE était toujours un édifice fragile, fragilisé encore plus (peut-être trop) par la confiscation du pouvoir européen par l'Allemagne, la crise grecque, la crise des réfugiés, le Brexit...
a écrit le 22/09/2017 à 16:35 :
Comment la Catalogne, qui ne veux plus mutualiser ses gains avec l'Espagne, le pourra t elle avec l'UE, a moins de vouloir ressembler a l'Allemagne!
a écrit le 22/09/2017 à 15:15 :
Les peuples on s'en moque....mais les banques....c'est une autre histoire....le capitalisme nombriliste à son apogée....😁
Réponse de le 24/09/2017 à 19:02 :
Mais oui, les banques sont désormais le temple de notre religion, le néolibéralisme : en Inde, il est interdit de toucher aux vaches, chez nous aux banques

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