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Affaire Bettencourt : Eric Woerth nie toutes les accusations au cours d'une audition fleuve

latribune.fr

Publié le 29 juillet 2010 à 11:57

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Soupçonné de conflit d'intérêts dans l'affaire Bettencourt, Eric Woerth a lui-même demandé cette audition. Commencée à son ministère à 9 heures, elle s'est achevée à 16h45. A son issue, le ministre du Travail a nié tout conflit d'intérêt.

Ce jeudi, les policiers de la brigade financière se sont rendus au ministère du Travail pour interroger Eric Woerth en tant que témoin dans l'enquête sur la fortune de l'héritière de  Liliane Bettencourt, point d'orgue d'une affaire qui met en difficulté l'artisan de la réforme des retraites depuis plusieurs semaines.  Le ministre s'est expliqué pendant de longues heures. Entamée à 9 heures, elle a pris fin à 16h45.

Eric Woerth "a expliqué qu'à aucun moment il n'était intervenu pour que son épouse soit embauchée par Patrice de Maistre", le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencour a expliqué son avocat Jean-Yves Leborgne. "Dans une conversation banale, il avait pu évoquer la profession de son épouse compte tenu de la formation à peu près semblable des deux".

Eric Woerth a par ailleurs, selon son conseil, nié l'existence d'un versement en espèces de 150.000 euros pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. "Avec une vigueur et une énergie particulières, il a nié avoir reçu un quelconque financement politique qui eût été contraire à la loi", a déclaré son avocat en dénonçant des "fantasmes". "Je pense que la justice (...) dira que les explications d'Eric Woerth le mettent complètement en dehors de la polémique que nous connaissons", a conclu l'avocat.

Ex-ministre du Budget, Eric Woerth a notamment été questionné sur l'embauche en 2007 de son épouse Florence chez le gestionnaire de la fortune Bettencourt. L'audition porte aussi sur des soupçons de financement illégal de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, dont il était le trésorier en 2007.

Pour cette audition, le ministre n'a pas été convoqué comme d'autres protagonistes au siège de la Brigade financière, mais a obtenu qu'elle se déroule au ministère du Travail, situé dans le VIIe arrondissement de Paris. L'avocat du ministre, Me Jean-Yves Leborgne, se refuse à tout commentaire dans l'immédiat, mais il assure qu'il s'exprimera en fin d'après-midi.

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Le conseil des ministres avait autorisé la semaine dernière cette audition, demandée par le parquet. Il s'agit du premier interrogatoire d'un ministre en exercice dans une enquête pénale depuis 2006.
Aucune poursuite ou mesure coercitive ne peut être décidée dans le cadre actuel d'une enquête préliminaire sous contrôle du parquet, sauf ouverture d'information judiciaire et désignation d'un juge d'instruction indépendant, option écartée pour l'instant par le procureur Philippe Courroye.

Le président Nicolas Sarkozy a apporté publiquement sa confiance et son soutien à Eric Woerth pour qu'il mène à son terme la réforme des retraites jusqu'à l'échéance prévue d'octobre, mais le sort qui lui sera réservé lors du remaniement gouvernemental consécutif est incertain.

Pour mémoire, le parquet a ouvert quatre enquêtes préliminaires à la suite de l'apparition dans la presse mi-juin d'enregistrements clandestins de Liliane Bettencourt, 17e fortune mondiale, réalisés par un majordome. Ils font apparaître des soupçons de fraude fiscale et de trafic d'influence.

La police a mené depuis une série d'auditions et a entendu la semaine dernière Florence Woerth , embauchée en novembre 2007 pour 200.000 euros par an par Clymène, société qui gère la fortune de Liliane Bettencourt. Eric Woerth avait été nommé ministre du Budget six mois auparavant.
Selon son avocat, Florence Woerth a nié tout arrangement et tout appui de son mari devant les policiers, a expliqué avoir rencontré Patrice de Maistre, patron de Clymène, dans le cadre de son emploi antérieur, mais confirmé que c'était bien ce dernier qui lui avait proposé une embauche à l'été 2007.

Patrice de Maistre a déclaré devant la police qu'Eric Woerth lui avait demandé de voir sa femme pour "la conseiller sur sa carrière". Sur les enregistrements clandestins, Patrice de Maistre explique avoir embauché Florence Woerth pour "faire plaisir" à son mari et à la demande de ce dernier.
La police s'est fait remettre le dossier d'attribution de la Légion d'honneur en juillet 2007 à Patrice de Maistre. La décoration lui a été remise par Eric Woerth en janvier 2008.

La police sait aussi que Patrice de Maistre remettait au moins depuis 2006 à Eric Woerth , trésorier de l'UMP, des chèques de Liliane Bettencourt pour le parti majoritaire.
La fortune Bettencourt ne semble avoir fait l'objet d'aucune vérification fiscale depuis de longues années.
En revanche, l'Etat a remboursé une centaine de millions d'euros à la milliardaire depuis 2007 au titre du "bouclier fiscal", une mesure qui limite les impôts directs à 50% des revenus déclarés au fisc après les autres déductions légales.

L'ancienne comptable de Liliane Bettencourt Claire Thibout a par ailleurs rapporté aux policiers que Patrice de Maistre lui avait dit début 2007 vouloir remettre 150.000 euros en espèces à Eric Woerth pour la campagne de Nicolas Sarkozy.

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Claire Thibout assure avoir assisté à la remise de 50.000 euros à cette fin à Patrice de Maistre par Liliane Bettencourt, mais elle n'a pas vu la supposée remise à Eric Woerth . Les agendas saisis montrent l'existence d'une rencontre entre Patrice de Maistre et Eric Woerth à cette période.

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