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ÉconomieFrance

La "loi Florange" ne mérite pas son nom

Romain Renier

Publié le 30 avril 2013 à 17:10

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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A peine présenté, le projet de loi sur la reprise de sites rentables est déjà sous le feu de la critique. Les syndicats voulaient une véritable loi sur la nationalisation. Le patronat dénonce une atteinte aux intérêts des entreprises. Les députés socialistes, eux, y voient une acte de "moralisation du capitalisme". Une chose est sûre, ce projet ne mérite pas son appellation de "loi Florange".

La loi dite "Florange" porte mal son nom. Présentée par le groupe socialiste à l'Assemblée nationale, elle vise à "restaurer le primat de l'économie productive sur celui de la finance", selon un communiqué des députés socialistes. En ce sens, elle est censée protéger les salariés sans porter atteinte aux intérêts des entrepreneurs, comme on l'a expliqué dans l'entourage de Pierre Moscovici mardi matin, à l'issue des Assises de l'entrepreneuriat. Mais le projet a-t-il à peine été dévoilé qu'il se retrouve déjà sous le feu de la critique... du côté des salariés comme de celui des chefs d'entreprise.

La nationalisation reléguée au placard

Du côté des tenants d'une loi sur la nationalisation des sites jugés rentables, on dénonce un texte bien en deçà de ce qui avait été annoncé. "La proposition de François Hollande n'était pas de mettre des amendes aux patrons qui n'appliquent pas les règles mais de les obliger à vendre", s'est insurgé en milieu de journée Xavier Mathieu, chef de file des salariés de l'usine Continental de Clairoix, sur les ondes de France Inter. De fait, après le psychodrame du mois de décembre entre Jean-Marc Ayrault, opposé à la nationalisation du site de Florange, et Arnaud Montebourg qui y a crû jusqu'au bout, les chances de voir un texte donnant la part belle à la thèse du ministre du Redressement productif étaient minces.

Du côté des auteurs du texte proposé mardi, on veut faire taire la polémique sur le sujet de la nationalisation. "Elle reste toujours possible, il n'y a pas besoin de faire une nouvelle loi pour ça", tempère Jean-Marc Germain, l'un des trois députés socialistes à l'initiative du projet. Sur le plan juridique, une disposition obligeant l'entreprise à céder un site risquait d'être invalidée par le Conseil constitutionnel pour atteinte disproportionnée au droit de propriété, et remettait en cause le principe communautaire de liberté d'établissement.

Le juge, nouvel arbitre en lieu et place du politique

Devant ce constat d'impuissance face au droit, ou ce manque de volonté face aux faits, c'est selon, la voie du compromis a donc dû être empruntée. Le choix d'associer les salariés à la recherche d'un repreneur a donc été fait. Face aux critiques, du côté des instigateurs du texte, on veut voir dans ce projet une avancée. "Les salariés ont désormais les moyens juridiques de chercher eux-mêmes un repreneur et peuvent faire reposer leur argumentaire sur la base d'expertises financées par l'entreprise pour établir un listing de repreneurs qu'ils jugent crédibles," se défend Jean-Marc Germain face aux accusateurs qui, comme Xavier Mathieu, trouvent ce texte inutile.

De fait, s'ils considèrent que l'entrepreneur n'a pas fourni les efforts pour trouver un repreneur en refusant des offres qu'ils jugent crédibles, les salariés pourront saisir le tribunal de commerce qui pourra alors prononcer une pénalité pouvant aller jusqu'à vingt Smic par salarié licencié. Le juge aura tout de même une marge d'appréciation pour prendre en considération dans son calcul la situation réelle de l'entreprise.

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"Le maintien du site va parfois à l'encontre de l'intérêt stratégique de l'entreprise qui pourra donc justifier son refus de céder par la nécessité de sauvegarder ses intérêts vitaux", explique le député socialiste. A noter aussi que confier à un juge du tribunal de commerce le soin d'apprécier et de mettre en balance sauvegarde de l'emploi et intérêt de l'entreprise éloigne la question de la sphère politique. Un choix qui n'est pas du goût des représentants des salariés.

Moraliser le capitalisme... et sauver les emplois ?

En fait, plus qu'un acte en faveur de l'emploi, ce projet de loi est "un acte de moralisation du capitalisme", pour Jean-Marc Germain. Selon lui, les entrepreneurs qui cherchent sincèrement à trouver une solution pour leurs salariés ont encore toute leur place. "On ne veut pas jeter l'opprobre sur les entrepreneurs mais empêcher ceux qui se comportent mal de le faire," commente le député pour qui ceux qui considèrent que l'on peut "jeter les salariés" comme on le souhaite "ne sont pas les bienvenus en France". En ce sens, ce projet n'est pas une réponse à des cas comme celui de la fermeture de la filière liquide du site de Florange car elle avait été jugée non rentable et n'avait, seule, fait l'objet d'aucune offre. Selon le rapport Faure rendu sur le sujet, seules les deux filières prises dans leur ensemble étaient rentables, mais ArcelorMittal ne souhaitait pas vendre le site dans sa totalité. L'expropriation était donc la seule option.

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En tout cas, cette volonté de "moralisation du capitalisme", malgré toutes les précautions qui ont été prises pour préserver l'intérêt de l'entreprise, n'est pas non plus du goût du patronat. Ainsi Laurence Parisot, encore patronne des patrons pour quelques semaines, a-t-elle dénoncé une "aberration". Selon elle, ce texte est "contraire à l'esprit d'entreprise". Le compromis, méthode de gouvernement chère au président de la République, semble dans ce cas difficile à atteindre. Comme l'a dit Édouard Martin, leader emblématique des métallos de Florange, "on peut partir d'une bonne intention et faire des outils qui se retournent contre nous".

Romain Renier

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