Europe : pourquoi la stratégie de Manuel Valls est vouée à l'échec

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Difficile pour Manuel Valls de pouvoir peser sur l'Allemagne
Difficile pour Manuel Valls de pouvoir peser sur l'Allemagne (Crédits : reuters.com)
Le Premier ministre français revient bredouille de Berlin. Rien de moins étonnant : la logique institutionnelle de la zone euro ne lui donnait que peu de chance de convaincre l'Allemagne de relancer l'économie...

Mardi 16 septembre, devant l'Assemblée nationale, Manuel Valls présentait son programme aux députés : faire des « réformes », oui, mais il fallait aussi que l'Allemagne agisse pour compenser l'effet économique négatif de ses réformes sur la France par une stimulation de sa demande intérieure. Ce projet venait, en théorie, en appui, de celui de Mario Draghi qui, depuis fin août ne dit rien d'autre : pour soutenir la politique monétaire de la BCE et la nécessité de mener des réformes dans certains Etats membres, les pays qui disposent de marges de manœuvre budgétaires (voyez son regard se tourner vers Berlin) doivent agir. Et le Premier ministre français d'insister sur le fait que, lors de son voyage à Berlin, il allait demander fermement à la chancelière de « prendre ses responsabilités ».

Incompréhension des deux côtés du Rhin

Ce projet a sa cohérence. Celle d'une Europe qui disposerait d'une stratégie économique globale et équilibrée. Pourtant, une semaine plus tard, Manuel Valls revient d'Allemagne sans avoir pu faire bouger d'un pouce Angela Merkel. Ce nouveau « nein » allemand prouve combien l'Europe est minée par une incompréhension majeure. Devant les patrons allemands de l'industrie, Manuel Valls a défendu l'idée d'une « voie française » des réformes. « Il ne s'agit pas de répliquer les réformes que vous avez entreprises, ici, au cours des années 2000 », a-t-il proclamé. Mais un tel discours n'a pas beaucoup de sens outre-Rhin où l'on considère que les  « réformes » doivent précéder la croissance et que les deux sont fort compatibles. Et pour s'en convaincre, on avance le modèle... allemand. Face à Manuel Valls, Angela Merkel a donc répété les mots prononcés la semaine dernière devant le Bundestag par son ministre des Finances Wolfgang Schäuble: « L'Allemagne a montré que l'on pouvait conjuguer baisse des déficits et croissance. »

Situation déséquilibrée

On peut avoir le sentiment d'un blocage. Mais en réalité, la situation est très déséquilibrée. Manuel Valls avait perdu d'avance. Pour une raison simple : l'architecture institutionnelle de la zone euro, le cadre défini par l'Allemagne en 2011 et 2012, avec l'appui de la France, est le produit de la vision allemande. Avec le semestre européen, le Two-Pack, le Six-Pack et le Pacte budgétaire, priorité a été donnée à la consolidation budgétaire. Les pays en déficit sont seuls responsables de leurs trajectoires budgétaires et il n'est pas prévu de projet européen en appui à ces trajectoires. Pour une raison simple qui est celle d'Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble : tout soutien à l'activité est non seulement inutile, mais nuisible à la volonté des Etats de se réformer.

Exigence de consolidation budgétaire...

Il est en conséquence impossible, à un pays en déficit, de ne pas engager une politique de « réformes » ou de consolidation budgétaire, donc une politique qui pèse sur l'activité. On l'oublie souvent, mais si les gouvernements français ont augmenté la charge fiscale de 2011 à 2013, c'est aussi pour prouver à la Commission la volonté de la France de réduire les déficits. Avec l'épée de Damoclès de la sanction qui, désormais, ne peut plus guère être bloquée par le Conseil européen, avec le contrôle a priori sur les projets de budget, un pays comme la France est soumis en permanence à l'exigence de consolider son budget.

... sans obligation de solidarité

En revanche, rien dans ce nouvel environnement institutionnel européen ne contraint l'Allemagne à agir en faveur de la croissance. Et c'est bien là que le bât blesse. L'exigence budgétaire n'aurait de sens que si elle pouvait s'accompagner d'une politique de compensation décidée et réfléchie au niveau européen. Pendant que la France, par exemple, ajusterait sa compétitivité à la hausse, l'Allemagne l'ajusterait à la baisse. A la dévaluation interne des uns devrait répondre à la réévaluation interne des autres. La zone euro serait alors un lieu de coopération, non de compétition. C'est ce mécanisme qui est réclamé par Mario Draghi depuis Jackson Hole. La BCE ne cesse d'appeler à une « stratégie coordonnée. » Mais là encore en vain, les Allemands n'y voient qu'une incitation à ne pas réformer et restent sur leurs positions : « faites donc comme nous ! » Telle est la zone euro aujourd'hui : un espace où chaque pays doit réduire ses déficits sans l'appui des autres. Une zone de concurrence féroce.

Faiblesse de la France

Berlin a beau jeu alors de ramener les suppliants de la croissance à leurs « engagements européens. » Et c'est ce qui s'est passé avec Manuel Valls qui, après avoir essuyé le refus allemand de changer de politique, n'a plus qu'à tenté de convaincre l'Allemagne que la France est une « bonne élève. » « J'espère, à l'issue de cette allocution, vous avoir persuadés que la France avance. Qu'elle mène les réformes nécessaires », a-t-il ainsi indiqué en conclusion de son discours devant les industriels allemands. Dans une zone euro où la solidarité et la coopération n'est pas une nécessité, le rôle de la France ne peut être qu'inférieure.

Cage de fer

On peut certes regretter que la France, en raison de sa situation budgétaire, en soit réduite à cette situation de ne plus pouvoir parler d'égal à égal avec l'Allemagne. Mais elle paie en réalité les choix faits en 2011 et 2012, au niveau européen lorsqu'elle a accepté, pour faire accroire aux marchés financiers qu'elle était l'égal de l'Allemagne des institutions où elle était vouée à se faire piéger compte tenu de sa situation budgétaire. Il y a eu de la part du président de la république et de son prédécesseur une inconscience sur ce point dont l'Europe entière paie aujourd'hui le prix fort. Encore une fois, Manuel Valls s'est donc frappé la tête contre cette cage de fer européenne que les politiques français ont eux-mêmes contribué à construire.

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Commentaires
a écrit le 24/09/2014 à 17:28 :
j'en profite pour dire que je suis vraiment ravi du travail que vous faites et de celui que font vos collègues et collaborateurs, travail et acuité ayant permis le renouveau de la Tribune qui surclasse aujourd'hui tous ses concurrents et bientôt toute le presse française.
a écrit le 24/09/2014 à 16:24 :
il serait bon de se relire avant de mettre en ligne des articles
a écrit le 24/09/2014 à 15:09 :
Ne plus être maître de son destin, dépendre des décisions et du bon vouloir des autres pays, ça s'appelle tout simplement perdre sa souveraineté. C'est ce que vit la france en ce depuis quelques années.
a écrit le 24/09/2014 à 14:56 :
merci de denoncer la mauvaise foie des gouvernements francais.
"Encore une fois, Manuel Valls s'est donc frappé la tête contre cette cage de fer européenne que les politiques français ont eux-mêmes contribué à construire."

Et non, sarkozy, lepen, montebourg ou la gauche feodale n'on aucunes solutions. Esperont que le centre et l'europe redonne espoir aux francais.
Réponse de le 24/09/2014 à 18:06 :
vous parlez de la mauvaise crise de foie? des fois il y a de quoi perdre la foi.
a écrit le 24/09/2014 à 13:42 :
La France , c'est un feuilleton digne de plus belle la vie. Tous les jours ,des informations bidons et des annonces mensongères : HONTE AU GOUVERNEMENT
a écrit le 24/09/2014 à 13:25 :
L'Allemagne a pu faire ses réformes à nos dépends et ainsi engranger de la compétitivité mais il n'y a pas d'ascenseur a renvoyé d'après Mme Merkel!
a écrit le 24/09/2014 à 13:17 :
Quelle est la différence entre une république bananière et France? La France a l'Allemagne pour lui mettre la pression et la tirer ves le haut. Oui, la pression est forte. Oui l'Allemagne est implacable. Dure, mais juste. Hart aber Fair. Finalement c'est peut être ca l'Europe: avoir un frère en bonne santé qui tire les autres vers le haut. Il fut un temps ou l'Allemagne était l'enfant malade. Aujourd'hui elle montre la voie.
a écrit le 24/09/2014 à 13:16 :
Il n'y a pas que la stratégie européenne qui est voué a l'échec!!!
a écrit le 24/09/2014 à 13:15 :
Vouée à l'échec parce que l'opinion publique a compris qu'il brasse du vent, des' je t'aime à tout va' et de la sueur comme un chanteur de rock...Réaliser des économies l'exemple doit venir du sommet de l'état, le sénat tout le monde sait que cette institution onéreuse plus proche de la maison de retraite grand luxe ne sert à rien dans le fonctionnement du pays ...Là les sénateurs sont en campagne auprès des grands électeurs, repas, promesses ils se démènent..l'enjeu est de taille leur mandat!!!!Mr le premier ministre réformez, fermez le sénat!!
a écrit le 24/09/2014 à 13:00 :
"Il y a eu de la part du président de la république et de son prédécesseur une inconscience sur ce point dont l'Europe entière paie aujourd'hui le prix fort."

Quelle naïveté ! Croire qu'à ce haut niveau de responsabilités, on puisse être à ce point inconscient ! De Gaulle, Mendès France et d'autres se sont élevés en leur temps contre cette "construction européenne" qu'ils savaient à quoi elle aboutirait. Croyez-vous sincèrement que Sarkozy et Hollande ne savent pas ce qu'ils font lorsqu'ils engagent la signature de la France ? Réveillez-vous !
a écrit le 24/09/2014 à 12:57 :
Pas de vraies réformes en France ( retraites, fonction publique, privatisations, fonctionnaires durée du travail, charges salariales ...) depuis 30 ans et voilà ce que cela donne : Valls et Hollande vont payer la facture et les français avec eux : cela fera très mal bientôt !!!!!!
Réponse de le 24/09/2014 à 13:05 :
Vous n'avez pas l'air de comprendre : les réformes, elles vont arriver et elles vont faire très mal, oui ! Mais pas qu'aux fonctionnaires, comme je le lis souvent ici. Vous voulez cette foutue UE et bien vous l'aurez ! Et là, il n'y aura plus de slogans "l'Europe solidaire", 'l'Europe c'est la paix", "l'Europe, c'est la prospérité et le plein emploi".
Réponse de le 24/09/2014 à 14:11 :
Comme vous dites depuis "30 ans"; ne l'oubliez pas en 2017 car depuis trente ans il n'y a pas eut que Hollande et Valls au pouvoir!
a écrit le 24/09/2014 à 12:45 :
et accablé, le Manu, un illusionniste déconfit, un de plus!! C'est la cacaca, la canicule , fait chaud Manu!!
Réponse de le 24/09/2014 à 12:51 :
tout cela est du pipot comme d'habitude le probleme tout le monde sait ou il est et personne ne veut y toucher nous avons perdu les marchés et les usines ..................................
a écrit le 24/09/2014 à 12:43 :
Sortons de cette Europe, là, Vincent, François, Paul et...les autres ont perdu les manettes, sortons par l'article 50 avec l'UPR, vite....
a écrit le 24/09/2014 à 12:38 :
quand on a rien prouvé , il est normal que le doute s'installe. Aux états unis , les patrons les plus écoutés sont ceux qui arborent à leurs pochettes les plus fortes sommes engrangées et les autres ne sont pas écoutés et même pas sollicités .
a écrit le 24/09/2014 à 12:36 :
C'est a nous de faire l'effort pour aller vers le modèle allemand. Pas aux allemands de devenir des flambeurs. Sinon on finira tous comme la Grèce.
Réponse de le 24/09/2014 à 12:59 :
Allez expliquer ça a des gens qui ont une vision du travail et de la société qui date de 1850 .
C'est perdu d'avance.
Il faut que la France retrouve un homme d'état incontestable et incontesté avec une poigne de fer pour faire rentrer les syndicats à la niche; les grands responsables du déclin de la France ce sont eux; les politicards eux se couchent devant les syndicats.
Réponse de le 24/09/2014 à 13:31 :
'zavez raison, il nous faut un poutine voilà !
a écrit le 24/09/2014 à 12:25 :
Par la même raison que celle de Sarkozy est vouée à la réussite. Point barre.
Réponse de le 24/09/2014 à 12:33 :
Après Paul Bizmut, Laurent B le nouveau pseudo d Sarko?

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