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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi la Buba est prête à accepter un peu d'inflation

Romaric Godin

Publié le 10 mai 2012 à 14:43 - Mis à jour le 10 mai 2012 à 14:57

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En tolérant un peu plus de hausse des prix que jadis, la Bundesbank participe à une stratégie "de relance" allemande. Une relance bien différente de celle de François Hollande.

C?est une véritable révolution. La Bundesbank accepterait un peu plus d?inflation. C?est du moins ce qu?a admis devant la commission des Finances du Bundestag le chef économiste de la banque centrale la plus orthodoxe de la zone euro. Les Allemands auraient-ils exorcisé enfin leur peur panique de la hausse des prix issue de la grande crise du début des années 1920 ? Pas si sûr, mais une des raisons principales de ce changement d?attitude, c?est la crise de l?euro.

Rééquilibrer les compétitivités au sein de la zone euro

Compte tenu du développement politique de cette crise, l?Allemagne comprend qu?elle doit faire un geste, autrement dit accepter de céder un peu de sa compétitivité pour permettre aux pays qui mènent actuellement des réformes structurelles de profiter plus rapidement de leurs gains de compétitivité. Le premier signal a été donné par le gouvernement fédéral lui-même qui, en mars, a imposé un accord salarial très favorable (avec une hausse de 6,3 % sur deux ans) aux salariés de la fonction publique. Dans le cadre des négociations qui ont actuellement lieu dans la métallurgie, Wolfgang Schäuble, le ministre fédéral des Finances, s?est dit favorable voici peu à une hausse des salaires. L?annonce de la Buba va dans le même sens.

Relance par l'inflation ?

Les autorités allemandes acceptent ainsi de soutenir un peu leur demande intérieure, quitte à avoir un peu d?inflation et donc à perdre un peu de compétitivité. L?idée, c'est que cette demande pourrait profiter aux pays en crise via les importations ou le tourisme. Sans compter qu?avec de telles mesures, l?écart de compétitivité entre l?Allemagne et les pays du sud se réduira légèrement, donnant plus de marges de man?uvre aux entreprises des pays en crise. En d?autres termes, par le biais de l?inflation, l?Allemagne exerce une réévaluation interne tandis que les autres pays dévaluent. Il s?agit de transférer un peu de la croissance allemande vers ces pays. Ainsi, les peuples pourront-ils ressentir un peu plus les effets bénéfiques des réformes engagées et mieux les accepter. C?est là peut-être la véritable relance envisagée par Berlin.

Conditions et risques

Pour fonctionner, cette stratégie suppose cependant plusieurs facteurs concordant : la poursuite des réformes, l?acceptation du patronat allemand, très opposé à cette stratégie, et l?absence de plan de relance keynésien dans les pays moins compétitifs que l?Allemagne. Si en effet une telle relance a lieu, alors l?inflation risque aussi de repartir dans les pays du sud. Du coup, les efforts allemands n?auront servi à rien d?autre qu?à renchérir ses importations, créant une poussée inflationniste que cette fois la Buba aurait du mal à tolérer. Encore une raison donc, pour Angela Merkel d?exercer une fin de non recevoir à la demande de François Hollande?

Marge de manoeuvre

L?Allemagne a de la marge de man?uvre. Selon la presse allemande, la Buba tolérerait une inflation moyenne annuelle de 2,6 %. Elle a été en 2003 de 2,3 %. En mars, le taux de hausse des prix sur un an était de 2,1 %. Par ailleurs, et ceci est peut-être aussi un élément d?explication, les taux d?Etat allemands sont actuellement à leurs plus bas historiques. L?Etat allemand peut du reste s?en inquiéter puisque régulièrement la demande de ces titres obligataires peine à rencontrer une demande satisfaisante. Un peu plus d?inflation outre-Rhin pourrait contribuer à faire remonter les taux allemands.

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Reste que cette stratégie n?est pas vraiment assumée outre-Rhin tant la sensibilité à l?inflation est encore présente. Wolfgang Schäuble a indiqué ce jeudi devant le Bundestag que « la Bundesbank n?accepterait sans doute pas que l?on dise qu?elle tolère plus d?inflation », et il n?y a pas de vraies déclarations de la Buba sur le sujet. Les vieilles peurs ont la vie dure.

Romaric Godin

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