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ÉconomieUnion européenne

L'instructif paradoxe de la crise politique bulgare

Romaric Godin

Publié le 25 février 2013 à 09:01 - Mis à jour le 25 février 2013 à 09:25

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Le gouvernement bulgare est tombé sous la pression de la rue, victime de sa politique d'austérité. Or contrairement à de nombreux autres pays de l'Union européenne, le « tigre des Balkans » est un modèle en termes de dettes et de « stabilité » depuis 1997. Ce qui repose à nouveau le problèmatique lien entre austérité et croissance pour les pays européens pour sortir de la crise.

S'il en fallait encore une preuve, la situation de la Bulgarie vient de montrer à nouveau que l'absence de problème budgétaire et de dettes n'est pas la garantie d'une économie stable. Après de violentes manifestations mardi dernier, le Premier ministre bulgare Bojko Borissov a annoncé sa démission et la convocation des électeurs pour élire un nouveau parlement début juillet. En attendant, c'est certainement un « gouvernement technique » qui devrait gérer les affaires courantes.

Mécontentement plus profond

La flambée de mécontentement s'explique directement par l'augmentation des prix de l'électricité par les fournisseurs étrangers. En réalité, c'est un mécontentement plus profond qui s'est manifesté. C'est le modèle économique bulgare même qui est contesté. Ce modèle, c'est celui, tant prisé par les économistes libéraux allemands de la « stabilité. »

Thérapie de choc des années 1990

Au milieu des années 1990, le pays ne parvient pas à sortir de la crise du post-communisme. La richesse nationale ne cesse de se détériorer et le déficit public atteint des niveaux extravagants : 8 % du PIB en 1995, 11,2 % l'année suivante. Le pays, ravagé par l'hyperinflation et la dette, est secoué par des émeutes. En 1997, le nouveau Premier ministre Ivan Kostov décide d'appliquer une thérapie de choc : coupes dans la dépense publique, privatisations, libéralisations, baisse des impôts. En un an, le pays retrouve l'équilibre budgétaire.

La botte secrète de ce nouveau modèle, c'est le lien entre le lev, la monnaie bulgare, et l'euro, en 1999. Non sans ambition, un nouveau lev est créé dont le cours est fixé à un mark allemand, soit 1,95 euro. Un taux qui n'a pas changé depuis. La banque centrale, la Banque nationale de Bulgarie, est chargée d'assurer la stabilité de la monnaie. Dès lors, plus possible de financer la dette publique par l'inflation et la planche à billets.

« Tigre des Balkans »

Cette thérapie fonctionne d'abord parfaitement. Le « tigre des Balkans » apparaît comme un modèle. Le déficit public affiche des excédents insolents : plus de 1 % du PIB entre 2004 et 2008, les dépenses publiques reculent de 41,3 % à 34,4 % du PIB entre 2000 et 2006 selon Eurostat. La croissance s'envole et dépasse 6 % par an entre 2004 et 2008, le chômage recule jusqu'à moins de 6 % de la population active. Logiquement, la dette publique s'évapore et représente bientôt moins de 20 % du PIB.

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La crise brise l'élan

Mais le modèle est évidemment étroitement dépendant de la croissance et, partant, de la conjoncture internationale. La crise de 2008-2009 et la crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine en 2009 frappent de plein fouet le pays : le PIB recule en 2009 de 5,5 %. Mais le plus inquiétant, c'est que la Bulgarie ne se remet pas vraiment de ce coup d'arrêt. Le chômage double et continue de progresser, il atteint en 2012 près de 13 %, plombant la consommation. Les investissements étrangers ne reprennent pas.

Seules les exportations progressent en 2010 et 2011, mais, alors que la consommation donne des signes de reprise, elles connaissent à leur tour un coup d'arrêt en 2012. Les moteurs de la croissance bulgare s'éteignent donc les uns après les autres. Après une hausse de 0,4 % en 2010, elle culmine à 1,7 % en 2011 avant de retomber à 0,8 % en 2012.

Attachement à la stabilité

Que font alors les gouvernements bulgares ? Ils s'accrochent avant tout à la stabilité. La crise qui ravage le voisin grec, les y incite, il est vrai, fortement. Il faut donc maintenir la parité du lev à tout prix. Du coup, le gouvernement coupe encore dans ses dépenses. En 3 ans, de 2009 à 2011, les dépenses publiques passent de 41,4 % du PIB à 35,6 % du PIB. Le ministre des Finances du gouvernement Borissov, Simeon Djankov, est devenu le symbole de cette politique. Bojko Borissov a, du reste, tenté de le sacrifier pour calmer l'ire populaire dès lundi. Mais en vain.

En réalité, la politique gouvernementale est sans issue. La Bulgarie accuse un fort déficit courant : lorsque la croissance était là, il était aisé d'assurer grâce à cette nouvelle richesse le lien du lev avec l'euro. Sans croissance, c'est de plus en plus difficile et il faut dégager un excédent budgétaire pour reconstituer les réserves de devises nécessaires au maintien de la parité lev-euro. Même avec une dette faible, la rigueur était donc le prix à payer pour maintenir la « stabilité » de la Bulgarie.

Régime sec insupportable

Mais ce régime sec est de plus en plus mal accepté par des Bulgares dont le revenu moyen est un des plus faibles d'Europe. Selon Eurostat, le salaire moyen dans l'industrie était de 4361 euros en Bulgarie, soit 1.300 euros de moins qu'en Roumanie, 3.700 euros de moins qu'en Lettonie et 23.000 euros qu'en Grèce... C'est certes un signe de compétitivité, mais pour les Bulgares, c'est aussi un signe que leurs « efforts » des dix dernières années n'ont guère payé. Et que les promesses de richesse des gouvernements depuis 1997 étaient vaines.

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Pour les Européens, la crise bulgare est une mise en garde : une gestion économique « par les coûts » et par le désendettement mène à une impasse et à une crise démocratique. Car à Sofia, comme à Athènes ou à Rome, c'est désormais la classe politique qui est sur la sellette. Une leçon supplémentaire après la forte récession qui secoue la zone euro dans le sillage des politiques de forte réduction de la dette menée dans plusieurs pays.

Romaric Godin

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