Les domaines viticoles peuvent depuis le 15 octobre candidater au plan national d'arrachage subventionné par l’État. Beaucoup le jugent encore insuffisant, mais il sera crucial pour enrayer la surproduction en Languedoc, à Bordeaux ou dans les Côtes-du-Rhône, quand le Val de Loire et la Bourgogne se disent moins concernés.« Peu contraignant mais peu généreux », « insuffisant », « tardif mais important ». Les terroirs de vin sont mesurés mais tous reconnaissent l'urgence à accueillir le plan d'arrachage national. Quinze ans après la dernière opération sauvetage, menée par Michel Barnier alors ministre de l'Agriculture, l'État vole de nouveau au secours du vin. Le guichet de dépôt des demandes lancé ce mardi 15 octobre est ouvert durant un mois pour permettre aux domaines viticoles de solliciter les primes à l'arrachage et d'enrayer la surproduction.
Présenté comme un secours face « aux difficultés économiques des exploitations viticoles affectées par les conséquences de l'agression de la Russie contre l'Ukraine », le plan est doté d'une enveloppe de 120 millions d'euros. Les candidats auront jusqu'au 2 juin 2025 pour accomplir les travaux d'un arrachage primé à 4.000 euros l'hectare. Ce qui doit supprimer 30.000 hectares de vignes - principalement des rouges - sur les 789.000 plantés en France. Et tout ça en abandonnant les droits de replantation d'ordinaire automatiquement accordés pour les parcelles arrachées.
« Une première marche »
Un plan qui ne résoudra pas une crise du vin où la désaffection des consommateurs perpétue le déséquilibre face à une offre toujours pléthorique. En début d'année, les représentants des interprofessions du vin estimaient un besoin d'arrachage à 100.000 hectares sur le sol français. L'arrivée du plan national est un début.
«C'est en effet une première marche. La priorité c'est de répondre à toutes les demandes et ensuite de gonfler cette enveloppe, via une seconde vague avec l'État, si tout n'est pas satisfait, vise Bernard Farges, président du Comité national des interprofessions des vins à appellation d'origine et à indication géographique.Les 100.000 hectares restent nécessaires à arracher et cet objectif pourra être atteint en cumulant aussi les arrachages individuels en-dehors des différents plans.»
Les prix du vin encore en baisse
Dans les vignobles, l'accueil est contrasté. En Auvergne-Rhône-Alpes, les Côtes-du-Rhône vont compter parmi les principaux candidats. Il y a quelques semaines, son syndicat professionnel estimait que 2.000 à 4.000 hectares de vignes pourraient être concernés, sur une appellation de 27.000 hectares. Mais le montant d'indemnisation ne suffit pas, affirme Damien Gilles, président du Syndicat des Côtes du Rhône. « Cette somme ne prend pas en compte les dégâts collatéraux comme la décapitalisation des exploitations, et ne permettra pas, pour ceux qui souhaitent rebondir, de gérer dignement la transition. »
Maxime Giraudeau avec Marie Lyan, Guillaume Fischer et Michèle Trévoux