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ÉconomieFrance

La loi Macron, une répétition générale avant le congrès du Parti Socialiste ?

Photo de Antoine Patinet

Jean-Christophe Chanut

Publié le 09 décembre 2014 à 08:32 - Mis à jour le 09 décembre 2014 à 12:41

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La future loi Macron sur la croissance et l'activité cristallise les débats au sein de la majorité PS. Pour toute une frange du parti, la loi est trop nettement d'inspiration libérale. Manuel Valls est donc à la recherche d'une majorité. Une situation qui préfigure ce qui va se passer lors du congrès du PS en juin prochain.

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, répète à l'envie que « Emmanuel Macron devrait arrêter de s'occuper de tout, surtout de ce qui ne le regarde pas ». Une sentence qui va prendre tout son sens cette semaine alors que le ministre va présenter mercredi 10 décembre en Conseil des ministres son déjà fameux projet de loi sur « la croissance et l'activité ». C'est peu dire que cette future loi Macron exacerbe les tensions au sein de la majorité. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, la qualifie de « texte fourre-tout » et les frondeurs du PS parlent de « dérégulation libérale ».

A l'inverse, l'aile droite du parti, emmenée par le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement Jean-Marie Le Guen, le sénateur maire de Lyon Gérard Collomb... et le Premier ministre Manuel Valls, pousse à fond, voyant dans la loi Macron la première réelle étape vers les « réformes structurelles » dont la France a besoin, réclamées par la commission européenne et... Angela Merkel. Sans parler du fait que les quelques 107 articles de la loi Macron ont fait tiquer au sein du gouvernement. La garde des Sceaux, Christiane Taubira, ne comprend pas très bien pourquoi ce n'est pas elle qui devrait s'occuper de la réforme des prud'hommes ou des tribunaux de commerce, voire des professions réglementées. François Rebsamen, ministre du Travail, lui, aurait pu revendiquer le droit de piloter la réforme des procédures de licenciement ou le travail dominical.

Une majorité pour voter la loi Macron?


A l'Elysée, ce n'est pas ce point qui préoccupe le plus. En revanche, François Hollande et son entourage se demandent s'il y aura une majorité pour voter le texte. Déjà, les choses ont été difficiles lors du vote de la loi de finances 2015, avec plus de trente abstentions. Certains députés avaient cependant finalement voté « pour » afin de ne pas mettre le gouvernement en difficulté sur un texte emblématique. Cette fois, avec la loi Macron, les parlementaires pourraient ne pas avoir les mêmes pudeurs. Au contraire, alors qu'un récent sondage CSA pour Le Figaro montre que la gauche serait laminée lors du prochain scrutin législatif (en ne sauvant qu'une soixantaine de sièges), des députés pourraient avoir tendance à marquer leur ancrage « à gauche » en refusant de voter le texte.

Pour éviter un tel sort à la loi Macron, Manuel Valls est doublement monté au filet. D'abord, il a lancé une opération séduction auprès des députés en les invitant à un « apéro » afin de les dorloter et écouter leurs doléances. Pour prouver également sa fidélité aux valeurs de gauche, le Premier ministre interviendra mercredi 10 décembre devant la très socialiste fondation Jean Jaurès sur le thème de « l'égalité ».

Ensuite, il a quelque peu refréner les ardeurs de son ministre de l'Economie en précisant dimanche soir sur France 2 que le projet de loi ne remettrait pas en cause, d'une part, le CDI, via l'instauration d'un contrat de travail unique et, d'autre, part, la durée légale des 35 heures de travail. C'est en fait François Hollande qui a demandé que ces « marqueurs de gauche » ne soient pas remis en cause, de peur d'une bronca fatale pour sa majorité.


Derrière la loi Macron, l'enjeu du congrès du PS

Et ce d'autant plus que le délicat épisode de la loi Macron préfigure un événement bien plus important pour l'exécutif et la majorité : le congrès du PS qui se tiendra en juin 2015 à Poitiers. Soit après les élections départementales de mars qui risquent d'être apocalyptiques pour la majorité. Si la ou les motions qui arrivent en tête à ce congrès sont ouvertement opposées à la politique de l'offre prônée par l'actuel gouvernement, Manuel Valls n'aura pas de majorité et devra se démettre de ses fonctions de Premier ministre. François Hollande devra alors faire appel à Claude Bartolone ou... Martine Aubry pour la dernière phase de son quinquennat.

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De fait, encore davantage que la loi Macron, le congrès de Poitiers devrait mettre au grand jour la ligne de fracture qui passe au milieu du parti et qui ne cesse de s'agrandir depuis 20 ans. D'un côté, la gauche du parti qui veut rester fidèles aux idéaux socialistes, quitte à les moderniser. En la circonstance, cette frange, emmenée notamment par le député européen Emmanuel Maurel, pourrait faire alliance avec les amis de Benoit Hamon, voire avec les « centristes » du parti à tendance sociale-démocrate regroupés derrière Martine Aubry et favorable a la relance keynésienne via des investissements publics... Comme Anne Hidalgo vient de le décider pour Paris. L'autre bloc est constitué des « pragmatiques » et de la mouvance sociale-libérale, toute acquise à Manuel Valls et Emmanuel Macron. Pour cette tendance, il faut en finir avec les « archaïsmes » et innover. Le choc risque d'être d'autant plus rude que les deux grandes familles vont chacune étayer leurs arguments pour convaincre que leurs idées sont les seules à même de pouvoir limiter les dégâts lors des législatives de 2017... Surtout si François Hollande tient sa promesse d'injecter une dose de proportionnelle dans le scrutin.
En fait, le débat qui se cristallise sur la loi Macron constitue une sorte de répétition générale avant le grand affrontement du mois de juin prochain.

Jean-Christophe Chanut

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