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ÉconomieUnion européenne

Europe : pourquoi la stratégie de Manuel Valls est vouée à l'échec

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 24 septembre 2014 à 09:45 - Mis à jour le 24 septembre 2014 à 10:25

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le Premier ministre français revient bredouille de Berlin. Rien de moins étonnant : la logique institutionnelle de la zone euro ne lui donnait que peu de chance de convaincre l'Allemagne de relancer l'économie...

Mardi 16 septembre, devant l'Assemblée nationale, Manuel Valls présentait son programme aux députés : faire des « réformes », oui, mais il fallait aussi que l'Allemagne agisse pour compenser l'effet économique négatif de ses réformes sur la France par une stimulation de sa demande intérieure. Ce projet venait, en théorie, en appui, de celui de Mario Draghi qui, depuis fin août ne dit rien d'autre : pour soutenir la politique monétaire de la BCE et la nécessité de mener des réformes dans certains Etats membres, les pays qui disposent de marges de manœuvre budgétaires (voyez son regard se tourner vers Berlin) doivent agir. Et le Premier ministre français d'insister sur le fait que, lors de son voyage à Berlin, il allait demander fermement à la chancelière de « prendre ses responsabilités ».

Incompréhension des deux côtés du Rhin

Ce projet a sa cohérence. Celle d'une Europe qui disposerait d'une stratégie économique globale et équilibrée. Pourtant, une semaine plus tard, Manuel Valls revient d'Allemagne sans avoir pu faire bouger d'un pouce Angela Merkel. Ce nouveau « nein » allemand prouve combien l'Europe est minée par une incompréhension majeure. Devant les patrons allemands de l'industrie, Manuel Valls a défendu l'idée d'une « voie française » des réformes. « Il ne s'agit pas de répliquer les réformes que vous avez entreprises, ici, au cours des années 2000 », a-t-il proclamé. Mais un tel discours n'a pas beaucoup de sens outre-Rhin où l'on considère que les  « réformes » doivent précéder la croissance et que les deux sont fort compatibles. Et pour s'en convaincre, on avance le modèle... allemand. Face à Manuel Valls, Angela Merkel a donc répété les mots prononcés la semaine dernière devant le Bundestag par son ministre des Finances Wolfgang Schäuble: « L'Allemagne a montré que l'on pouvait conjuguer baisse des déficits et croissance. »

Situation déséquilibrée

On peut avoir le sentiment d'un blocage. Mais en réalité, la situation est très déséquilibrée. Manuel Valls avait perdu d'avance. Pour une raison simple : l'architecture institutionnelle de la zone euro, le cadre défini par l'Allemagne en 2011 et 2012, avec l'appui de la France, est le produit de la vision allemande. Avec le semestre européen, le Two-Pack, le Six-Pack et le Pacte budgétaire, priorité a été donnée à la consolidation budgétaire. Les pays en déficit sont seuls responsables de leurs trajectoires budgétaires et il n'est pas prévu de projet européen en appui à ces trajectoires. Pour une raison simple qui est celle d'Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble : tout soutien à l'activité est non seulement inutile, mais nuisible à la volonté des Etats de se réformer.

Exigence de consolidation budgétaire...

Il est en conséquence impossible, à un pays en déficit, de ne pas engager une politique de « réformes » ou de consolidation budgétaire, donc une politique qui pèse sur l'activité. On l'oublie souvent, mais si les gouvernements français ont augmenté la charge fiscale de 2011 à 2013, c'est aussi pour prouver à la Commission la volonté de la France de réduire les déficits. Avec l'épée de Damoclès de la sanction qui, désormais, ne peut plus guère être bloquée par le Conseil européen, avec le contrôle a priori sur les projets de budget, un pays comme la France est soumis en permanence à l'exigence de consolider son budget.

... sans obligation de solidarité

En revanche, rien dans ce nouvel environnement institutionnel européen ne contraint l'Allemagne à agir en faveur de la croissance. Et c'est bien là que le bât blesse. L'exigence budgétaire n'aurait de sens que si elle pouvait s'accompagner d'une politique de compensation décidée et réfléchie au niveau européen. Pendant que la France, par exemple, ajusterait sa compétitivité à la hausse, l'Allemagne l'ajusterait à la baisse. A la dévaluation interne des uns devrait répondre à la réévaluation interne des autres. La zone euro serait alors un lieu de coopération, non de compétition. C'est ce mécanisme qui est réclamé par Mario Draghi depuis Jackson Hole. La BCE ne cesse d'appeler à une « stratégie coordonnée. » Mais là encore en vain, les Allemands n'y voient qu'une incitation à ne pas réformer et restent sur leurs positions : « faites donc comme nous ! » Telle est la zone euro aujourd'hui : un espace où chaque pays doit réduire ses déficits sans l'appui des autres. Une zone de concurrence féroce.

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Faiblesse de la France

Berlin a beau jeu alors de ramener les suppliants de la croissance à leurs « engagements européens. » Et c'est ce qui s'est passé avec Manuel Valls qui, après avoir essuyé le refus allemand de changer de politique, n'a plus qu'à tenté de convaincre l'Allemagne que la France est une « bonne élève. » « J'espère, à l'issue de cette allocution, vous avoir persuadés que la France avance. Qu'elle mène les réformes nécessaires », a-t-il ainsi indiqué en conclusion de son discours devant les industriels allemands. Dans une zone euro où la solidarité et la coopération n'est pas une nécessité, le rôle de la France ne peut être qu'inférieure.

Cage de fer

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On peut certes regretter que la France, en raison de sa situation budgétaire, en soit réduite à cette situation de ne plus pouvoir parler d'égal à égal avec l'Allemagne. Mais elle paie en réalité les choix faits en 2011 et 2012, au niveau européen lorsqu'elle a accepté, pour faire accroire aux marchés financiers qu'elle était l'égal de l'Allemagne des institutions où elle était vouée à se faire piéger compte tenu de sa situation budgétaire. Il y a eu de la part du président de la république et de son prédécesseur une inconscience sur ce point dont l'Europe entière paie aujourd'hui le prix fort. Encore une fois, Manuel Valls s'est donc frappé la tête contre cette cage de fer européenne que les politiques français ont eux-mêmes contribué à construire.

Romaric Godin

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