Que va changer la "Grande coalition" en Allemagne ?

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Les automobilistes étrangers devront payer une vignette pour rouler en Allemagne à l'avenir
Les automobilistes étrangers devront payer une vignette pour rouler en Allemagne à l'avenir (Crédits : DR)
Angela Merkel et la SPD se sont mis d'accord sur un programme commun de gouvernement. Mais il devra encore être validé par les militants sociaux-démocrates.

Après des heures de négociations, CDU, CSU et SPD sont parvenus cette nuit à un accord pour la formation d'un gouvernement de grande coalition. Voici les grands axes de ce « contrat » de coalition qui - c'est une première outre-Rhin - devra encore être approuvée par les militants sociaux-démocrates. Ce n'est qu'après cette sanction des militants SPD que, le 17 décembre prochain, Angela Merkel pourra être élue, pour la troisième fois, chancelière par le Bundestag.

Un Salaire minimum minimal

Les Sociaux-démocrates ont obtenu satisfaction sur leur principale revendication : un salaire minimum à 8,50 euros par heure. Il sera mis en place à partir de 2015, avec la possibilité pour les partenaires sociaux de conclure des accords de branche inférieur à ce niveau jusqu'en 2017.

Autrement dit, cette base salariale minimale sera amortie par le temps afin de permettre aux entreprises de se préparer et, éventuellement, à l'inflation, de réduire les effets sur leurs marges. Apprentis et stagiaires seront exclus de ce salaire minimum, bien qu'ils représentent la moitié des salariés payés moins de 8,5 euros de l'heure.

Les Conservateurs ont, en revanche, obtenu satisfaction sur la méthode de révision de ce salaire minimum. Une commission de 7 personnes composées de représentants du patronat, des syndicats et d'experts économiques devra décider, « à intervalle régulier » de la mise à jour de ce niveau de salaire minimum. La SPD réclamait une révision automatique par la loi.

Retraites : tout le monde est content

La CDU obtiendra sa promesse d'un supplément retraite pour les mères ayant eu des enfants avant 1992. De son côté, la SPD a imposé son idée d'un départ possible à la retraite dès 63 ans pour les personnes ayant cotisé 45 ans.

Aujourd'hui, les salariés allemands peuvent partir à 65 ans après 35 ans de cotisations. Les partis de la « grande coalition » mettront également en place un minimum retraite de 850 euros par mois à partir de 2017.

Une vignette pour les routes allemandes

Malgré sa promesse de campagne ne pas introduire de péages en Allemagne, les partis de la coalition ont convenu d'introduire une vignette pour toutes les automobiles circulant sur le territoire de la République fédérale. Une loi devra régler les détails en 2014, mais l'idée est celle avancée par la CSU bavaroise : faire payer les automobilistes étrangers, pas les allemands. Il y aura sans doute une forme de compensation fiscale pour les détenteurs de véhicules immatriculés outre-Rhin.

Le but de cette vignette est de financer les investissements nécessaires pour renouveler des infrastructures de plus en plus défaillantes. Problème : Bruxelles pourrait voir dans cette « vignette à deux vitesses » une discrimination entre citoyens européens et interdire une telle loi…

Energie : plus d'énergies renouvelables, mais aussi plus de centrales à charbon

La grande coalition entend permettre de porter la part des énergies renouvelables dans le total de la production allemande à 60 % en 2030. La CDU et la CSU voulaient un niveau de 55 %, la SPD de 75 %. Mais les Sociaux-démocrates ont dû accepter que l'Allemagne investisse non seulement dans de nouveaux parcs éoliens, mais aussi dans des centrales conventionnelles à charbon.

Europe : un nouveau traité sera proposé par l'Allemagne

Les Sociaux-démocrates n'ont pas fait de difficultés pour rendre les armes sur la politique européenne de l'Allemagne. Le mot clé de celle-ci sera donc la continuité. La logique du refus radical de l'union des transferts, du soutien à l'euro et à la politique d'austérité dans les pays périphériques sera maintenue.

L'Allemagne durcira même l'addition avec la proposition d'un nouveau traité permettant aux Etats de conclure des « contrats » contraignants avec la Commission pour le respect de règles budgétaires et de « réformes structurelles. » Quant à l'Union bancaire, elle pourrait bien rester un tigre sans dents puisque dans les derniers projets de contrat de coalition, elle n'était pas même évoquée…

Double nationalité acceptée

C'est sur ce point une victoire de la SPD qui donne un grand coup de canif dans ce qui restait du « droit du sang » outre-Rhin. Tous les enfants nés en Allemagne de parents étrangers après 1990 et qui satisfont certains critères de résidence pourront garder leur nationalité allemande après 23 ans. Jusqu'ici, certains d'entre eux devaient choisir entre leur nationalité d'origine et la nationalité allemande.

Finances publiques : 23 milliards d'euros à trouver

La réforme des retraites sera coûteuse : près de 26 milliards d'euros, elle sera financée par les cotisations patronales et salariales, mais il n'y aura pas de remise à niveau des cotisations (la part patronale est inférieure à la part salariale), comme le demandait la SPD.

Reste que le projet coûtera 23 milliards d'euros supplémentaires. La SPD n'est pas parvenue à imposer son idée d'un financement par les hausses d'impôts. Il faudra donc encore réduire les dépenses. Une grande partie des mesures a été repoussé à 2017 - autrement dit à la veille des prochaines élections - comme le souhaitait la CDU afin de réaliser des « réserves » de 16 milliards d'euros pour couvrir ces dépenses.

 Une chose est certaine : avec Wolfgang Schäuble conservé aux Finances, l'Allemagne ne dérapera budgétairement. Ce  gouvernement doit, du reste, être celui qui mettra en œuvre en 2016 le « frein à l'endettement » voté en 2009 et qui prévoit un niveau maximal de 0,35 % du PIB pour le déficit structurel de l'Etat fédéral.

Postes ministériel à pourvoir

Les choix de personnes devront se faire après le vote des militants SPD. Mais on sait déjà que  les Sociaux-démocrates auront six postes, soit trois de plus que les Libéraux entre 2009 et 2013, dont l'emploi et les Affaires étrangères. La CSU bavaroise gardera trois portefeuilles, la CDU en glanera cinq.

Les Conservateurs seront donc deux de plus que les Sociaux-démocrates au cabinet, ce qui est une proportion flatteuse compte tenu de l'écart de voix entre les deux camps (25 % pour la SPD, 42 % pour la CDU). Seule certitude : Wolfgang Schäuble restera aux Finances. 

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a écrit le 27/11/2013 à 15:23 :
le salaire minimal est un faux débat car en Allemagne les salariés sont globalement mieux payé qu'en France; un Ouvrier chez VW ou Mercedes gagne deux fois plus qu'un ouvrier chez PSA ou Renault. Il en va de même dans de très nombreuses professions tant libérale que chez les fonctionnaires. Un prof allemand gagne en moyenne 50% de plus qu'un prof français pour un travail semblable....le salaire minimum est surtout une demande française . Nous voyons bien le résultat de la smicardisation de la société française; Le smic est devenu l'étalon salaire chez nous. Pour info, je gagne 2,700 euro par mois pour 20 années d'ancienneté....mais je coûte 6000 euros à mon employeur....c'est fou, non? Où vont ces 3,300 euros? charges? RDS, CSG, etc....sans parler des 289 euros mensuel d'IR...et la TVA à 20% sur la plupart des produits.....Douce France, doux pays de mon....
Réponse de le 27/11/2013 à 16:19 :
Mais..en bas de l'échelle...?Comment sont traités les ouvriers du bâtiment polonais,slovènes,
moldaves,payés à 1/2 du SMIC français...au mieux et sans aucune couverture sociale...?Com
me les ouvriers du chantier du réacteur EPR de Flamanville...!!!Ou les métallos de Dacia...!!!
Réponse de le 12/12/2013 à 9:52 :
Les Allemands sont quasiment devenus n°1 dans l'agriculture avec les salaires de misère qu'ils versent aux ouvrier de l'Est parqués dans des baraquements. Ils en connaissent un rayon sur le sujet. Ainsi par exemple en Alsace la majorité des fruits et légumes sont importés du Pays de Bade..
a écrit le 27/11/2013 à 14:12 :
L'annonce d'un accord possible à partir de 2017 avec Die Linke et le SPD risque de perturber le vote des militants du SPD. Pourquoi attendre 2017 et une situation économique probablement plus défavorable alors qu'une alliance des 3 parties de gauche majoritaire est tout a fait possible. D'autant plus que les USA et l'union Européenne n'en feraient pas une maladie. Une alliance de gauche plutôt qu'une coalition reste tout à fait possible.
Réponse de le 27/11/2013 à 16:26 :
Si l'Allemagne(et l'Europe communautaire)continuent à se gérer politiquement et socialement comme actuellement,il va y avoir fracture sociale grandissante,ici ou là,y compris en Allemagne
...Les points de "compétitivité" se gagnant sur le "dos" des salariés les + précaires de la CE...
Voilà les portes grandes ouvertes aux partis d'extrême-droite,comme aux Pays-Bas,en Hongrie,
en Grèce et...bientôt en France,voire en Allemagne...
a écrit le 27/11/2013 à 12:58 :
2 économies vieillissantes, 2 économies –électoralement- prisent en otage par les vieux (retraités et/ ou malade). Tandis que l'Allemagne est (encore) largement excédentaire avec des caisses de retraites qui débordent de plusieurs milliards d’euro et avec une dette implicite (% du PIB des retraites publiques non-financées) largement inférieure à celle de la France. (Celle-là dépasse déjà de plusieurs années le PIB/an français) Les cotisations retraites allemands ont baissé dernièrement. Maintenant cette grande coalition attaque l'héritage courageux de Schröder (SPD) : le contrat générationnel a été partiellement brisé cad le pacte faustien de la retraite par répartition a été modifié et le niveau de vie des jeunes allemands et de tous les employés (jeune ou vieux) ont constamment progressé depuis. Oui, tandis que les niveaux des retraites ont été baissés et l'accès à celle-ci durci. Maintenant sur 4 ans, 20 milliards (sur un total de mesures estimé à 23 milliards de dépenses supplémentaires sur 4 ans) de cotisations supplémentaires (non, pour les politiques ce ne sont pas des dépenses !) sont déjà budgétés pour les retraites. Nous sommes loin des excès gratifiant de la de la gérontologie française, mais la trajectoire démographique de l’Allemagne est identique à la France : sauf que la courbe des jeunes y est encore bien plus inclinée qu’en France et que les calculs de retraite gratifiants sont potentiellement encore plus dangereux. Dans ce sens, Mme Merkel a les mêmes talents qu'affiche un certain Hollande : s’agripper au pouvoir sans aucun respect des réalités économiques et des générations futures.
Réponse de le 27/11/2013 à 16:43 :
Question socialement au futur,l'Allemagne est une bombe à retardement...!!Et si elle explose,ça pourrait être funeste pour l'Europe communautaire et sa monnaie...C'est probablement ce qu'at
tendent les partis d'extrême-droite pour remettre les frontières d'avant Schengen en place...!!!
a écrit le 27/11/2013 à 12:57 :
Madame Merkel a commis une erreur. Historique ! d'avoir ouvert la porte aux socialistes...!
Réponse de le 27/11/2013 à 16:47 :
Elle a sans doute pressenti que la fracture sociale s'agrandit en Allemagne...!!Entre les retraités qui peuvent travailler jusque 70 ans ...et la natalité qui s'écroûle,l'inégalité criante entre salaires
et j'en passe...!!!Il faudrait faire vite,l'Europe communautaire est en sursis;la bombe à retarde
ment est déclenchée...!!
a écrit le 27/11/2013 à 12:57 :
Toujours ce double jeu des politiques ! D'un côté Angela concède le salaire minimum pour gouverner ,de l'autre Frau Merkel négocie en secret avec les E-U le traité transatlantique qui, s'il est validé, détruira tout ce qui est avancée sociale en Europe !!!
Réponse de le 27/11/2013 à 16:51 :
L'oeuvre de destruction est déjà bien avancée...Entre les pays du Sud(Grèce,Portugal,Espagne + les pays d'Europe de l'ex-bloc soviétique),les inégalités salariales + sociales sont abyssales,
criantes...C'est une véritable bombe à retardement...!!!
a écrit le 27/11/2013 à 11:27 :
C'es clair c'est une veritable declaration de guerre economique aux pays europeen et a la france en particulier on peut refuser la collaboration en ne votons pas UMPS aux europeennes
Réponse de le 27/11/2013 à 16:37 :
En votant FN...?Verts,Front de Gauche...?Quelle pagaille ça va être,ces élections européennes...
!!Je n'ose pas y penser!!Avec quels lendemains,quelles perspectives...européennes...?!Si l'Eu
rope communautaire ne se refond pas intégralement et vraiment démocratiquement,il va y a
voir du schisme dans l'air...!!
Réponse de le 27/11/2013 à 17:00 :
D'un autre coté, la collabo, on pourrait penser que c'est celle qui a sa mangeoire à Bruxelles tout en faisant mine de faire la guerre à l'Europe. Quand on prétend résister on ne se met pas en position de faire dépendre toute la famille de l'ennemi (Eh oui, Loulou en croque aussi de l'oseille européenne).
a écrit le 27/11/2013 à 10:48 :
C'est Hollande qui va être déçu: le SPD est (comme attendu) plus allemand que socialiste.
Réponse de le 27/11/2013 à 11:07 :
Si vous croyez que Hollande a la moindre conviction, vous êtes bien candide ...
Réponse de le 27/11/2013 à 16:33 :
Que ce soit en France ou en Allemagne,la fracture sociale est grandissante...et l'écart des salai
res entre Europe de l'Est et de l'Ouest,abyssal...Tant que cela ne sera pas réglé,il y aura des
mouvements de migration massifs des pays les + pauvres vers les plus riches...Et si les par
tis "conventionnels" ne refondent pas l'Europe communautaire sur des bases plus égalitaires,
il risque d'y avoir de la sécession dans l'air...
a écrit le 27/11/2013 à 10:44 :
Reste a être approuvé par les militants sociaux-démocrates et non plus par les délégués.

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