L'économie française en mal de ressort

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Le commerce extérieur a douché la croissance française en 2005. Le maintien de la consommation et des investissements peine à compenser cette faiblesse. Après une croissance limitée à 1,4% l'an dernier, l'optimisme du gouvernement pour cette année paraît illusoire.

A reposer essentiellement sur la consommation des ménages, forcément, la croissance française était susceptible de déraper à tout moment. La croissance des exportations ayant nettement reculé au dernier trimestre 2005, la consommation en hausse de 0,7%, comme au trimestre précédent, n'a pas suffi à elle seule à compenser l'insuffisance de la balance commerciale. Résultat: la croissance a décéléré à 0,2% au dernier trimestre, amenant la hausse du PIB en 2005 à un timide 1,4%, contre une fourchette de prévisions du gouvernement comprise entre 1,5 et 2%. Une bien piètre performance, en particulier au regard des 4,3% de croissance mondiale enregistrés l'an dernier.

La France a enregistré en 2005 un déficit record de 26,5 milliards d'euros, soit trois fois plus élevé qu'en 2004. Et sur l'année, le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance à hauteur d'un point de PIB. "La vigueur de l'euro face au dollar peut difficilement être incriminée dans la mesure où la France échoue là où l'Allemagne réussit avec les mêmes contraintes", souligne Nicolas Bouzou, économiste chez Xerfi. Il en va de même, d'ailleurs, de la hausse des cours du pétrole, même si la facture pétrolière représente la moitié du creusement du déficit français.

Alors, où sont les failles? Trois raisons à ce problème chronique, explique Marc Touati, chez Natexis. "Primo, une mauvaise répartition géographique: plus de la moitié de nos exportations sont à destination de la zone euro, lanterne rouge de la croissance mondiale depuis cinq ans", relève l'économiste. Secundo, une mauvaise spécialisation sectorielle: les biens d'équipement - autrement dit les machines-outils vendues aux pays émergents pour construire leurs usines - ne représentent que 22% de nos exportations contre 45% pour celles de l' Allemagne. Enfin, "nos PME ont du mal à franchir le Rubicon de la vente à l'étranger et lorsqu'elles y arrivent, elles le font de plus en plus en produisant à l'étranger pour vendre sur place, ce qui ne transparaît donc pas dans les exportations françaises", conclut l'économiste.

Malgré ce tableau peu glorieux, la ministre du Commerce extérieur Christine Lagarde a affirmé que 2006 serait un "bon cru" pour les exportations françaises, mettant en exergue le niveau record des exportations en 2005. Une interprétation assez audacieuse des chiffres, puisque les exportations n'ont progressé que de 4,1%, bien en-deçà de la croissance du commerce mondial de 6 à 7% et de celle des importations françaises, de 9,2%.

Corollaire des problèmes de compétitivité et de positionnement de la France, l'industrie tourne au ralenti, avec le sévère dérapage de l'industrie automobile, dont les modèles phares, comme la Mégane et la Peugeot 206, accusent des pertes de vitesse. Résultat, la production industrielle française reste atone, alors que l'Allemagne enregistre une croissance de 2,8% sur l'année.

En revanche, alors qu'elles avaient d'abord été estimées en hausse de 0,2% seulement, les dépenses de consommation des ménages ont progressé de 0,7%, comme au trimestre précédent. Sur l'ensemble de l'année, elles ressortent en hausse de 2,1%. "Autre bonne nouvelle, les investissements des entreprises ont gagné 1% sur le trimestre, après une croissance de 1,4% au troisième trimestre; un maintien qui s'explique à la fois par les conditions toujours favorables de financement et l'amélioration des perspectives économiques, en particulier dans la zone euro", indique Laure Maillard, chez Ixis. Sur l'ensemble de l'année, les investissements ont gagné 3,7%, après une croissance de 2,4% en 2004.

De là à considérer comme probable l'anticipation de croissance du gouvernement comprise entre 2 et 2,5% pour cette année, il y a néanmoins une frontière que nombre d'économistes ne souhaitent pas franchir.

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