Vers une renationalisation rampante du secteur de l'énergie en Russie ?

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Igor Setchine, président de Rosfnet et ex-premier vice-Premier ministre de Russie/ Copyright Reuters
Igor Setchine, président de Rosfnet et ex-premier vice-Premier ministre de Russie/ Copyright Reuters (Crédits : REUTERS)
Vladimir Poutine pourrait consolider en priorité un large bloc des secteurs pétrolier et de l'électricité au lieu de s'engager davantage dans la privatisation comme il s'y était engagé jusqu'ici. En arrière-plan de ces manœuvres, une bataille d'influence se livre entre Igor Setchine, proche du président russe, et le Premier ministre Dmitri Medvedev.

En annonçant jeudi un calendrier de privatisation, le président russe Vladimir Poutine a envoyé aux investisseurs des signaux contradictoires D'une part, il confirme que les deux géants d'Etat de l'énergie russe Rosneft et Gazprom seront partiellement vendus entre 2013 et 2015 (soit un nouvel ajournement). D'autre part, il autorise Rosneftegaz, un holding 100% d'Etat détenant 75% de Rosneft, 10% de Gazprom à participer... aux privatisations.

Partisan de l'accroissement du rôle de l'Etat

Qui plus est, Vladimir Poutine a en début de semaine placé son allié le plus proche Igor Setchine à la tête de Rosneft, la plus importante compagnie pétrolière russe. Igor Setchine est connu pour être partisan de l'accroissement du rôle de l'Etat dans l'économie et dans le secteur énergétique en particulier. En qualité de « premier vice Premier ministre » (sic) durant les quatre années précédentes, il a freiné des quatre fers le processus de privatisation poussé par l'ancien président Dmitri Medvedev.

Artisan de la renationalisationde Ioukos

Igor Setchine est aussi considéré comme le principal artisan de la renationalisation de Ioukos (récupéré par Rosneft) à travers, entre autres actions, l'emprisonnement des milliardaires Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev. Le quotidien Kommersant affirme qu'Igor Setchine souhaite consolider autour de Rosneft toute une série d'actifs pétroliers comme Transneft (oléoducs), Zaroubejneft (groupe public possédant des actifs pétroliers à l'étranger) et Sourgoutneftegaz (4e pétrolier russe, dont la structure de propriété reste largement opaque). La consolidation pourrait aller au-delà des hydrocarbures en incluant les principaux actifs du secteur électricité : Inter RAO EES (centrales électriques en Russie et à l'étranger), FSK (gérant du réseau fédéral électrique) et RusHydro (qui regroupe les principales centrales hydroélectriques russes).

Ces trois derniers groupes sont cotés en Bourse, de même que Transneft, Rosneft et Gazprom. Jeudi, les marchés d'actions russes ont accusé une forte baisse à l'annonce d'une possible participation de Rosneftegaz aux "privatisations". L'acquisition d'actifs à travers la structure de Rosneftegaz se ferait grâce aux bénéfices et aux dividendes perçus grâce à Rosneft et à Gazprom, soit une somme de 2,2 milliards d'euros qui auraient dû tomber en principe dans les recettes du budget fédéral russe.

Une décision conjoncturelle, selon les analystes

Bien que la nouvelle ait effrayé une partie des investisseurs, la plupart des analystes y voient une décision conjoncturelle. "En effet, ce n'est pas le moment de vendre les parts de l'Etat dans les sociétés du secteur énergétique, car les sociétés cotées sont fortement sous-évaluées par le marché", confirme Gregori Birg, analyste chez Investkafe. Alexeï Kokine, analyste chez UralSib, pense que "malgré certaines incertitudes dans cet arrangement, qui devraient être clarifiées par le gouvernement dans les prochaines semaines, nous estimons que l'opération devrait permettre de recapitaliser certains actifs de Rosneftegaz. Et permettre ainsi de les vendre à meilleur prix plus tard".

Pour Vassili Konouzine, directeur des analyses chez IFK Alemar, "l'influence de Setchine, qui va bientôt prendre la direction de Rosneftegaz, devrait profiter au secteur énergie en apportant davantage de cohérence". Sur un plan politique, la man?uvre permet de replacer Igor Setchine à un niveau d'influence au moins égal à celui de son principal concurrent, Dmitri Medvedev.
 

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Commentaires
a écrit le 27/05/2012 à 22:47 :
C'est une manoeuvre de plus qui ne fera qu'augmenter la part de l'Etat qui a démontré son impuissance à équilibrer la société russe qui est tiraillée entre plus de riches et plus de pauvres et toujours beaucoup d'injustices. Ca ne rassurera pas les capitaux étrangers d'où une sous cote permanente des marchés et titres russes par rapport aux autres émergents. Capitaux qui partent toujours à la moindre alerte et ne permettent pas une stabilité et évolution de la société russe vers plus d'initiatives, d'innovations, de créations d'entreprises etc. alors même que s'annonce la fin du pétrole russe et du gaz dans à peine quelques décennies ce qui est très court pour un tel pays qui peine à se réformer. On a les mêmes qui comme en Ukraine se servent largement et on continue jusqu'à ce que çà se termine en révoltes et en chaos comme d'habitude.
Réponse de le 28/05/2012 à 11:42 :
En France c'est pareil, nos hommes politiques sont simplement plus discrets sur leurs agissements flous. Privatisation des autoroutes francaises pour permettre aux copains du gouvernement de se gaver tranquillement ... Ce n'est qu'un exemple.

Combien d'hommes politiques et technocrates europeens ont un compte bancaire dans certains pays lointains, sous le nom de leur fils, fille ou cousin ?
Réponse de le 28/05/2012 à 12:26 :
En France, à côté des russes, nos hommes politiques sont des enfants de choeur !!! Mais seulement parce qu'il y a des lois pour les border !!!
a écrit le 26/05/2012 à 14:38 :
La Tribune, Une fois de plus; vous n'avez pas publié mon commentaire. Une fois de plus les évènements démontreront qui a raison. Rendez-vous dans quelques semaines. Jean-Claude Meslin
a écrit le 26/05/2012 à 11:35 :
La Russie à besoin d'argent pour réarmer. L'Etat doit engranger des bénéfices qui allaient précédemment au privé. Ceci ne l'empêchera pas d'ici quelques années de revendre ces activités, en empochant une belle plus-value, qui ira aussi financer le complexe-militaro-industriel Russe.
a écrit le 26/05/2012 à 11:31 :
Sage initiative dont devraient s'inspirer tous les Etats. Ce qui est le bien commun, ce qui a été financé par le bien commun doit rester dans le secteur public. Les bénéfices affectés à des actions pour la communauté. On touche aux limites du libéralisme(néo), sans un secteur public fort, le secteur privé qui pense que les marchés se régulent tout seul oublie qu'il y a des limites. Vouloir indéfiniment des rendements à 2 chiffres pour des actionnaires rentiers est une limite. Voir la Bérézina des fonds de private equity.
Réponse de le 26/05/2012 à 12:27 :
+1, tout a fait d'accord avec vous. L'energie est strategique et doit etre un bien publique. En France, on n'a pas d'energie ni de bon sens, l'Etat brade et privatise (les autoroutes par exemple) pour gaver les copains et apres la France veut donner des lecons d'ethique aux russes.
Un article precedent sur ce site faisait etat du fait que la France avait engager une reflexion pour privatiser son systeme militaire d'information. Encore une aberration due a la consanguinite de nos enarques qui se gavent et gavent leurs amis.
Réponse de le 27/05/2012 à 17:31 :
MP73 : cher ami, votre commentaire laisse clairement voir que vous ne connaissez pas grand chose à la Russie !!! Apprenez le russe, venez y vivre et travailler dix ans, mêlez-vous aux russes, introduisez-vous dans les différents milieux de la société russe, lisez la presse russe, et ensuite vous saurez de quoi vous parlez !!!
Réponse de le 28/05/2012 à 11:45 :
Pourquoi tant de violence dans vos propos cher Tartarin, mauvais reveil ? Je parle russe, je vis en Russie (Tver) sans cotoyer les expats depuis 8 ans, cqfd ... Alors gardez vos lecons et aggressivite pour vous meme. Merci. Apres avoir vecu 10 ans en Californie, la ou l'electricite a ete privatisee, c'est un bonheur dans ce pays "developpe" que sont les USA, d'avoir des pannes et coupures de courant toutes les semaines, car les entreprises privees se gavent de dividendes et ne font aucun investissement. Prenez le train en Russie, prenez le train aux USA, et apres on parlera des pays "developpes"...
Réponse de le 28/05/2012 à 12:31 :
MP73 : je ne suis point agressif ! Si vous êtes en Russie, tant mieux !

Alors, sortez de chez vous, informez-vous en dehors des médias officiels, ne faites pas comme les babouchas qui sont recluses chez elles et ne sont au courant de rien !!!

Pour l'instant, les trains russes ne m'épatent guère... Ils ont quelques décennies de retard... On verra dans quelques années,

En attendant, buvez un peu de Badoit, et vous verrez la vie autrement !!!
Réponse de le 28/05/2012 à 13:45 :
Sortez de chez vous plutot, prenez le Capcan, meme en 2nd classe et vous verrez la difference de confort avec les pauvres TGV francais, avec pour un cout inferieur a celui du TGV francais un tres bon service (accueil par wagon par exemple). Et le projet Skolkovo, vous allez me dire que c'est formidable peut etre ? Non, une simple coquille vide abreuvée de roubles publiques.
a écrit le 25/05/2012 à 23:56 :
yake le baroso et ses cops qui n'arrivent pas a comprendre

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