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Le pétrole flambe, les spéculateurs n'y sont (presque) pour rien

Robert Jules

Publié le 11 avril 2012 à 05:28

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Selon la Réserve fédérale de Saint-Louis (Etats-Unis), les prix réels du baril sur la décennie (2000-2009), qui ont pu osciller de 20 dollars à quelque 110 dollars se sont envolés parallèlement à la financiarisation des marchés des "commodities". Mais la spéculation ne vient qu'au quatrième rang pour expliquer la tendance, après l'offre, la demande et le niveau des stocks.

Lors de la présidence française du G20 l'année dernière, Nicolas Sarkozy avait placé en bonne place parmi les priorités de son agenda la recherche de solutions permettant de réduire la volatilité des prix des matières premières sur les marchés à terme, en particulier ceux des produits agricoles qui avaient déclenché des émeutes de la faim au Mexique, dans les pays arabes ou en Asie.

Parmi les causes avancées pour expliquer le phénomène, le président français pointait le rôle des spéculateurs, en fait les intervenants sur les marchés financiers. Des experts de la Réserve fédérale de Saint-Louis, aux Etats-Unis, tordent le cou à une telle opinion. Prenant l'exemple du pétrole, ils montrent dans un article qui résume leur recherche que sur la décennie (2000-2009), la spéculation n'est que le quatrième élément d'explication après, et dans l'ordre, le choc de l'offre, la croissance de la demande et les besoins de constituer des stocks pour justifier des cours du baril qui ont oscillé entre 20 dollars et 110 dollars (exprimés en dollars année 2000, hors inflation).

Le développement des indices "commodities"

Toutefois, ces experts - Brett W. Fawley, Luciana Juvenal et Ivan Petrella - soulignent que les marchés à terme via les indices "commodities" (qui agrège, en les pondérant, plusieurs matières premières, énergie, métaux, céréales...) ont attiré nombre d'investisseurs qui ont mis ce type d'actifs dans leurs portefeuilles. Un mouvement massif puisque le montant investi est passé de 13 milliards de dollars en 2004 à 260 milliards de dollars en mars 2008, sous la houlette de grandes banques d'investissement, comme Goldman Sachs, de hedge funds ou autres fonds d'investissement!

De fait, le lien de cause à effet entre la hausse des cours et la spectaculaire financiarisation de ces marchés semblait s'établir avec une certaine évidence aux yeux des gouvernements et du public. C'est précisément la réalité de ce lien que ces trois chercheurs ont analysée. "Identifier avec succès les véritables raisons de la hausse des prix du pétrole est crucial pour pouvoir faire une allocation efficiente des ressources et élaborer une politique", justifient-ils.

Les conséquences des dégâts de l'ouragan Katrina

Premier problème : l'offre,  affectée par des décisions non prévues. Comme lorsque l'Opep a choisi de réduire ses quotas de production, un choix qui résultait d'une mauvaise analyse du marché physique. Conséquence, les prix se sont envolés. Ou autre cas de figure, les destructions causées par l'ouragan Katrina sur les plateformes de production dans le golfe du Mexique et sur les côtes de la Louisiane où est concentrée 80% du raffinage américain, qui a considérablement modifié les termes de l'offre disponible.

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Deuxième problème : la demande. Durant la décennie écoulée, les grands pays émergents, comme la Chine et l'Inde, ont soutenu continuellement la demande pour alimenter leur croissance économique, même au prix de cours élevé!

Troisième problème, lié aux deux premiers: les stocks de réserve. Nombre de pays et d'entreprises face au risque de perturbation et pour éviter de subir des pénuries ont ajouté des tensions à la demande en constituant des stocks au moment même où l'offre était tendue et la consommation mondiale en pleine augmentation.

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Le choix des investisseurs sur les marchés à terme, qui permettent de vendre ou d'acheter des contrats revendus avant livraison pour en acheter d'autres, résulte de l'analyse de la situation du marché physique. Tout au plus, les investisseurs amplifient la tendance mais ne la déterminent pas, comme ce fut le cas entre janvier 2004 et juin 2006, mais a contrario ils ont accéléré la baisse entre juillet et décembre 2008, après la chute de Lehman Brothers qui a propagé la crise financière à l'ensemble de la planète. Au final, les chercheurs concluent que ce sont les fondamentaux qui déterminent ultimement le prix du pétrole sur le long terme, corroborant ainsi de nombreuses études. La spéculation reste une explication commode mais non déterminante.

Robert Jules

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