Plus les difficultés sont repérées en amont, plus les mesures sont efficaces. Ce constat est aussi évident que peu appliqué par les chefs d'entreprise qui méconnaissent trop souvent les procédures de conciliation. Une réalité qu'Alexandra Blanch, administratrice judiciaire, et Gwladys Tohier, la présidente de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes, veulent changer à force de pédagogie et de persuasion. Gaspard, un chef d'entreprise qui est passé par là, raconte son expérience.Quand il a compris que son entreprise allait dans le mur, il n'était pas encore trop tard. Pour Gaspard (*), 50 ans, dirigeant d'une petite entreprise girondine d'édition de logiciels dans l'aérospatial, c'était fin 2019, plusieurs années après sa création sur un modèle de startup, consommateur en trésorerie.
"A un moment donné, quand tous les mois on se pose la question de comment on va payer les salaires, on se dit qu'il faut agir ! On était sûr de la validité du modèle économique mais on avait mal anticipé la durée du cycle commercial ce qui fait que les dettes se sont accumulées... La solution de la conciliation amiable s'est donc imposée naturellement parce que l'alternative c'était la liquidation...", raconte-t-il à La Tribune.
L'entrepreneur décide alors de suivre les conseils de son avocat et de son administratrice judiciaire et opte pour le mandat ad hoc puis la conciliation. "Une procédure amiable qui présente l'immense avantage d'être confidentielle et donc de ne pas porter atteinte à la réputation de l'entreprise", souligne Alexandra Blanch, administratrice judiciaire chez Arva Administrateurs judiciaires associés et inlassable militante de ces procédures amiables.
La prévention, la grande oubliée
Des outils qui restent pourtant encore largement ignorés ou boudés par les chefs d'entreprise comme par leurs conseils (commissaires aux comptes, avocats, experts-comptables, etc.)
"Les procédures préventives sont très peu mobilisées: lesprocédures amiables représentent à peine environ 7 % des procédures, la sauvegardeparaît encore plus marginale (entre 2 et 3 %).Par conséquent, la grande majoritédes procédures ouvertes par letribunal sont des liquidations directes(entre 60et 70 % selon les années)", écrit ainsi le député Romain Grau (LREM, Pyrénées-Orientales), auteur d'unrapport d'information sur les entreprises en difficulté publié en juillet 2021 avec 51 propositionspour y remédier.
Et pourtant, ces procédures sont efficaces, notamment car elles anticipent davantage. "La conciliation et le mandat ad hoc permettent de conclure un accord amiable dans 50 à 70 % des cas. La moitié des entreprises en sauvegarde obtiennent un plan de continuation contre un quart pour les entreprises en redressement (27 %) [...] Plus les difficultés des entreprises sont repérées en amont, plus les mesures pouvant être mises en place sont efficaces", souligne encore le député.