Professions : quels sont les élus les plus proches des Français ?

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Selon l'observatoire des inégalités, pour les salariés du privé, l'engagement en politique comporte un risque professionnel très élevé en cas d'échec après un mandat.
Selon l'observatoire des inégalités, "pour les salariés du privé, l'engagement en politique comporte un risque professionnel très élevé en cas d'échec après un mandat". (Crédits : Reuters)
Parmi les maires, on compte proportionnellement autant d'artisans, commerçants et autres chefs d'entreprises, et quasiment autant de cadres que dans la moyenne de la population française. Mais cette représentativité dépend beaucoup de la taille des communes.

Seulement 0.2% d'ouvriers parmi les députés contre 12,4% dans la population française, 32,9% de cadres chez les conseillers régionaux contre 9,6% parmi les Français : les professions occupées par les élus diffèrent sensiblement de celles des Français.

Sauf pour deux catégories d'élus qui sont plus représentatives: les maires et les conseillers municipaux. Ainsi, 3,4% des maires sont artisans, commerçants, et chefs d'entreprises, contre 3,1% des Français. Même son de cloche du côté des cadres et professions intellectuelles supérieures (9,6 % des Français) qui représentent 10,2% des maires et 8% des conseillers municipaux.

Concernant les professions intermédiaires, 13,3% de la population occupent ce poste, contre 18,6 % des maires et 14,4% des conseillers généraux. Seuls 6,2% des députés occupent ces postes.

Les catégories "autres professions", "retraités" et "autres sans activité professionnelle" n'ont pas été prises en compte. Leur mode de calcul diffère selon s'il s'agit d'élus ou de la population française de plus de 15 ans. À noter que les retraités sont 0% chez les députés, 24,1% chez les conseillers municipaux, 29,9 chez les généraux, et 9,9 chez les régionaux.

Décalages sur le nombre d'ouvriers

C'est dans le monde ouvrier que le décalage est le plus important. Les maires (1,1% à occuper cette profession), les conseillers régionaux (1,1%) ainsi que les conseillers municipaux (4,1%) sont assez loin de la moyenne des Français (12,4%).

Selon Michel Koebel, maître de conférences en sociologie, c'est seulement dans les communes de moins de 500 habitants que les élus municipaux parviennent à une représentation significative de cette catégorie socioprofessionnelle.

Idem pour la proportion d'agriculteurs selon le chercheur. Elle est "inversement proportionnelle à la taille des communes, à tel point que leur présence devient négligeable, voire nulle au-delà de 10.000 habitants", explique-t-il. "En 1983, elle représentait encore plus de 45 % des maires. Au total 13,7% des maires sont agriculteurs, 13 fois plus que les Français (1%). Les plus proches en proportion sont... les députés (2,9%) et conseillers régionaux (2,9%).

"Accaparé par le pôle le plus élevé de la hiérarchie sociale"

Les maires et conseils municipaux vraiment proches des catégories socioprofessionnelles occupées par les Français? Michel Koebel nuance: "On peut affirmer que l'essentiel de ce pouvoir en France reste accaparé par le pôle le plus élevé de la hiérarchie sociale et professionnelle, dont les représentants sont quasi exclusivement des hommes plutôt âgés et encartés."

Toutes tailles de communes confondues, et parmi les autres élus, "ce sont les cadres et professions intellectuelles supérieures qui dominent la fonction. [...] Elle est parfaitement proportionnelle à la taille de la commune, jusqu'à atteindre 93 % dans les plus grandes villes", explique Michel Koebel. La part des maires (10,9%) exerçant cette profession est légèrement supérieure à celle des Français (9,6%), et est écrasante chez les députés (81,5%).

"On peut même aller jusqu'à dire qu'une catégorie sociale est d'autant plus dominante qu'elle parvient à placer ses membres à la tête des communes les plus grandes", assure le chercheur.

Diplôme et connaissance des réseaux, des atouts importants

Dans une note, l'observatoire des inégalités, association très investie dans cette question, considère que:

"Comme pour les députés, un niveau de diplôme élevé et la connaissance des réseaux du pouvoir sont des atouts importants, voire indispensables, pour occuper des fonctions au sein d'exécutifs locaux, surtout pour les plus importants."

Selon l'observatoire, qui comporte dans son équipe l'économiste Thomas Piketty, "pour les salariés du privé, l'engagement en politique comporte un risque professionnel très élevé en cas d'échec après un mandat. Ce n'est pas le cas pour les fonctionnaires qui peuvent se placer en disponibilité, ni de certaines professions libérales qui ont la possibilité de sous-traiter une partie de leurs activités durant leur mandat."

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Commentaires
a écrit le 16/09/2014 à 20:24 :
Je n'ai jamais vu mon député sinon en photo. Il sert à quoi ?
a écrit le 16/09/2014 à 14:50 :
Finalement contrairement à ce qu'on entend souvent les "artisans, commerçants et chefs d'entreprise" semblent plutot bien représentés à l'assemblée par rapport à leur poids dans la population.
a écrit le 16/09/2014 à 14:24 :
en plus d'une baisse drastique du nombre des élus il faudrait limiter à 2 mandats pour les grosses communes, les régions, et les divers assemblées nationales et européennes. Ainsi on limiterait le risque d'avoir des élus complétement déconnectés de la réalité.

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