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ÉconomieUnion européenne

En Sarre, la règle d'or divise la gauche

Romaric Godin

Publié le 23 mars 2012 à 13:46 - Mis à jour le 23 mars 2012 à 13:53

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Les Sarrois renouvellent ce dimanche leur parlement régional. La gauche sera majoritaire, mais les divergences budgétaires entre Die Linke et le SPD sont si indépassables que l'on se dirige vers une grande coalition CDU-SPD.

Ce dimanche, les électeurs du Land de Sarre, à la frontière française, sont appelés à renouveler leur parlement régional, le Landtag. Des élections anticipées rendues nécessaires après l'éclatement de la coalition entre la CDU conservatrice, le FDP libéral et les Verts en fin d'année dernière. La Sarre est un petit Land. Avec un peu plus d'un million d'habitants, elle est, Brême exceptée, l'Etat fédéré le moins peuplé de la république fédérale. Mais la signification de ce vote dépasse largement le poids démographique de cet Etat.

Etat des forces
Outre le Maréchal Ney, né à Sarrelouis, mais passé par les armes en 1815, le grand homme de la Sarre, c'est Oskar Lafontaine. L'ancien ministre des Finances social-démocrate a régné en maître sur le Land pendant 13 ans, de 1985 à 1998. Devenu chef du parti de gauche, Die Linke, il avait montré combien il était resté populaire sur ses terres en glanant 21 % des voix, trois points de moins que le SPD. Certes, cette fois, le scénario devrait être différent, si l'on en croit les sondages. Die Linke, encore mené par le vieux leader, ne pourrait pas dépasser les 15 %, tandis que le SPD devrait faire jeu égal avec la CDU à 34 ou 35 % des voix. Pour autant, aucun camp ne pourra s'appuyer sur ses « partenaires naturels » : les Verts sont faibles et les Libéraux devraient disparaître du parlement. La question restera donc la même qu'en 2008 : quelle coalition pourra diriger la Sarre ?

Deux coalitions possibles
Deux possibilités sont en piste : une alliance « rouge-rouge » entre SPD et Linke et une « grande coalition » entre SPD et CDU. L'élément déterminant devrait être la « règle d'or » constitutionnelle et, partant, la politique budgétaire. Comme les autres Länder, la Sarre devra en effet à partir de 2020 présenter des budgets en équilibre. L'exercice sera difficile, car le Land est traditionnellement en déficit du fait de sa petite taille et de sa relative pauvreté. L'Etat fédéral lui accorde 230 millions d'euros par an jusqu'en 2019 pour l'aider à redresser ses comptes, mais cette aide doit s'accompagner d'un mouvement de restructuration budgétaire profond.

Bon élève parmi les Länder
En 2010 et 2011, la Sarre a été le bon élève, avec le Schleswig-Holstein, parmi les Länder dans le domaine budgétaire. En 2011, son déficit budgétaire est ainsi passé de 1,28 milliard d'euros à 711 millions d'euros. Un recul obtenu en grande partie par des coupes de 200 millions d'euros dans les dépenses. La question à laquelle doivent donc répondre les partis en présence ce dimanche est donc celle-ci : le Land doit-il poursuivre cette politique de réduction des dépenses pour redresser ses comptes ?

Les projets fiscaux de Die Linke
Sur ce point, la gauche locale est très divisée, pour ne pas dire aux antipodes. Oskar Lafontaine a certes rappelé vendredi matin sur ARD qu'il était lui aussi favorable à une règle d'or, mais il veut réduire le déficit du Land par un « impôt sur les millionnaires » qui pourrait rapporter 600 millions d'euros par an à la Sarre. Le problème, c'est que, comme les autres Länder, la Sarre ne décide pas de ses recettes fiscales. Le fédéralisme allemand est ainsi bâti que les impôts doivent être décidés au niveau fédéral. A l'exception de la taxe professionnelle, ils sont aussi répartis entre les Länder selon un dispositif prévu à l'avance. Il n'y a pas d'autonomie fiscale des Länder.

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Impossible unité à gauche
C'est pourquoi le SPD sarrois juge insensée la proposition de Die Linke. Selon Heiko Maas, le candidat social-démocrate au poste de ministre président, il convient de défendre une « rigueur juste ». Mais il insiste sur la nécessité de poursuivre la réduction des dépenses. Du coup, il exclut complètement la possibilité d'une alliance avec Die Linke. « Si l'on ne reconnaît pas les réalités financières, on n'est pas prêt à exercer les responsabilités gouvernementales. Une alliance « rouge-rouge » est donc exclue », a-t-il affirmé vendredi à la Süddeutsche Zeitung. Autrement dit, on se dirige vers un gouvernement sarrois de grande coalition avec la CDU.

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Bonne nouvelle pour la chancelière
Cette divergence traditionnelle au sein de la gauche allemande sur la question budgétaire a donc été réactivée par la « règle d'or » que le SPD a porté lorsqu'il était au gouvernement en 2009 et à laquelle il est très attaché. Pour Angela Merkel, c'est doublement une bonne nouvelle. D'une part, cela semble exclure la possibilité d'une participation de Die Linke à une alliance SPD-Verts au niveau fédéral, ce qui aurait assuré en 2013 la majorité à la gauche. D'autre part, ceci permet de ne pas faire tomber les trois sièges sarrois au Bundesrat, la chambre haute du parlement, dans l'escarcelle de l'opposition. Les Länder dirigés par des grandes coalitions s'abstiennent en effet sur les sujets délicats au Bundesrat. La chancelière semble donc en mesure de limiter la casse ce dimanche.

Romaric Godin

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