Téhéran veut remplacer le dollar par l'euro

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L'Iran marque son irritation vis-à-vis de Washington. Les revenus pétroliers, essentiels pour la république islamique, seraient libellés en euros, ce qui contribuerait aussi à maintenir les recettes énergétiques face à l'érosion du dollar.

En décidant de remplacer le dollar par l'euro dans ses échanges extérieurs et pour ses avoirs à l'étranger, Téhéran a effectué "un geste plus politique qu'économique", estime ce lundi Moncef Kaabi, analyste chez Natixis, qui se déclare "pas étonné" par cette annonce. L'Iran cherche ainsi à limiter sa dépendance envers le billet vert et marque son irritation vis-à-vis de la politique américaine à son égard. Pour autant, "avec l'érosion du dollar, changer la facturation de ses échanges en adoptant l'euro revient aussi à maintenir le pouvoir d'achat de Téhéran", souligne l'expert.

"Les sources de l'étranger et les revenus pétroliers seront calculés en euros, et nous les recevrons en euros pour mettre fin à la dépendance à l'égard du dollar", avait annoncé plus tôt dans la matinée le porte-parole du gouvernement iranien, Gholamhossein Elham. "Nous procéderons aussi à ce changement pour ce qui concerne les avoirs iraniens à l'étranger (...) Le gouvernement a ordonné à la banque centrale de remplacer le dollar par l'euro pour limiter les problèmes des organes exécutifs dans les échanges commerciaux pour l'ouverture de lettres de crédits", a poursuivi le porte-parole.

Sans surprise, celui-ci s'est référé ainsi implicitement aux difficultés croissantes des organismes iraniens pour conclure des contrats à l'étranger en raison des pressions américaines sur les banques pour ne plus traiter avec des clients iraniens. Le porte-parole a aussi indiqué que "la base de calcul du budget, qui reposait sur les rentrées en devises en dollars, est en train d'être changée".

Les exportations pétrolières représentent jusqu'à 80% des rentrées en devises de l'Iran. Et les recettes tirées des hydrocarbures constituent la moitié des revenus de l'Etat. La hausse des cours du brut a eu un effet direct sur les recettes pétrolières iraniennes, ce qui permet à Téhéran de disposer de réserves de change estimées aujourd'hui à 58,5 milliards de dollars. Selon Moncek Kaabi, si ces réserves basculent en euros, il faut prévoir "entre 0,1% et 0,2% d'appréciation" de la monnaie européenne à terme. Mais la hausse pourrait être nettement plus importante si d'autres pays producteurs suivaient Téhéran. "Plusieurs pays pétroliers ont déjà envisagé de le faire", poursuit l'expert de Natixis. Pourraient ainsi être tentés d'emboîter le pas à l'Iran les "durs" de l'Opep, comme la Libye, qui détient des réserves de change à hauteur de 57 milliards de dollars, le Venezuela (32 milliards) ou l'Algérie (69 milliards).

Enfin, le passage à l'euro facilitera les échanges commerciaux de l'Iran, qui se font déjà à 40% avec l'Union européenne. Si le premier fournisseur de Téhéran demeurait, en 2005, les Emirats Arabes Unis, avec 17,2% de part de marché, l'Allemagne, longtemps au premier rang, suit avec 12,7% de part de marché, devant la France (7,3%) et l'Italie (6,9%).

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