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ÉconomieInternational

L'euro de demain pourrait ressembler au mark d'hier

latribune.fr

Publié le 16 avril 2011 à 19:04 - Mis à jour le 17 avril 2011 à 04:14

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La zone euro dans se contours actuels, n'est pas prédisposée naturellement à accueillir une monnaie unique. Le droit européen n'a pas prévu de mécanisme de sortie. Il faut donc que le politique se saisisse enfin du sujet en définissant une politique économique commune. Et dans ce contexte, l'Allemagne est bien placée pour imposer ces valeurs

«Tout commence en mystique et tout finit en politique », écrivait Charles Péguy. Ainsi en est-il de l'euro, comme on va le voir. Mais ce que Péguy soupirait sur sa jeunesse, nous pouvons aujourd'hui l'écrire sur l'euro avec le sourire. En effet, le Conseil européen de mars matérialise la prise de conscience que l'euro soulève un problème économique et constitue désormais un facteur de division au sein de l'Europe. Il contraint le politique, du moins on l'espère, à se saisir de la monnaie unique après dix années d'abandon aux mains d'une technocratie qui n'a rien vu venir.

L'euro est né dans une ambiance de mystique économique. Il y a dix ans, son avènement fut présenté comme l'entrée dans une nouvelle Terre promise. Un paradis où la croissance reviendrait et l'inflation disparaîtrait. Hélas, la croissance annuelle moyenne du PIB de la zone euro a été inférieure, à sept reprises sur les années 1999-2008, à celle du groupe hors zone euro rassemblant le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède. Quant aux effets supposés anti-inflationnistes de l'euro, le grand public n'y croit pas une seule seconde. Un paradis où les gains d'efficacité au niveau microéconomique seraient sensibles. Mais les travaux de Lionel Fontagné au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales) suggèrent qu'ils ont été en fait bien maigres. Les évolutions de la variété des produits offerts sur le marché européen, de la concurrence entre les producteurs et de la compétitivité à l'export des entrepreneurs de la zone euro ont largement déçu. Un paradis où la volatilité du change allait s'évaporer : les événements récents démentent cruellement cette prophétie maladroite. La réalité est malheureusement plus rude. Il était évident dès le début que la création de l'euro n'obéissait pas à des considérations économiques très rigoureuses. Tout étudiant en économie sait par exemple que la zone euro, surtout dans ses contours actuels, ne répond pas aux critères habituels d'une « zone monétaire optimale » et qu'elle n'est pas prédisposée naturellement à accueillir une monnaie unique.

Surtout, il était évident dès le début que l'entrée dans la zone euro des pays de la périphérie se traduirait par une surévaluation chronique de leur taux de change et d'importantes pertes de productivité et de compétitivité. Que l'entrée de la Grèce dans la zone euro n'avait pas de fondements économiques sérieux. La crise récente de l'euro peut être salutaire précisément parce qu'elle tend à réveiller les esprits après dix années de matraquage technocratique. Là réside l'espoir des récents sommets. La crise de l'euro enclenche une dialectique : en menaçant l'unité de l'Europe, elle constitue aujourd'hui un aiguillon d'une redoutable efficacité pour renforcer l'unification des politiques économiques.

En effet, l'existence de l'euro est désormais identifiée comme soulevant un problème économique et constituant un facteur de tensions en Europe. Les gouvernements n'ont d'autre solution que d'avancer à marche forcée sur le chemin de la coordination étroite et effective des politiques économiques pour limiter les dégâts. Ils ne peuvent pas faire marche arrière car le droit européen n'a pas prévu de mécanisme de sortie. Quelle sera la direction prise dans cette construction d'une véritable politique économique de l'euro ? Sans doute, pour l'essentiel, celle qu'indiquera l'Allemagne sauf si la France parvient à contenir les embardées idéologiques de son voisin. Malgré l'abandon du mark à la fin des années 1990, l'euro de demain pourrait ressembler de plus en plus au mark d'hier. Avec ses banquiers centraux paranoïaques en matière d'inflation. Avec son absence radicale de souplesse pour accorder des coups de pouce aux bas salaires. Avec sa capacité stupéfiante à mener une restriction budgétaire sensible à peine la récession surmontée. Avec son incapacité à favoriser une dépréciation du change alors que les derniers assouplissements monétaires américains visent ardemment à affaiblir le dollar.

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Pour l'euro, tout a commencé en mystique et tout est en train de finir en politique. Une politique qui risque d'avoir un fort accent allemand. C'est peut-être une chance. Mais c'est certainement une grande responsabilité pour la conduite de l'action française dans l'Union européenne : celle de contenir le retour en force du rouleau compresseur allemand après l'effondrement des pays périphériques hélas prévu depuis longtemps. Les résultats obtenus par le gouvernement français au compromis de Deauville d'octobre dernier et au Conseil européen de mars constituent, à ce titre, des réussites très encourageantes.

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