Thales obtient un droit de veto sur les décisions stratégiques de DCN

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Thales et DCN ont levé un coin du voile sur l'accord industriel et commercial adopté dans le cadre de leur rapprochement. En outre, l'électronicien aura bien un droit de veto sur certaines décisions stratégiques qui concernent les alliances et les partenariats de DCN. Il aura aussi un droit de concertation sur la gestion du groupe naval.

Auditionnés par la commission de la défense de l'Assemblée nationale, les PDG de DCN et de Thales, respectivement Jean-Marie Poimboeuf et Denis Ranque, ont officiellement dévoilé certains des aspects tenus jusqu'ici secrets du rapprochement entre les deux groupes. Une opération qui va permettre au groupe d'électronique de prendre une participation de 25 % du capital du groupe spécialisé dans les systèmes navals, en contrepartie de la cession de certains de ses actifs dans le naval.

Les deux patrons tablent sur une signature de l'accord d'ici à la fin de l'année avec une mise en oeuvre en 2007. Il pourrait être mise en oeuvre "en fonction des délais d'examen de la commission européenne, dans le courant du mois de février", précise Jean-Marie Poimboeuf.

Dans le cadre de leur accord capitalistique, l'électronicien a obtenu des droits sur la gestion de DCN. Selon Jean-Marie Poimboeuf, Thales aura "un droit de concertation sur les grandes orientations de gestion de DCN (le plan à trois ans, le budget, la nomination du président) ainsi qu'un droit de veto sur les grandes décisions d'alliance et de partenariat".

Le patron de DCN fait observer en conséquence que l'Etat, qui reste actionnaire à 75 %, "assure et assume le contrôle de DCN quant à ses grandes orientations de gestion". Enfin, l'Etat "conserve sa capacité de dénoncer l'accord conclu s'il estime qu'il est fait un usage abusif du droit de veto". En outre, les hauts dirigeants de Thales qui rejoignent le comité exécutif viennent des entités cédées par l'électronicien. "Dans la future équipe de direction de DCN, la part des cadres issus de Thales est de l'ordre de 25 %", assure Jean-Marie Poimboeuf.

"Les valorisations ne posent plus problème (...) : pour l'Etat comme pour Thales et DCN, le débat est tranché", a pour sa part reconnu le patron de Thales, Denis Ranque. Les discussions ainsi que les controverses ont notamment porté sur la valorisation de DCN (2,3 milliards d'euros) et des actifs cédés par l'électronicien (Thales Naval France, 50 % de la filiale commerciale commune Armaris et 35 % de la société portant la réalisation du futur second porte-avions MOPA2) et valorisés à hauteur de 490 millions d'euros. En outre, Thales devra verser une soulte à DCN légèrement supérieure à 100 millions d'euros.

"La valorisation d'entreprise des actifs apportés par Thales, hors trésorerie et hors synergies, est estimée à environ 200 millions d'euros, explique Jean-Marie Poimboeuf. La comparaison des données, notamment du résultat d'exploitation et du chiffre d'affaires annuel avec des éléments d'entreprises comparables, montre que ces données s'en approchent, ce qui permet d'accréditer leur fiabilité. Sur une valorisation globale de ces actifs, de 490 millions d'euros, la trésorerie d'Armaris s'élève à 200 millions d'euros, les synergies sont estimées à 85 millions d'euros".

Le patron de DCN précise enfin que la valeur du futur porte-avions (PA2) a été intégré à hauteur de 50 % . Celle du contrat de sous-marins nucléaires de nouvelle génération Barracuda qui doit être notifié à la fin de l'année le serait à 100%. Le coût total de Barracuda s'élève à un peu moins de 8 milliards d'euros, avec une première tranche de 1,4 milliard, dont 1,1 milliard destinés à DCN.

Un accord industriel et commercial entre Thales et DCN - "le sujet le plus complexe" de l'opération, selon Denis Ranque - a été aussi trouvé. Sur les offres commerciales, le groupe d'électronique ne sera pas "directement associé à leur préparation, ni à l'activité du comité des offres de DCN, mais aura une connaissance de leur niveau de rentabilité", explique Jean-Marie Poimboeuf. Cette solution confère au groupe spécialisé dans les systèmes navals la maîtrise d'oeuvre de tous les projets en tant qu'opérateur français.

Toutefois, le patron de DCN a indiqué que le rapprochement entre les deux groupes ne réglait "pas tous les problèmes", la "nouvelle DCN demeurant en compétition avec des filiales internationales de Thales, comme Thales Naval Netherlands et ADI en Australie". Selon lui, il est aussi prévu que Thales "ne puisse s'allier dans le domaine naval ou faire d'acquisition sans qu'elle soit proposée en priorité à DCN".

Enfin, DCN n'a pas obligation de recourir au réseau commercial international de Thales (THINT) en cas de conflit d'intérêt. Le groupe "conserve sa capacité à trouver d'autres ressources d'ingénierie commerciale quand THINT est engagé par ailleurs auprès de filiales de Thales concurrentes de DCN". Ce que confirme Denis Ranque : son groupe ne sera "évidemment pas choisi dans les cas où il se retrouve indirectement en concurrence" avec DCN.

Il détaille les trois cas dans lesquels les deux groupes peuvent être mis en compétition. Les équipements de Thales (radars, sonars, télécoms) proposés à DCN dans le cadre d'appel d'offre, seront en concurrence avec d'autres équipementiers. "Thales aura la préférence à égalité de conditions", note Denis Ranque, qui rappelle qu'il continuera à proposer ses matériels "au monde entier". Deuxièmement, dans le cadre des grands navires armés, la compétition entre les deux groupes est réduite désormais à deux pays : Grande-Bretagne où Thales garde dans son périmètre le contrat du porte-avions britannique et l'Australie où l'électronicien est propriétaire d'un chantier naval ADI.

Enfin, en ce qui concerne les systèmes d'armes, "les choses sont plus délicates" même si la fusion entre DCN et TNF "règle 90 % du problème", a reconnu Denis Ranque. Reste que Thales est un systémier en Grande-Bretagne, en Australie et aux Pays-Bas. "Cette situation est marginale et le restera, alors que Thales pourra, à partir des Pays-Bas, fournir des systèmes à d'autres chantiers qu'à DCN".

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