Les inégalités territoriales ne sont plus celles qu’on croit

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Pour Laurent Davezies, la question territoriale est incompréhensible si on l'apprécie à la seule aune du PIB ou de la désindustrialisation
Pour Laurent Davezies, la question territoriale est incompréhensible si on l'apprécie à la seule aune du PIB ou de la désindustrialisation (Crédits : DR)
Une nouvelle géographie économique est en train de se mettre en place. La Fondation Terra Nova montre que cette donne implique une réforme territoriale beaucoup moins technocratique et beaucoup plus proche des flux économiques que celle actuelle

Est-il possible de réformer l'organisation territoriale française en fonction des équilibres ou déséquilibres économiques et sociaux? Est-on même conscient que les inégalités de revenu entre les territoires - entre les territoires et les métropoles plus précisément - ne se réduisent plus aujourd'hui comme elles le faisaient au milieu du siècle précédent ? A-t-on enfin vu qu'en asphyxiant fiscalement les territoires à fort développement, on massacrait leur croissance et que la redistribution vers les territoires les moins productifs en était la seconde victime ? Le géographe et économiste Laurent Davezies ne cesse de poser ces questions. Il en a fait, avec Thierry Pech, une note pour la fondation Terra Nova « La nouvelle question territoriale »

La force des analyses tient à la manière dont Laurent Davezies raisonne sur les flux économiques et la façon dont les budgets centraux sont redistribués en province. Ce travail n'est jamais fait par l'INSEE, mais il permet de comprendre les mécanismes de redistribution salariale et de revenus indirects sur les territoires. C'est cela qui lui permet par exemple de montrer que dans les onze régions les moins développées de France, le montant du revenu des ménages est supérieur à ce qu'il serait s'il était proportionnel au montant du PIB de la région : la Picardie et le Limousin battent des records avec des revenus moyens supérieurs de près de 17% à ce qu'ils devraient être. Les régions les moins développées tirent le plus grand profit de la redistribution. Dans un pays ou les revenus non marchands sont supérieurs aux revenus salariaux, c'est un phénomène majeur.

Le développement n'est pas confisqué par les métropoles

Tous les pays industriels en sont peu ou prou victimes, mais en France une économie double est en train d'apparaitre. L'une est concentrée dans les métropoles : et encore pas partout dans certains quartiers de quelques unes de ces métropoles comme Toulouse, Bordeaux, Lyon, Nantes ou Montpellier, sans forcément d'ailleurs rejaillir sur le territoire départemental de ces villes. L'autre est une économie plus résidentielle : l'exode des retraités riches vers les territoires où il fait bon vivre se combine souvent avec l'économie du tourisme. Apparait une économie résidentielle qui dépend certes totalement de l'économie productive, mais qui a une légitimité tout aussi grande.

En fait explique Laurent Davezies la question territoriale est incompréhensible si on l'apprécie à la seule aune du PIB ou de la désindustrialisation. Il y a des territoires qui ont connu des records de désindustrialisation et qui sont très riches ( les Hauts de Seine), d'autres qui sont très pauvres (le Tarn) et on s'aperçoit que les territoires les plus dynamiques sont ceux constitués d'une ère urbaine qui envoie le plus gros de ses flux résidentiels vers son hinterland proche ( c'est le cas de Nantes)

 Le plus important est que :

 « L' effet-marronnier » souvent invoqué dans les régions françaises, qui ferait que le développement territorial serait confisqué par les métropoles, n'apparaît pas. Inversement, les métropoles ne sont pas nécessairement dans un rapport de solidarité univoque vis-à-vis de leur périphérie. »

Et Laurent Davezies va plus loin :

« La fracture qui se dessine n'est donc pas entre les métropoles et le reste du pays mais plutôt entre les systèmes productivo-résidentiels» (SPR) dans lesquels villes et hinterlands sont mariées pour le meilleur ou pour le pire. Ces nouveaux périmètres de SPR ne sont pas ceux des aires urbaines, des départements ou des régions, et ils ne font l'objet aujourd'hui d'aucune stratégie intégrée. Ce sont pourtant eux qui sont en train de constituer la nouvelle maille de la question de l'inégalité de développement entre nos grands territoires. »

Cela permet de comprendre que les approches actuelles de réforme, en termes de réduction des dépenses publiques et de suppression d'une couche de millefeuilles, ne répondent absolument à la nouvelle question territoriale. La question est celle de la division du travail entre territoires (et pas celle de l'égalité)  et de la création de acteurs publics qui soient capables de comprendre la logique des flux économiques et sociaux entre territoires et de s'y adapter

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Commentaires
a écrit le 03/09/2014 à 23:11 :
"une ère urbaine" ==> "une aire urbaine"
a écrit le 03/09/2014 à 22:21 :
bel exemple de jargon-langue de bois géographique! pour exister les géographes créent des néologismes à tour de bras qu'ils voudraient imposer comme concept. Ils n'imposent qu'un charabia incompréhensible. Savez vous ce qu'est l'anisotropisme littoral? l'aire de coprésence?...
a écrit le 03/09/2014 à 14:18 :
la note est intéressante, en revanche....
a écrit le 03/09/2014 à 14:07 :
serait-ce trop demander à l'auteur de l'article de se relire, par respect pour ses lecteurs et surtout pour être compris?
a écrit le 03/09/2014 à 14:05 :
Tres bon article. Maintenant il ne faudrait pas que cela conduise a un enieme decoupage territorial. La question est celle de l'echelle et de la cooperation entre acteurs, or le principal pb du decoupage actuel est l'effet forteresse alors qu'aucun decoupage n'est en mesure de revendiquer une efficience universelle et sur un temps meme moyen.
a écrit le 03/09/2014 à 11:19 :
Franchement, j'ai beau lire et relire l'article, je n'y comprend strictement rien. Et pourtant je suis ingénieur donc à peu près capable de déchiffrer le jargon parisien.
Au moins personne ne dira qu'il a tort. Et son service recevra les subventions attendues.
Réponse de le 03/09/2014 à 12:51 :
Moi non plus ! je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule, pourtant moi aussi je suis ingénieur, et même docteur...
Réponse de le 03/09/2014 à 16:42 :
Moi non plus ! J'enseigne pourtant l'histoire-Géo au lycée, c'est inquiétant...
a écrit le 03/09/2014 à 11:02 :
A la première lecture, je comprends pas grand chose, et surtout, je vois pas où il veut en venir, . Que faut-il faire ??? dans ma zone rurale, je sais qu'on exonère d'impôt sur le revenu pendant 8 ans des professions libérales ayant des revenus supérieurs à 50000 euros et que je trouve ça lamentable vis à vis des autres contribuables.
a écrit le 03/09/2014 à 8:55 :
Les départements correspondaient aux déplacements d'un cheval. Nous sommes à l'époque du cheval vapeur. Evoluons!
Réponse de le 03/09/2014 à 13:08 :
Bouger. mais pour quoi faire ? Le changement, c'est du travail pour la fonction public, c'est tout.
a écrit le 03/09/2014 à 8:53 :
"C'est cela qui lui permet par exemple de montrer que dans les onze régions les moins développées de France, le montant du revenu des ménages est supérieur de plus à ce qu'il serait s'il était proportionnel au montant du PIB de la région : la Picardie et le Limousin battent des records avec des revenus moyens supérieurs de près de 17% à ce qu'ils devraient être. "

Exemple de phrase- charabia des nouvelles générations qui écrivent avec un balai - on n'y comprend rien - c'est limite un problème de compétence du rédacteur, et même de politesse -
Réponse de le 03/09/2014 à 9:22 :
Vous n'avez qu'à vous donner la peine de comprendre et de reformuler cette phrase comme il vous plait. Depuis quand il faut tout prémâcher, si ça ne vous plait pas, lisez un autre canard. L'incompétence vous va si bien.
Réponse de le 03/09/2014 à 9:39 :
Article mal rédigé et pas clair non plus pour moi. Dommage pour un article si essentiel. Le danger aussi est de se demander comment les picsous vont l'interpréter.
Réponse de le 03/09/2014 à 14:12 :
Écrire des phrases qui tiennent debout me parait être la base pour tout journaliste, à force de faire des copiés-collés voilà ce qu'on obtient : des phrases sans queue ni tête, où le texte qui devrait servir l'idée la brouille au contraire, c'est très contre-productif. La phrase relevée par toto est tout à fait IMBITABLE! ça c'est français au moins, à défaut d'être poli!
Réponse de le 03/09/2014 à 22:58 :
Bof. Mauvais choix d'extrait, à mon avis. Cette phrase compare deux données, c'est plutôt simple a comprendre. Ou alors faut vraiment être allergique aux phrases à rallonge.
Au contraire, dans cet article qui m'a donné l'impression d'avoir été écrit avec un fil conducteur seulement présent dans l'esprit de l'auteur, c'est l'une des seules phrase a m'avoir sauvé du " Hé, il a dis quoi, le monsieur?"
a écrit le 03/09/2014 à 8:46 :
C'est la décentralisation qui a eu pour effet les constatations qui sont faites, l'équilibre ne se fera plus, a moins de faire une réforme tout les ans pour rééquilibrer, au dépend la stabilité dont a besoin la population!
a écrit le 03/09/2014 à 8:16 :
Dans un pays où la sphère publique est plus grosse que le boeuf. Et il faudrait se poser, j'imagine que c'est sur le tapis, la question des décideurs des investissements. On se pose souvent la question se savoir si certains investissants déraisonnables et essentiellement non productifs auraient été faits si les budgets n'étaient pas venus de l'état.. Autrement dit, c'est trop cher, et je n'en ai pas besoin, mais c'est pas moi qui paie, et donc dommage de laisser filer une telle manne..
Réponse de le 03/09/2014 à 9:27 :
Depuis que les régions peuvent lever l’impôt (ce qui est inégalitaire en soit), les décideurs publics dépensent sans compter car un budget , dans la définition publique, est collecté et doit être dépensé dans son intégralité... C'est la pensée publique qu'il faut faire évoluer et empêcher les régions de pouvoir constamment lever de l’impôt de plus en plus élevé

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