Maïsadour et Euralis, Terres du Sud et Vivadour, Océalia et la Scar. Les projets de rapprochement s'enchaînent entre grandes coopératives agricoles du Sud-Ouest. Une tendance inévitable pour dirigeants et salariés face aux bouleversements économique et climatique.En fusionnant, elles formeraient les 8e et 20e plus grosses coopératives françaises. D'un côté, il y a le mariage annoncé entre Maïsadour et Euralis dans les Landes et Pyrénées-Atlantiques, pour un potentiel de trois milliards d'euros de chiffre d'affaires. De l'autre, une union à un milliard entre Terres du Sud, basé dans le Lot-et-Garonne, et son proche voisin Vivadour, implanté dans le Gers. Deux projets de fusion annoncés coup sur coup à une semaine d'intervalle au début du printemps. C'est loin d'être une coïncidence.
Les quatre groupes, qui tiennent l'immense majorité de la production céréalière et animale dans le Sud-Ouest, subissent depuis quelques années les mêmes revers, avec pour conséquence des résultats en baisse, voire déficitaires. C'est le cas pour Maïsadour et un chiffre d'affaires en repli de -6,7 % en 2024 (1,375 milliard d'euros), idem chez le fiancé Euralis avec -3 % (1,57 milliard). La dépression atteint -10 % pour Vivadour sur la campagne 2023-2024 (540 millions). Terres du Sud s'en tire avec une hausse de 5 %, mais un résultat net « tout juste à l'équilibre ».
Les groupes ont d'abord essuyé l'impact direct de la guerre en Ukraine en 2022, puisque Euralis et Maïsadour ont tous deux été contraints de ralentir l'activité de leurs usines de semences sur place. C'est ensuite l'inflation et l'explosion des coûts de production qui ont frappé : dans une industrie où les prix sont constamment tirés vers le bas, jamais les coopératives n'ont pu répercuter la hausse subie. Coup de grâce enfin, la récolte céréalière a été catastrophique en 2024 à cause d'une pluviométrie importante. Le tout à un moment où les agriculteurs attendent des investissements pour se moderniser et prendre le virage de la transition écologique et énergétique.
« Si on ne bouge pas, on n'existera plus »
Bref, être incapable de dégager des marges dans une période si tendue déstabilise sérieusement les modèles de ces groupes. Et c'est un euphémisme. « L'élection de Trump et la séquence qui a suivi sur les droits de douane sont aussi un élément perturbateur. On est passé d'un monde stable sur lequel on avait construit nos modèles économiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à un monde instable et insécure qui pousse à l'adaptation », pointe Dominique Chargé, le président de la Coopération agricole, organisation qui fédère les plus grands groupes de la production nationale. « Il faut avoir la capacité d'investir pour être plus résilient et c'est pour cela que les agriculteurs demandent à leur coopérative de trouver des réponses », relaie celui qui dirige aussi le géant Terrena, installé en Loire-Atlantique.