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ÉconomieFrance

Le "mélenchonisme" est-il hollando-compatible?

Jean-Christophe Chanut

Publié le 27 mars 2012 à 13:25 - Mis à jour le 27 mars 2012 à 14:08

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Fort des 14% d'intentions de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon, le Front de Gauche hausse son niveau d'exigence pour un éventuel ralliement à François Hollande. Il revendique une imposition totale sur tous les revenus supérieurs à 360.000 euros annuels. Le PS s'attend à de difficiles négociations.

Il monte, il monte Jean-Luc Mélenchon, atteignant jusqu'à 14% d'intentions de vote, selon certains sondages. Hervé Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy s'en félicite : "cela va obliger François Hollande de sortir de ses ambiguïtés"... Une déclaration révélatrice de la stratégie du candidat - président pas mécontent de la percée du candidat du Front de Gauche en ce qu'elle devrait conduire François Hollande à "gauchir" ses positions pour ne pas perdre l'électorat "mélenchoniste" au second tour... Mais au risque de désespérer les électeurs du centre.


Un taux d'imposition confisatoire à 100% !

Et le Front de gauche se sent pousser des ailes, plaidant en faveur d'un véritable "choc" économique, pour négocier au prix fort un éventuel contrat de législature avec le PS, entre les deux tours de la présidentielle. De fait, il ne va pas être facile aux négociateurs socialistes de parvenir à un accord avec leurs homologues du Front de Gauche. Si, jusqu'ici, le PS pouvait compter sur la "branche Parti communiste" du rassemblement hétéroclite formé autour de Jean Luc Mélenchon (qui comprend, outre le PC, des ex-PS, des anciens du Nouveau parti anticapitaliste, etc.), les choses ont l'air d'évoluer. Pour preuve, les déclaration ce mardi sur RTL de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, souhaitant « prendre tout au-dessus de 360.000 euros par an ». Et de faire de l'institution de ce taux d'imposition à 100% une condition pour rallier François Hollande... Ce qui n'est pas sans rappeler le fameux  "au-dessus de 40.000 francs, je prends tout" lancé par Georges Marchais en 1981 (www.salairemaximum.net). Et de rajouter qu'il faudra aussi prévoir "d'autres tranches d'imposition" entre la dernière tranche de l'IRPP à 45%, préconisée par François Hollande, et la tranche exceptionnelle à 75%,prévue sur les revenus excédant un million d'euros. "C'est un système fiscal très bizarre. Si on veut un impôt progressif, on ne saute pas de 45% à 75%" a lancé le secrétaire du PCF. Bref, l'heure est à la surenchère du côté du Front de Gauche, depuis que Jean-Luc Mélenchon se voit en troisième homme. Côté PS on relativise "La montée de Mélenchon, c'est surtout le signe d'une gauche forte", veut croire Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande.


Un Smic à 1.700 euros net en fin de mandature

Peut-être, mais il n'en reste pas moins que, sur de nombreux points, il va y avoir un réel souci de compatibilité entre les programmes économiques et sociaux de Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. Par exemple, le Front de Gauche propose de passer le Smic mensuel à 1.700 euros brut (1.398 actuellement) dès le début du prochain quinquennat, pour le porter à 1.700 euros net, à la fin de la mandature. "Ce n'est pas du tout comme ça que François Hollande aborde les choses" précise Pierre-Alain Muet, député socialiste de Lyon, économiste, et membre de la commission des Finances. De fait, le candidat socialiste a émis le souhait d'indexer le Smic sur la croissance et de tenir, dès l'été, une grande conférence sociale, réunissant syndicats et patronat, où les salaires seront à l'ordre du jour. Il en va de même sur le dossier des retraites. La où le PS veut immédiatement ramener à 60 ans l'âge légal de la retraite pour les seuls 150.000 personnes qui ont déjà cotisé 41 ans (pour un coût de 5 milliards d'euros financés par une augmentation de 0,1% par an de la cotisation retraite), Jean-Luc Mélenchon, lui, prône un retour à un droit à la retraite à taux plein à 60 ans pour tous (75% de l'ancien salaire) financé par une "cotisation nouvelle sur les revenus financiers des entreprises", aux mêmes taux que les cotisations retraite employeurs.
Divergence encore, donc, sur l'épineuse question de l'impôt sur le revenu, véritable pierre d'achoppement. Là ou le PS milite pour l'introduction d'une cinquième tranche à 45% ainsi que pour l'instauration d'une tranche exceptionnelle de 75% pour les revenus supérieurs à un million, le Front de Gauche souhaite plutôt "14 tranches d'impôt très progressives jusqu'à 100% au-delà de 360.000 euros". Ce montant correspondant à 20 fois le salaire médian annuel, soit le niveau du  "salaire maximum" que souhaite instaurer Jean-Luc Mélenchon. Pierre-Alain Muet est très clair : "il n'a jamais été discuté et prévu d'instituer d'autres tranches d'imposition entre 45 et 75%. Quant au revenu maximal de 360.000 euros, nous l'appliquerons dans les entreprises recapitalisées par l'Etat. Dans les autres, il reviendra à l'assemblée générale des actionnaires d'éventuellement le voter".

La fin de la RGPP et la titularisation des 800.000 précaires de la fonction publique


S'agissant de la réforme de 'Etat, le Front de Gauche veut purement et simplement abroger la "révision générale des politiques publiques" (RGPP) et titulariser les "800.00 précaires" de la fonction publique. Cela fait soupirer Pierre Alain Muet, "Il y a une méthode chez François Hollande et de l'incantation chez Mélenchon qui a, certes, beaucoup de talent mais son projet n'est pas crédible. Nous aussi nous reviendrons sur la RGPP car il est totalement absurde de supprimer partout un fonctionnaire sur deux. Mais il y a forcément des domaines où l'Etat peut faire des économies".

L'attitude de la composante communiste du Front de Gauche sera déterminante pour le PS

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Last but not least, le Front de Gauche veut interdire "les licenciements boursiers", c'est-à-dire ces licenciements basés sur le seul motif de faire monter le cours en bourse d'une entreprise. "Nous, nous avons une proposition de loi toute prête qui obligerait une telle entreprise à céder le site à un repreneur qui se présenterait", répond Pierre-Alain Muet.
Bref, plus Jean-Luc Mélenchon sera haut dans les sondages, plus les négociations seront rudes entre les deux partis. Du côté de François Hollande, on continue de parier sur la très grande envie du PCF d'avoir des ministre pour calmer la surenchère. En d'autres termes, passé le premier tour du 22 avril, le PCF pourrait se détacher de la locomotive Mélenchon pour reprendre une autonomie qui lui permettrait de négocier sa place dans une éventuelle équipe ministérielle de gauche. Quitte à mettre la pédale douce sur le ses revendications économiques et sociales.

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Jean-Christophe Chanut

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