REPORTAGE. Sauvegarder des plants de vignes indemnes de toute maladie pour repeupler le vignoble en cas de pépin : c'est l'objet de cette serre étanche aux insectes près de Bordeaux. La technologie est connue mais n’a pas encore été éprouvée dans la viticulture. La Gironde se lance avec ce démonstrateur qui pourra aussi fournir le vignoble en variétés adaptées au dérèglement climatique.Ici tout est contrôlé. Les greffons et porte-greffe sont cultivés hors-sol. Toutes les interfaces d'ouvertures sont protégées, les ouvrants équipés de filets à insectes. L'air est chassé et renouvelé en permanence. Un sas a même été créé pour séparer la partie production de la partie gestion. « Les plants de vigne sont confinés », explique à La Tribune Ronan Jehanno, chef du département matériel végétal à la Chambre d'agriculture de Gironde, en entrant dans cette serre de 800 m2 « insect-proof » (imperméable aux insectes, NDLR). Destinée à produire des plants de vigne indemnes de tout contact avec des parasites ou des maladies, elle a été bâtie à quelques mètres des vignes du Château Dillon, qui mène déjà des expérimentations en lien avec la transition agro-écologique, et à proximité immédiate du Vinopôle Bordeaux-Aquitaine à Blanquefort.
La peur de nouveaux virus
La Chambre d'agriculture, qui pilote le projet, fait office d'intermédiaire entre l'Institut français du vin (IFV), qui fournit les plants, et les pépiniéristes.
« Le point de départ de ce projet, c'est le plan national du dépérissement des vignobles issu dela peur de voir arriver de nouveaux virus et des bactéries dans le contexte du changement climatique et de la mondialisation de manière générale, cadre Ronan Jehanno.L'objectif est de sauvegarder le matériel végétal le plus indemne possible pour être en capacité de repeupler le vignoble cas de problème. »
Des gains de production déjà avérés
Si la technologie de la serre insect-proof est connue, elle n'a jamais été mise en place en viticulture et soulève de nombreuses questions techniques et économiques. D'où la création d'un tel démonstrateur en Gironde. L'équipe qui en a la charge travaille sur des formules différentes pour alimenter les plants en engrais mais aussi en eau. « Le but est d'être le plus économe tout en ayant le meilleur résultat possible à la fin, à savoir des bois de qualité suffisante pour pouvoir produire des plants », détaille Renan Jehanno. « Il s'agira d'être en capacité de dire que pour telle quantité de plants de vigne, il faut une équipe de tant de personnes et tant d'argent pour produire selon ce nouveau modèle. »