Le Medef joue de la mauvaise conjoncture pour avancer ses pions

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Pierre Gattaz, président du Medef, profite de la mauvauise conjoncture économique pour faire avancer les idées patronales sur la réforme du marché du travail
Pierre Gattaz, président du Medef, profite de la mauvauise conjoncture économique pour faire avancer les idées patronales sur la réforme du marché du travail (Crédits : reuters.com)
Le Medef de Pierre Gattaz profite du désarroi du gouvernement pour pousser ses projets. Il réclame une réforme de l'assurance chômage et une nouvelle réforme des retraites. L'organisation patronale semble chercher une alliance objective avec une partie du gouvernement pour imposer des réformes structurelles.

Le Medef marche sur un nuage. Parfaitement consciente du désarroi gouvernemental face à la situation économique, l'organisation patronale en profite pour pousser ses pions. Mieux, le Medef pose aussi ses exigences face à un gouvernement désorienté, en demandant, à son tour, la réouverture des négociations sur l'assurance chômage, une "vraie" réduction des dépenses de l'Etat, la fin des « demi-mesures », etc. A cet égard, Pierre Gattaz espère que la future loi "activité", portée par Emmanuel Macron "soit  la bonne occasion" pour enfin engager les vraies réformes.

Sûre de son fait, l'organisation patronale n'hésite plus, phénomène nouveau, à réclamer l'abrogation de lois de la République votées par la majorité. Ainsi, après avoir combattu pendant des mois le compte pénibilité - prévu par la dernière réforme des retraites de 2013 - qui va permettre à certains salariés exposés à des situations de travail difficiles de partir plus tôt à la retraite. Le président du Medef, Pierre Gattaz, demande maintenant purement et simplement l'abrogation de ce futur dispositif au nom de la « cohérence, car il le juge "inapplicable" et "anxiogène" pour les entrepreneurs. De fait, le mécanisme est un peu compliqué, notamment pour les PME.


Le Medef demande l'abrogation du compte pénibilité et d'une partie de la loi Hamon...

Le compte pénibilité va commencer à se mettre en place dès 2015, après la parution vendredi 10 octobre de plusieurs décrets au « Journal Officiel ». Dès le 1er janvier prochain, les salariés exposés à quatre facteurs de pénibilité pourront obtenir des points qui leur permettront de se former, de travailler à temps partiel ou de partir plus tôt à la retraite. Ces facteurs sont le travail de nuit, le travail répétitif, en horaires alternants ou en milieu hyperbare (comme les travaux sous-marins). Les six autres facteurs (postures pénibles, manutentions manuelles de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes, bruit) ne doivent entrer en vigueur que le 1er janvier 2016.

Pour le Medef, tout ceci est « trop compliqué » et va « surenchérir le coût du travail ». Il faut donc carrément abroger le dispositif. Et, dans la foulée, Pierre Gattaz réclame une "refonte" de la dernière loi retraite qui, pour lui, n'est pas une vraie réforme. En clair, le Medef souhaite que l'âge de départ à la retraite soit encore retardé. Toujours au nom de la défense de l'emploi et du besoin de donner « confiance » au entreprises, le Medef plaide aussi pour une abrogation des articles des19 et 20 de la loi Hamon qui obligent un chef d'entreprise à alerter ses salariés sur son intention de vendre son entreprise. Là aussi, le Medef plaide « la complexité » et « l'insécurité ».

.... et demande lui aussi une nouvelle négociation sur l'assurance chômage

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, le président du Medef est venu également alimenter le débat sur l'assurance chômage qui sévit depuis quelques jours. Sans surprise, il s'est rangé dans le camp du Premier ministre et du ministre de l'Economie, Manuel Valls et Emmanuel Macron, pour demander aux syndicats de rouvrir le dossier de l'assurance chômage dès janvier, en « profitant » de la « clause de revoyure » prévue, selon lui, par l'actuelle convention du 14 mai 2014.

En réalité, il n'y a pas de « clause de revoyure » stricto sensu, comme l'a immédiatement rappelé le syndicat Force Ouvrière. Il est juste prévu que les parties signataires suivent l'évolution de la situation financière du régime et fassent régulièrement le point. Le texte de mai 2014 prévoyait également qu'un « groupe paritaire politique » fasse des propositions sur « d'éventuelles propositions d'évolutions » du régime lorsqu'une nouvelle convention sera renégociée en 2016. Il ne s'agit donc pas d'une « clause de revoyure » au sens juridique du terme.

Vers une alliance objective entre le Medef et le Premier ministre pour mener des réformes structurelles?

Peu importe, le patronat met la pression en espérant rouvrir une négociation dès janvier 2015. Au nom des réformes structurelles dont a besoin la France et que souhaitent la Commission européenne.

L'attitude du Medef prouve une chose. L'organisation patronale sent que la situation difficile dans laquelle se trouve la France permet beaucoup d'opportunités et notamment de faire aboutir de très anciennes revendications sur la libéralisation du marché du travail. Le Medef sait pouvoir compter sur une alliance objective avec une partie du gouvernement emmenée par le Premier ministre et le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, voire même François Rebsamen, le ministre du Travail. Il est certain que si la commission européenne retoque - la réponse interviendra avant le 30 novembre - le projet de budget français 2015, alors les vannes s'ouvriront et « l'axe » Valls/ Medef aura un boulevard pour mener au pas de charge les fameuses réformes structurelles puisque la France n'aura plus d'autre choix face à la décision de la Commission européenne.

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a écrit le 14/10/2014 à 20:10 :
@Pinard 39

Les miens de parents ont fait Mai 68,sont partis en retraite anticipée, et s'ils se sont fatigués,ce n'est pas trop dans leur travai respectif:-)
Pas trop le bon exemple!
Ils bénéficient pourtant de bonnes retraites que nous n'obtiendrons pas, encore faudrait il que la répartition perdure...
a écrit le 14/10/2014 à 19:43 :
Mais pour qui on a voté en 2012???? Pour le ME(R)DEF....????
a écrit le 14/10/2014 à 19:11 :
On peut continuer à laisser pourrir la situation ou prendre les mesures radicales qui s'imposent. Oui ça va piquer les yeux, car va falloir se remettre à travailler comme l'on fait nos parents ....
a écrit le 14/10/2014 à 18:26 :
... du code du travail, personne n' y comprend rien employeurs et employés !
a écrit le 14/10/2014 à 17:46 :
MRr Gattaz, ne rêve que de serfs, à ses pieds.....
Réponse de le 14/10/2014 à 18:02 :
@PQ: Vous avez rien compris, les seigneurs, les nantis, les indéboulonnables sont les politiques, si ils sont tous bon à rien tant pis pour eux et surtout pour nous car c'est nous qui payons cash leurs errements.
Réponse de le 15/10/2014 à 10:23 :
+100. Tout à fait , rien de nouveau l'emballage change mais le principe est toujours le même. .Les sans dents travaillent pour des clopinettes pendant les gros s'engraissent encore plus.
a écrit le 14/10/2014 à 17:41 :
Le budget devra être revu... malgré les gesticulations. Mais sera-t-il tenu ? Ou utilisera-t-on des astuces comptables pour cacher le gros de la gabegie ?

Sur le chômage, on peut se demander si c'est bien raisonnable de verser jusqu'à près de 6.000€/mois à un chômeur. Et pourquoi ne pas aligner les cotisations chômage des fonctionnaires sur les autres salariés, ça devrait les motiver pour revoir le système actuel. Car l'assurance chômage n'est rien d'autre que de la solidarité, pas de l'assurance. Si c'était de l'assurance, chacun pourrait s'assurer comme il le souhaite.
On pourrait revoir enfin le système qui concerne les intermittents.
Dans cet ensemble, on ne parle que des chômeurs... pas de ceux qui bossent et voient 6,2% de leur salaire partir tous les mois, en se demandant si cet argent est bien utilisé.
Demandons aux fonctionnaires de faire le même effort de solidarité et on verra bien leur réaction...
Réponse de le 14/10/2014 à 19:17 :
Environ 1400 inscrits à Pôle Emploi sont concernés par ces 6000€.
Moins de 40% des inscrits est indemnisé et la grande majorité est aux alentours de 1100€.
Diminuer cette indemnité revient à diminuer la demande globale
==> moins de rentrées d'argent pour l'Etat et le déficit loin de diminuer augmente.
Nous sommes encore dans une société de consommation.
Réponse de le 14/10/2014 à 20:04 :
Vous €devriez regarder comment ça se passe en Angleterre, avec une indemnisation qui ne peut dépasser £400/mois (500€) et pendant ce temps on peut vous demander de faire des tâches d’intérêt général...
a écrit le 14/10/2014 à 17:29 :
Réduire les indemnités et la durée, retraite à 65 ans, travail du dimanche,suppression de jours de congés, abolition de la maudite loi des 35h, création d'un SMIC jeune, bref que du bonheur avec Mr Gattaz .. Il pourrait aussi demander le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et avec la même règle dans le privé il arriverait peut être à inverser la courbe du chômage... d'ici à 2020!!!
a écrit le 14/10/2014 à 17:29 :
Pas besoin d avancer c est l autre qui recule .
a écrit le 14/10/2014 à 17:20 :
Rien sur les régimes spéciaux. Ce n'est pas le lock out de l'emploi privé seul qui sauvera la France et la rendra plus adaptable à l'évolution du monde. Il s'agirait plutôt d'encadrer (réguler) enfin la gestion démagogique des dépenses publiques.
a écrit le 14/10/2014 à 17:08 :
Faire partir les gens à la retraite à 65 ans où réduire la durée d'indemnisation du chômage
créera t'il des emplois? un beau débat en perspective....
a écrit le 14/10/2014 à 16:50 :
Notre gouvernement va faire des bisous à Gattaz en s'essuyant les pieds sur la paillasson de la démocratie, pour ensuite aller donner des leçons de démocratie dans ces pays autocratique, corrompu, tiers mondiste qui nous entoure, nous îlots démocratique

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