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ÉconomieFrance

Pourquoi les médecins sont-ils en colère ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 05 novembre 2014 à 14:45 - Mis à jour le 05 novembre 2014 à 16:47

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La médecine libérale est dans la rue. Des manifestations sont prévues à la fin de l'année. Pour quelles raisons ? Décryptage.

Marisol Touraine est dans le viseur des médecins libéraux. La semaine dernière, trois syndicats ont appelé les médecins généralistes à fermer leurs cabinets entre Noël et Nouvel An. Un appel auquel ont répondu les médecins spécialisés ce mercredi. Aujourd'hui, le Syndicat des médecins libéraux (SML) a lancé une pétition nationale sur le thème " Choisir son soignant : une liberté, un droit " et, dans la foulée, demande le retrait du projet de loi santé de Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales. Un projet "construit en dehors de toute concertation avec les médecins libéraux", estime la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui concentre toute la colère de la médecine libérale, en menaçant , estime t-elle, ses intérêts et ceux des patients.

Concrètement, quels sont les points de blocage ?

Une liberté d'installation menacée

Les médecins rechignent à intégrer les maisons de santé pluridisciplinaires qui regroupent différentes professions médicales. Ces structures ont été lancées pour lutter contre les déserts médicaux en incitant les jeunes médecins à s'y installer, via des subventions. Le gouvernement espère faire grimper à 400 le nombre d'établissements de ce type. Pour les professionnels, ce dispositif menace leur liberté d'installation.

Le tiers-payant

Pour soulager le porte-monnaie des Français, en leur évitant d'avancer les frais, le projet du gouvernement veut rendre obligatoire et automatique le tiers payant. Avec ce dispositif, le médecin serait directement remboursé par l'Assurance maladie et la complémentaire santé du patient. Deux tiers des Français sont favorables à cette mesure, selon un sondage OpinionWay réalisé pour le Syndicat des médecins libéraux (SML). En revanche, les professionnels y sont opposés à 95%, estimant que le tiers-payant induira des procédures administratives supplémentaires qui augmenteraient, selon leurs calculs, le coût de traitement des feuilles de soins à 3,50 euros pour une consultation aujourd'hui rémunérée 23 euros. Soit une hausse de plus de 15% !

Concrètement, ce que redoutent les médecins, c'est qu'en prenant soin du pouvoir d'achat des ménages, cette mesure sacrifie leur portefeuille, en raison des retards de paiements que le tiers payant pourrait entraîner. Mardi, des médecins du Nord ont annoncé la création d'un " Observatoire national du tiers payant " pour étudier les délais de paiement de la Sécurité sociale. Enfin, les médecins redoutent que le tiers-payant soit synonyme de "soviétisation" et de médecine " gratuite ", c'est-à-dire sans aucun coût, pour les patients. Alors que le gouvernement lutte pour réduire le déficit du régime général de la sécurité sociale, l'argument a du sens.

Des compétences réduites ?

La stratégie nationale de santé autorise les pharmaciens à vacciner les patients, ainsi que les sages-femmes qui pourront également vacciner l'entourage des femmes et des nouveau-nés qu'elles suivent. Quant aux infirmiers cliniciens, un métier créé par la loi de santé, ils pourront établir un diagnostic, prescrire des médicaments et faire de la prévention. Grâce à ces mesures, le gouvernement espère alléger les médecins généralistes du suivi des patients atteints de maladies chroniques. Là encore, les médecins rechignent, considérant qu'ils sont les seuls à pouvoir soigner efficacement. Ils redoutent également une fuite d'une partie de leur patientèle et donc de leurs revenus vers des professions paramédicales. Dans un entretien récemment accordé au Quotidien du médecin, la ministre a indiqué que le métier d'infirmier clinicien " ne pourra concerner qu'un nombre très limité de paramédicaux, comme on le voit bien dans les pays qui ont ce type de pratiques ". Ces déclarations n'ont pas rassuré les médecins libéraux.

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Marisol Touraine veut limiter les arrêts de complaisance, encourager la prescription de génériques, ce qui permettrait de diminuer celle de médicaments coûteux pour l'Assurance maladie. Pour atteindre ce double objectif, les professionnels seront davantage contrôlés. Sans surprise, les médecins libéraux hurlent, estimant que leur liberté de prescription est menacée.

Fabien Piliu

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