Un gouvernement de droite pour la Belgique

Un accord de coalition a été trouvé pour gouverner la Belgique. Pour la première fois, le PS francophone sera dans l'opposition tandis que la N-VA flamingante entre au gouvernement. Un exécutif libéral et très flamand.
La Belgique prend un net virage à droite. Pour la première fois depuis 1987, aucun socialiste ne siègera au gouvernement.
La Belgique prend un net virage à droite. Pour la première fois depuis 1987, aucun socialiste ne siègera au gouvernement. (Crédits : Reuters)

C'est un vrai séisme qui va secouer la Belgique. Une coalition de droite en grande partie flamande devrait prendre la tête du pays autour du parti régionaliste flamand N-VA de Bart de Wever. « L'informateur » Charles Michel, un libéral francophone, devrait annoncer ce soir vers 17 heures au Roi des Belges Philippe qu'une entente existe pour former une coalition entre la N-VA, les Chrétiens-démocrates flamands du CD&V et les Libéraux flamands et francophones.

Accord assez rapide pour la Belgique

Une telle coalition disposerait de 85 des 150 sièges de la Chambre basse du Parlement, la Chambre des Représentants. Elle représenterait un succès majeur pour Bart de Wever, le maire d'Anvers qui en avait fait son objectif principal durant la campagne qui a précédé les élections du 21 juin dernier. La rapidité avec laquelle un accord a pu être trouvé est également un succès pour la N-VA qui ne fait désormais plus l'objet, comme en 2012, d'un « cordon sanitaire » de l'ensemble des partis pour l'empêcher d'arriver au gouvernement. C'est cette stratégie qui avait conduit en 2012, après deux ans de crise, à la formation du gouvernement dirigé par le socialiste francophone Elio di Rupo et appuyé sur une coalition de six partis.

Succès pour Bart de Wever

Le nouveau gouvernement belge, qui sera peut-être dirigé par l'actuel ministre-président CD&V de Flandre Kris Peeters, sera donc clairement à droite. Les deux partis socialistes, francophone et flamand, en seront exclus, ainsi que les partis écologistes et les héritiers des Chrétiens-démocrates francophone, le CDH, plutôt au centre-gauche. Cette coalition surnommée en Belgique « kamikaze » ou « suédoise » (en raison de la couleur jaune de la N-VA, bleue des Libéraux et de la croix des Démocrates-chrétiens, le tout évoquant le drapeau suédois) sera la première sans le PS francophone depuis la chute du 6ème gouvernement de Wilfried Martens en décembre 1987, voici donc presque 27 ans. Ce sera un gouvernement également très « flamand » : le parti libéral francophone, le Mouvement réformateur (MR) ne représentera qu'un quart des formations et des députés de la coalition. Certes, leur présence sera nécessaire à la majorité du gouvernement à la Chambre, mais c'est tout simplement la première fois depuis la division des partis sur des critères linguistiques dans les années 1970 qu'un seul parti francophone sera présent au gouvernement.

Une politique libérale et flamingante ?

Quel sera la politique de ce gouvernement ? Résolument libéral. La N-VA a fait campagne sur la baisse des impôts et des déficits. Une position qui a séduit les deux partis libéraux. Et qui est cohérente avec sa vision d'une Flandre d'entrepreneurs s'opposant à une Wallonie attachée à l'Etat-providence. Le MR qui plaide pour moins de transferts sociaux ne devrait rien avoir à redire à cette politique. Le nouvel exécutif fédéral devrait donc réduire les dépenses pour pouvoir réduire les transferts entre la Flandre et la Wallonie. Il devrait donc aussi promouvoir une nouvelle attribution de compétences aux entités fédérées, linguistiques (néerlandophone, francophone, germanophone) et régionales (Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale). La N-VA n'envisage officiellement la « fin de la Belgique » que par une perte progressive de signification de son Etat central. Le processus pourrait s'engager rapidement.

Pourquoi le MR a-t-il dit "oui" ?

Le MR, en tout cas, s'en défend. L'actuel ministre des Affaires étrangères du Royaume, Didier Reynders, a indiqué que son parti avait choisi de refuser la logique communautaire. Le MR a donc choisi un accord politique et a dénoncé l'accord de gauche PS-CDH pour gouverner la communauté francophone et la Wallonie qui créé selon Charles Michel une situation "pré-séparatiste." En réalité, le MR est furieux de son exclusion des exécutifs régionaux et c'est peut-être une des raisons de son feu vert à la coalition "suédoise"

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Commentaires 5
à écrit le 23/07/2014 à 18:54
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excellente nouvelle malgré les apparences.....

à écrit le 22/07/2014 à 19:22
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Avec un seul parti francophone au gouvernement ( et minoritaire en Wallonie et à Bruxelles), aucune réforme linguistique ou communautaire ne sera possible, car les autres partis francophones bloqueront en utilisant "la sonnette d'alarme", procédure s...

à écrit le 22/07/2014 à 17:41
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Maintenant observons comment le pays évoluera. Wait and see

à écrit le 22/07/2014 à 17:06
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Sur la durée, même si ça parait aller vite (par rapport au tempo belge), ça peut encore trainer si on commence à peine à rédiger l'accord de majorité. Véritable programme et pré-budget du gouvernement sur plusieurs années où chaque parti voudra impos...

à écrit le 22/07/2014 à 16:20
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Excellent papier. Vu de Belgique, j'ai souvent l'impression que la presse étrangère est plus alarmiste et réductrices sur les affaires belges. Mais là non. C'est factuel et explicatif. Sur le fond, il y a un morcellement des pouvoirs en Belgique te...

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