Lourdement endetté, Domaine Tariquet mise sur la procédure de sauvegarde déclenchée en début d'année pour mener à bien la diversification de son offre mais aussi la réduction de ses surfaces. L'enjeu ? S'adapter à la décroissance globale du marché des vins et spiritueux.Agir plutôt que subir, c'est le leitmotiv qui a conduit Armin et Rémy Grassa à solliciter l'ouverture d'une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce d'Auch en janvier dernier. Jusqu'alors, les directeurs-généraux du Domaine Tariquet, à Eauze (Gers), qui n'est pas moins que la plus grande propriété viticole familiale de France avec 1 125 hectares, n'étaient pourtant pas du tout au fait de ce processus judiciaire.
« C'est un ami dans l'audit qui nous l'a conseillé. Bien sûr que cela nous a d'abord fait peur. Cette procédure est certes préventive, car nous ne sommes pas en cessation de paiement et avons une trésorerie solide, mais elle est aussi collective et donc publique », avoue Rémy, assis avec son frère devant le bâtiment historique du domaine, acquis par leur grand-père et père en 1912.
Le ciel gersois s'est considérablement obscurci
Les deux frères sont co-actionnaires, à 56 % à parts égales, avec d'autres membres de la famille et le fonds Crédit Mutuel Equity (24,5 %), et comptent bien le rester longtemps encore. « Puisqu'elle est à l'initiative du dirigeant, mais s'impose aux créanciers, la sauvegarde permet de sortir de l'urgence et donne du temps pour trouver des solutions. C'est comme si on posait la balle au sol », poursuit-il, de façon imagée.
Il était temps. Car, en quelques années, le ciel gersois s'était considérablement obscurci : « Ce n'est pas propre à notre domaine, mais à la région, qui a enchainé quatre mauvaises récoltes. Du jamais vu », souligne Armin. Il y a également eu des facteurs externes : les manifestations des Gilets jaunes, qui avaient perturbé les ventes de fin d'année 2018, puis le Covid et le relèvement des taxes sous la première présidence de Donald Trump.
Annelot Huijgen, à Eauze (Gers)