Le pétrole flambe, les spéculateurs n'y sont (presque) pour rien

 |   |  702  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Bloomberg)
Selon la Réserve fédérale de Saint-Louis (Etats-Unis), les prix réels du baril sur la décennie (2000-2009), qui ont pu osciller de 20 dollars à quelque 110 dollars se sont envolés parallèlement à la financiarisation des marchés des "commodities". Mais la spéculation ne vient qu'au quatrième rang pour expliquer la tendance, après l'offre, la demande et le niveau des stocks.

Lors de la présidence française du G20 l'année dernière, Nicolas Sarkozy avait placé en bonne place parmi les priorités de son agenda la recherche de solutions permettant de réduire la volatilité des prix des matières premières sur les marchés à terme, en particulier ceux des produits agricoles qui avaient déclenché des émeutes de la faim au Mexique, dans les pays arabes ou en Asie.

Parmi les causes avancées pour expliquer le phénomène, le président français pointait le rôle des spéculateurs, en fait les intervenants sur les marchés financiers. Des experts de la Réserve fédérale de Saint-Louis, aux Etats-Unis, tordent le cou à une telle opinion. Prenant l'exemple du pétrole, ils montrent dans un article qui résume leur recherche que sur la décennie (2000-2009), la spéculation n'est que le quatrième élément d'explication après, et dans l'ordre, le choc de l'offre, la croissance de la demande et les besoins de constituer des stocks pour justifier des cours du baril qui ont oscillé entre 20 dollars et 110 dollars (exprimés en dollars année 2000, hors inflation).

Le développement des indices "commodities"

Toutefois, ces experts - Brett W. Fawley, Luciana Juvenal et Ivan Petrella - soulignent que les marchés à terme via les indices "commodities" (qui agrège, en les pondérant, plusieurs matières premières, énergie, métaux, céréales...) ont attiré nombre d'investisseurs qui ont mis ce type d'actifs dans leurs portefeuilles. Un mouvement massif puisque le montant investi est passé de 13 milliards de dollars en 2004 à 260 milliards de dollars en mars 2008, sous la houlette de grandes banques d'investissement, comme Goldman Sachs, de hedge funds ou autres fonds d'investissement!

De fait, le lien de cause à effet entre la hausse des cours et la spectaculaire financiarisation de ces marchés semblait s'établir avec une certaine évidence aux yeux des gouvernements et du public. C'est précisément la réalité de ce lien que ces trois chercheurs ont analysée. "Identifier avec succès les véritables raisons de la hausse des prix du pétrole est crucial pour pouvoir faire une allocation efficiente des ressources et élaborer une politique", justifient-ils.

Les conséquences des dégâts de l'ouragan Katrina

Premier problème : l'offre,  affectée par des décisions non prévues. Comme lorsque l'Opep a choisi de réduire ses quotas de production, un choix qui résultait d'une mauvaise analyse du marché physique. Conséquence, les prix se sont envolés. Ou autre cas de figure, les destructions causées par l'ouragan Katrina sur les plateformes de production dans le golfe du Mexique et sur les côtes de la Louisiane où est concentrée 80% du raffinage américain, qui a considérablement modifié les termes de l'offre disponible.

Deuxième problème : la demande. Durant la décennie écoulée, les grands pays émergents, comme la Chine et l'Inde, ont soutenu continuellement la demande pour alimenter leur croissance économique, même au prix de cours élevé!

Troisième problème, lié aux deux premiers: les stocks de réserve. Nombre de pays et d'entreprises face au risque de perturbation et pour éviter de subir des pénuries ont ajouté des tensions à la demande en constituant des stocks au moment même où l'offre était tendue et la consommation mondiale en pleine augmentation.

Le choix des investisseurs sur les marchés à terme, qui permettent de vendre ou d'acheter des contrats revendus avant livraison pour en acheter d'autres, résulte de l'analyse de la situation du marché physique. Tout au plus, les investisseurs amplifient la tendance mais ne la déterminent pas, comme ce fut le cas entre janvier 2004 et juin 2006, mais a contrario ils ont accéléré la baisse entre juillet et décembre 2008, après la chute de Lehman Brothers qui a propagé la crise financière à l'ensemble de la planète. Au final, les chercheurs concluent que ce sont les fondamentaux qui déterminent ultimement le prix du pétrole sur le long terme, corroborant ainsi de nombreuses études. La spéculation reste une explication commode mais non déterminante.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/04/2012 à 23:34 :
Bah oui ...quelle découverte , les ressources sont finies ... donc nous sommes face un une crise systémique ... le pétrole monte comme on l'a toujours prédit ... tant que la fusion nucléaire n'est pas opérationnelle ...il montera ...
a écrit le 11/04/2012 à 13:59 :
Le titre de l'article est annonciateur de son contenu: le pétrole flambe, et c'est une nouvelle qui a du en asseoir plus d'un, car la "spéculation" n'y serait pour rien. L'argumentaire de cet article repose entièrement sur une ötude de la Réserve Fédérale de St Louis. Cette source postule, mais ne démontre pas, la séparabilité des prix du pétrole (qui eux flambent bien). Elle est bien courte -deux pages, graphiques et références compris- pour servir de référence solide, et n'aborde à aucun moment les phénomènes de "backwardation" et "contango" qui sont les mécanismes déterminant la formation du prix au comptant et à terme. Cet article repose sur des gaz d'échappement.
a écrit le 11/04/2012 à 12:58 :
Une solution : Consommons moins de pétrole!
consommons moins tout court!
Réponse de le 11/04/2012 à 14:34 :
C'est votre droit de consommer moins de pétrole. Mais ne nous l'imposez pas au nom d'une quelconque idéologie abracadabrantesque !
Réponse de le 11/04/2012 à 15:56 :
Ce n'est pas seulement une idéologie, c'est aussi un simple mouvement naturel : les prix montent, on essaie de consommer moins, et logiquement les prix devraient rebaisser. ce qu'il propose n'est pas une idéologie abracadabrantesque, c'est une solution naturelle. Je dirais même qu'elle est dans la pleine logique des règles du marché.
Réponse de le 11/04/2012 à 23:02 :
Si tu veut que le petrole baisse,c'est aux chinois,indiens,bresiliens et Americains qu'ils faut dire de baisser leurs consommations....
Réponse de le 14/04/2012 à 16:32 :
Avec l'austérité c'est moins de consommation par la droite ... donc vous êtes d'accord ...
a écrit le 11/04/2012 à 11:06 :
quand on nous dit que les grandes entreprises ont du cash qu'elles ne distribuent pas et qu'elles n'utilisent pas pour se développer, il faut bien qu'elles les placent de façon rentable donc dans les commodities entre autres ce qui fait monter automatiquement les cours...C.Q.F.D.
a écrit le 11/04/2012 à 10:33 :
décidèment, le journal la tribune est communiste, cela ne m'étonne guere qu'il ait fait faillite dans sa version papier.
La vrai explication pour un économiste un tant soit peu correct n'est pas la spéculation, mais la politique monétaire débridée de la FED. L'inflation va tjrs se loger dans les actifs réels, d'abord l'immobilier, avec la bulle que l'on sait, metmaintenant qu'elle a explosé et que la bourse ne va pas fort, l'inflation se retrouve dans les matières premières dont le pétrole. OUVREZ LES YEUX : LISEZ CONTREPOINTS.ORG
Réponse de le 11/04/2012 à 11:52 :
tout a fait d'accord.
Réponse de le 11/04/2012 à 13:31 :
Je ne dirai pas "actifs réels", mais actifs vitaux : l'inflation va toujours dans les actifs dont nous avons vitalement besoin (à cause de l'instinct de survie, de la législation, etc...).

La véritable arnaque dans la financiarisation globale, après celle du temps, est la financiarisation des actifs vitaux (logement, santé, alimentation)......
Réponse de le 11/04/2012 à 14:45 :
@ génération post 80 :
Aucun rapport.
Les agents économiques, pour se protéger de l'inflation, vont sur des actifs réels, tangibles, durables.
Votre prose sur "la financiarisation globale" et la "financiarisation des actifs vitaux" ne veut rien dire et montre par le vocabulaire employé que vous ne maitrisez pas encore les notions économiques fondamentales.
Réponse de le 11/04/2012 à 16:41 :
Votre réponse à génération post80 est non seulement méprisante, mais surtout pleine de vide, ce qui est un comble au vu de ce que vous lui répondez. Déjà vous confondez l?inflation et la protection contre l?inflation. L?inflation dépend de 3 facteurs : la quantité de liquidité disponible rapportée à la quantité de bien, comme vous le dites dans votre premier post, mais également du rapport entre l?offre et la demande qui permet de créer la rareté, et enfin de la valeur du besoin associé au produit, qui permet au vendeur d?imposer ses prix à l?acheteur. Ce n?est pas un hasard si parmi les produits qui ont le plus augmentés on trouve ceux correspondant aux besoins vitaux et de manière générale les entreprises ont changé leur modèle économique d?un modèle de vente à relation unique avec le client vers un modèle d?abonnement ou le client est captif une fois le forfait souscrit. Ce faisant les télécom, et Fai, mais aussi les banques (via les frais de fonctionnement), ont essayés d?adopté le modèle déjà utilisé pour les loyers, ou l?abonnement à l?énergie, dans lesquels le client est captif. Le modèle économique de l?Ipad va encore plus loin puisqu?il consiste à conférer à un produit non vital un aspect de quasi-dépendance le rendant vital pour son consommateur, et permet ainsi un modèle. J?ai fait pas mal de raccourci (il faudrait plusieurs pages pour développer le tout) mais le principe est là, et a pour objet de maximiser les bénéfices, et donc d?augmenter le prix de vente, ceci ayant toujours pour base de départ le fait que le client ne peut s?en passer, même si le caractère vital a été créé de toute pièce. La protection contre l?inflation, que vous confondez avec brio avec l?inflation, consiste effectivement a mettre son argent dans des actifs qui ne se dévaloriseront pas, mais vous répondez à cette personne alors que vous ne parlez pas de la même chose. Il reste toutefois que vous faites bien le lien entre l'inflation et la quantité de matière monétaire, mais ce n'est qu'un des facteurs et pas le seul. Par ailleurs l'inflation ne se loge pas forcement dans des actifs réel, mais peut aussi se loger dans des actifs comme la bourse, lorsque le rapport entre la masse monétaire et la quantité de bien disponible (le nombre d'entreprises coté) devient disproportionné. Mais cette disproportion ne vient pas forcement de la planche à billet, elle peut venir aussi d?une recherche de la meilleure rentabilité qui détourne alors l?argent des investissements productifs (jugé moins rentable) vers des investissements jugés plus rentable. Le sujet est bien plus large et bien plus diversifié que ce à quoi vous le réduisez, et sa réponse est tout aussi valable, elle recouvre seulement un autre type d?inflation.
a écrit le 11/04/2012 à 8:31 :
"La spéculation reste une explication commode mais non déterminante."

Clairement, et il n'est pas rare d'entendre parler de "bulle" sur le prix du pétrole, comme si il s'agissait d'actifs (actions, immobiliers), or rappelons quand même que pour parier à la hausse ou baisse, il faut que quelqu'un fasse l'inverse.
La vérité est que pour les matières premières difficilement stockables (et surtout aussi essentielle que le pétrole pour la société actuelle dans son rôle de carburant), il n'y a pas de bulle mais une réelle tension (et depuis un moment), tension que l'invocation de "la faute aux spéculateurs" permet de cacher, oublier, ou éviter.

A ce sujet, à signaler une tribune/"appel aux candidats" publiée jeudi 22 mars sur lemonde.fr, intitulée 'mobiliser la société face au pic pétrolier"

Signée par :

Pierre René Bauquis ? Ancien Directeur Stratégie et Planification du groupe Total
Yves Cochet ? Député Européen, ancien Ministre de l?environnement
Jean-Marc Jancovici ? Ingénieur consultant, Président de The Shift Project
Jean Laherrère ? Président ASPO France, ancien patron des techniques d?exploration du groupe Total
Yves Mathieu ? Ancien chef du projet Ressources pétrolières mondiales à l?Institut Français du Pétrole

Texte de la tribune et possibilité de se joindre à l'appel en ligne ci-dessous :
http://tribune-pic-petrolier.org/
Sujet important s'il en est un, et vraiment temps de se réveiller, ne pas hésiter à signer et relayer.
Attn la Tribune : PR Bauquis, Jean Laherrère, JL Wingert sont disponibles pour répondre à toute question, donner des précisions.
a écrit le 11/04/2012 à 8:01 :
une fois , la boule de neige, sur la pente, il n ' est plus besoin de pousser....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :