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ÉconomieInternational

Situation confuse en Tunisie

Eric Benhamou, avec Reuters et AFP

Publié le 16 janvier 2011 à 18:41 - Mis à jour le 16 janvier 2011 à 20:00

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La chute inattendue du régime Ben Ali, vendredi, a créé un immense espoir mais aussi une situation confuse dans le pays, où des pillages et échanges de tirs se sont multipliés ce week-end. La traque aux anciens proches du président déchu a commencé. Le Premier ministre sortant devrait annoncer ce lundi la constitution du nouveau gouvernement. Récit, vidéo de BFM et infographies de La Tribune...

Des tirs nourris ont éclaté dimanche dans le centre de Tunis, non loin du ministère de l'intérieur. L'armée, qui a toujours évité de faire de la politique mais qui a, semble-t-il, précipité la chute du président Ben Ali en refusant de donner la troupe contre les émeutiers, a donné l'assaut, dimanche soir, au palais présidentiel de Carthage dans lequel se serait retranché des éléments de la garde présidentielle. La situation, quarante huit heures après le départ de l'ancien président Ben Ali vers l'Arabie saoudite, reste donc confuse et tendue.  Les policiers sont de plus en plus nerveux et des rumeurs sur des transports d'armes ou de miliciens cagoulés tirant sur les civils agitent la capitale.

Au sommet de l'Etat, la confusion est également de mise. La traque aux anciens proches du clan Ben Ali a commencé. L'un des hommes forts du régime, l'ancien chef de la sécurité présidentielle, le général Ali Sériati, a été notamment arrêté près de la Libye à la demande de la justice tunisienne qui l'accuse des récentes exactions commises contre la population. De nombreux témoignages attribuent les pillages de ces derniers jours à des membres de la garde présidentielle ou de la police, liés à Zine El-Abidine Ben Ali, pour créer le chaos et faire échec à la transition politique. De même, un neveu de l'ex -président a été arrêté, avec dix autres personnes et Imer Trabelsi, neveu de la femme président, Leïla (détestée par l'opinion) et puissant homme d'affaires, condamné en France pour vol de yachts, a été assassiné.

Au Palais du gouvernement, le premier ministre sortant, Mohammed Ghannouchi, consultait dimanche tous les partis politiques dits légaux (à l'exclusion donc du Parti Communiste et des ismalistes) pour amorcer le processus de transition. Un nouveau gouvernement d'union nationale devrait être annoncé ce lundi. Trois comités devraient également être mis en place : l'un pour former un gouvernement, l'autre pour examiner les dérives sécuritaires des derniers jours et le dernier sur les soupçons de corruption de l'ancien régime.

La France a finalement lâché son allié Ben Ali à la dernière minute, après des années de soutien inconditionnel, au nom de la lutte contre l'islamisme. Après une réunion d'urgence, l'Elysée a même décidé de refuser l'hospitalité à Ben Ali, sa famille et ses proches. Mais déjà des voix s'élèvent, notamment dans l'opposition, pour protester contre l'attitude bienveillante de la France à l'égard du régime, y compris lors de la répression des dernières émeutes, qui firent des dizaines de victimes. Le ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, s'est notamment distinguée en proposant, la semaine dernière, le "savoir faire" sécuritaire de la France à l'ancien régime.

"La Tunisie était un régime autoritaire et c'est vrai qu'il y a eu une dérive de l'autoritarisme du régime depuis la dernière réélection de Ben Ali que probablement la France n'a pas appréciée à sa juste mesure", a reconnu auprès de l'agence Reuters, Axel Poniatowski, président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale. Pourtant de nombreuses ONG, dont la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), ont régulièrement dénoncé ces dernières années les atteintes aux droits de l'homme en Tunisie.

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Cette neutralité bienveillante a d'ailleurs été largement partagée par l'Union européenne, qui a de nombreux intérêts économiques à protéger. De fait, en signant en 1995 avec l'Union européenne un accord d'association qui prévoit la création d'une zone de libre échange, la Tunisie est devenu un partenaire particulièrement choyé par les européens, qui ont massivement investi dans le pays dans des secteurs de la sous traitance, notamment dans le domaine du textile.

"Il est clair que la France va être obligée d'avoir une position plus correcte par rapports au droits de l'homme, à la liberté d'expression, d'éducation et donc probablement commencer à réfléchir sur ce qu'elle va dire désormais sur l'Algérie et tant qu'on y est, sur le Maroc", note Christian Bouquet, professeur de géopolitique à l'Université de Bordeaux, également interrogé par Reuters. De fait, les analystes s'interrogent sur un éventuel effet d'entraînement de ce changement de régime sur d'autres pays du Maghreb ou du Moyen Orient. Car beaucoup de pays arabes sont assis sur la même poudrière sociale. La crise tunisienne ne se résume pas en effet à une énième "émeute de la faim"?: elle est bien l'expression d'un ras-le-bol généralisé d'une jeunesse de plus en plus diplômée, mais sans emploi et sans espoir, malgré un contexte économique plutôt favorable. La Tunisie affiche un solide taux de croissance de près de 5% et son modèle d'ouverture économique est régulièrement salué par les institutions internationales.Mais le pays se place à la 95ème place, sur 179 pays, en termes de développement humain, preuve d'un creusement des inégalités sociales.

Parallèlement, l'Algérie croule sous plus de 150 milliards de dollars de réserves de change mais elle n'arrive pas à fournir des débouchés à ses 120.000 diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail, à construire suffisamment de logements ou à nourrir correctement sa population. C'est ce syndrome de la « mal-vie », qu'un récent rapport de la FIDH vient de dénoncer en Algérie, qui risque de balayer tous les régimes du Maghreb.

Les maux sont toujours mêmes : des régimes corrompus et sclérosés, incapable d'initier une transition vers la modernité,  un dialogue social inexistant, des économies, certes résistantes à la crise, mais toujours très spécialisées et dépendantes (sous-traitance, tourisme ou rente pétrolière), et donc incapables de créer des bassins d'emplois pour des étudiants formés.  Résultat, les classes moyennes sont progressivement laminées et le chômage des jeunes explose, sans possibilité d'émigrer. En Tunisie, 55% des chômeurs ont fait des études supérieures contre 20% il y a dix ans, et en Algérie, trois chômeurs sur quatre a moins de 30 ans.

C'est toute cette génération de "muristes", plus informée grâce au net, plus éduquée mais dont la seule perspective proposée par leur société est de "passer ses journées appuyée contre un mur", qui fait désormais trembler les  régimes des pays arabes. Le défi est immense : le Maghreb devra créer entre 10 et 15 millions d'emplois d'ici 2030 et beaucoup d'experts se demandent comment il va y parvenir. Traduction : le chômage des jeunes devrait mécaniquement s'aggraver.

D'où l'inquiétude, voire l'hostlité, manifestée par les pays arabes face à la Révolution du Jasmin, un évènement sans précédent au Maghreb et au Moyen Orient. . "Nous sommes inquiets de la situation", a déclaré le ministre iranien des affaires étrangères et l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a exhorté la Tunisie à "préserver la sécurité et la stabilité". De son côté, l'Egypte rappelle que chaque pays a ses spécificités....

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En revanche, pour les oppositions dans les pays arabes, c'est l'espoir qui domine ce week-end. La presse algérienne a ainsi salué le courage des Tunisiens et certains éditorialistes ont même souhaité un scénario identique pour l'Algérie. Du côté du pouvoir algérien, ou marocain, on s'est bien gardé de commenter la Révolution du jasmin

Eric Benhamou, avec Reuters et AFP

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