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ÉconomieInternational

Brésil, le miracle Rousseff

Photo de Michel Cabirol

latribune.fr

Publié le 04 octobre 2014 à 07:24 - Mis à jour le 05 octobre 2014 à 08:54

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La présidente brésilienne Dilma Rousseff, bien que fragilisée sur l'économie et bousculée par l'écologiste Marina Silva, aborde en favorite le premier tour de la présidentielle de dimanche.

Une miraculée. Portée par un spectaculaire retournement de l'opinion et malgré une situation économique préoccupante, la présidente sortante Dilma Rousseff part favorite pour l'élection présidentielle de dimanche au Brésil, qu'elle pourrait remporter à l'issue d'un second tour dans trois semaines. Personne n'aurait donné cher de l'avenir de Dilma Rousseff l'an dernier quand plus d'un million de Brésiliens étaient descendus dans les rues. Beaucoup pensaient alors que les Brésiliens ne voulaient plus du Parti des Travailleurs (PT) au pouvoir.

Il y a encore trois semaines, les chances de réélection de Dilma Rousseff pour un second mandat de quatre ans semblaient des plus minces face à la montée dans les sondages de la candidate du Parti socialiste brésilien (PSB), l'écologiste Marina Silva, qui profitait de la grogne de plus en plus vive de la population contre les pouvoirs établis. Mais la chef de l'Etat a peu à peu rattrapé son retard, aidée en cela par l'avantage considérable que lui procure la législation brésilienne, lui conférant un accès privilégié aux médias durant la campagne pour le premier tour.

Omniprésence médiatique

Son état-major de campagne a pu bombarder les radios et télévisions de spots publicitaires s'interrogeant sur la capacité de Marina Silva à diriger le pays et la décrivant comme la candidate d'une élite financière vorace déterminée à détricoter les programmes sociaux dont dépendent un grand nombre de Brésiliens pauvres. Ces publicités offensives - et les erreurs de la candidate du PSB au fil de la campagne - ont rebattu les cartes, donnant à ce scrutin un suspense particulier, que les Brésiliens n'avaient plus connu depuis l'élection en 2002 du syndicaliste Luiz Inacio Lula da Silva, prédécesseur et mentor de Dilma Rousseff.

Fugace favorite, Marina Silva n'est aujourd'hui même plus assurée d'être au second tour le 26 octobre. Elle est en effet talonnée par le candidat jusqu'ici en troisième position, Aecio Neves, sénateur centriste du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB). Selon les derniers sondages, Dilma Rousseff est créditée d'environ 40 % des intentions de vote au premier tour tandis que Marina Silva et Aecio Neves se disputent la deuxième place entre 20 % et 25 %.

La remontée de Dilma Rousseff dans les sondages a fait baisser les marchés financiers. Depuis que s'est amorcé le rebond de la présidente il y a un mois, le réal brésilien a perdu plus de 10 % de sa valeur et l'Etat a vu le taux d'intérêt de sa dette fortement augmenter. Sur le mois de septembre, l'indice Bovespa de la Bourse de Sao Paolo a perdu près de 12 %.

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Lula aux côté de Rousseff

Alors qu'elle affichait une croissance de 7, 5% en 2010, l'année de l'élection de Dilma Rousseff, l'économie brésilienne est entrée en récession au deuxième trimestre de cette année, plombée par la fin du boom des matières premières et la dégradation de la confiance des milieux d'affaires face à l'interventionnisme de l'Etat dans des secteurs comme l'électricité et le bâtiment. La présidente sortante est aussi critiquée par les Brésiliens aisés, qui l'accusent de mener une politique défavorable aux affaires, et par les classes moyennes, qui pestent contre l'inefficacité de l'administration et jugent la classe politique gangrenée par le népotisme et la corruption.

Face à ces critiques, Dilma Rousseff sait qu'elle peut compter sur les voix de millions de Brésiliens qui ont pu sortir de la pauvreté et accéder à la société de consommation grâce au boom économique de la dernière décennie et aux programmes d'aide sociale mis en place par le PT. Ce dernier est en outre une machine efficace et Lula, l'homme politique le plus influent du pays, est toujours à ses côtés.

Marina Silva contre-attaque

La présidente doit toutefois convaincre ses concitoyens qu'elle peut et va faire mieux. Sous le slogan "Nouveau gouvernement, nouvelles idées", elle a promis de consolider les avantages sociaux, de développer des logements pour les revenus modestes et l'accès à internet pour tous ou encore de lutter contre la corruption. "Pour changer un pays, il faut choisir un camp. Le peuple brésilien l'a déjà fait. C'est pourquoi l'injustice et la pauvreté sont en train de disparaître de nos vies", affirmait jeudi une publicité télévisée pour la candidate du PT, au dernier jour de la campagne.

Face à la contre-offensive de la présidente sortante, Marina Silva n'est pas restée inerte. Elle a accusé sa concurrente d'avoir menti sur ce qu'elle connaissait du scandale de corruption qui a éclaboussé la compagnie pétrolière d'Etat Petrobras, un dossier dans lequel les noms d'un ministre du PT et d'une vingtaine d'autres hommes politiques ont été cités par la presse. Marina Silva a aussi accusé l'équipe de campagne de Dilma Rousseff d'avoir faussement déclaré qu'elle supprimerait les programmes sociaux, invoquant ses origines pauvres au sein d'une famille nombreuse de récoltants de caoutchouc comme raison suffisante pour démentir de telles affirmations.

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Même si elle arrive largement en tête dimanche, Dilma Rousseff ne sera pas pour autant assurée de la victoire le 26 octobre. L'égalité de temps de parole à la télévision pour les candidats qualifiés pour le second tour et la perspective d'un front uni de l'opposition pourraient inverser la dynamique de la campagne.

latribune.fr

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