La RDC ouvre sa première raffinerie pour mieux contrôler l’or artisanal

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

À Kalemie, la RDC inaugure sa première raffinerie dédiée à l’or artisanal.
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

À Kalemie, la RDC inaugure sa première raffinerie dédiée à l’or artisanal.
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La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de formalisation de l’or artisanal avec le lancement, cette semaine, d’une première raffinerie à Kalemie, dans la province du Tanganyika. Baptisée DRC Gold Refinery, l’unité est née d’un partenariat entre l’entreprise publique DRC Gold Trading, chargée de canaliser l’or artisanal, et Lunga Mining, une entreprise active dans l’exploration et le développement de gisements aurifères.
Selon les autorités congolaises, l’installation est dotée d’une capacité de production comprise entre 500 et 600 kilogrammes d’or par mois. Elle doit couvrir l’ensemble de la chaîne, de l’achat de l’or artisanal au raffinage, jusqu’à la production de lingots. Le ministère des Mines assure également que l’unité permettra d’exporter un or raffiné avec un degré de pureté de 99,9 %.
Avant ce nouveau développement, le gouvernement congolais a enregistré ces derniers mois plusieurs avancées dans sa stratégie de formalisation du secteur de l’or artisanal, notamment à travers DRC Gold Trading, une entreprise publique devenue l’outil central de cette politique d’encadrement.
Créée à l’origine dans le cadre d’une coentreprise avec le groupe émirati Primera, sous le nom de Primera Gold DRC, la structure a ensuite été entièrement reprise par l’État puis transformée en société publique. Le rôle qui lui a été confié consiste à acheter l’or artisanal, le canaliser vers des circuits officiels et l’exporter dans un cadre déclaré.
Depuis son entrée en service début 2023, l’entreprise a acquis environ 10 tonnes d’or artisanal, alors que les volumes officiellement canalisés avant sa création étaient marginaux. Pour 2026, elle vise désormais 15 à 18 tonnes, avec un objectif de recettes d’exportation de plus de 2 milliards de dollars (environ 1,7 milliard d’euros).
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En parallèle, les autorités cherchent à renforcer la crédibilité du circuit officiel. Fin février, le président Félix Tshisekedi a présenté une stratégie reposant sur l’interconnexion des comptoirs agréés avec la Banque centrale du Congo et l’administration minière. Le but affiché est de mieux centraliser les flux, sécuriser les paiements, disposer d’une visibilité en temps réel sur les volumes commercialisés et réduire les marges de manœuvre de la fraude.
Cette réorganisation vise également à répondre à l’un des arguments avancés par les opérateurs du secteur informel. Une partie de l’or artisanal congolais quitte le pays parce que les circuits voisins offrent souvent des conditions de rachat jugées plus attractives. D’où la volonté des autorités de rendre le circuit officiel plus compétitif, avec des prix indexés sur les références internationales, des paiements plus rapides et une fiscalité mieux calibrée.
Dans un tel contexte, l’ouverture d’une raffinerie représente une étape importante pour la filière aurifère congolaise. Une raffinerie est une installation industrielle qui permet de purifier l’or brut afin d’en retirer les impuretés et de produire des lingots répondant aux standards du marché international. Disposer d’un tel outil permet à un pays producteur de transformer localement le métal extrait, plutôt que de l’exporter sous forme brute, et donc de capter une part plus importante de la valeur ajoutée.
Pour les autorités congolaises, l’un des principaux enjeux sera désormais de maintenir l’adhésion des mineurs artisanaux et des négociants, afin que les circuits officiels restent plus attractifs que les réseaux informels qui dominent encore une grande partie du commerce régional.
Si la RDC est surtout connue à l’international pour son cuivre et son cobalt, ainsi que pour les minerais 3T (étain, tantale et tungstène) au cœur des débats sur la traçabilité dans la région des Grands Lacs, son potentiel aurifère est aussi important. Selon les estimations officielles, plus de 50 tonnes d’or quittent chaque année le pays en dehors des circuits officiels. Ce chiffre donne la mesure du manque à gagner potentiel en recettes d’exportation, en fiscalité et en devises, dans un marché de l’or où les prix sont sur une tendance haussière depuis plusieurs mois.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin