Le vice-président de la BAD, Dr Abdul Kamara (gauche) et le chef de la délégation ougandaise, Mustapha Achidri (droite), lors des assemblées annuelles de l’institution financière à Brazzaville, en République du Congo.
En Afrique de l’Est, plusieurs pays misent sur le ferroviaire pour renforcer l’offre de mobilité et faciliter le transport de marchandises. En Ouganda, un projet de chemin de fer à écartement standard pour raccorder le Kenya voisin est dans les tiroirs depuis une décennie.
La Banque africaine de développement (BAD) a promis environ 650 millions de diollar (559 millions d'euros) pour contribuer au financement du futur chemin de fer à écartement standard (SGR) reliant sur 272 km Kampala à Malaba, à la frontière kényane. Selon une déclaration du ministère ougandais des Finances sur le réseau social X datant du 29 mai, l’engagement a été annoncé par Abdul Kamara, vice-président de la BAD chargé du Développement régional, de l’Intégration et de la Prestation de services, lors d’une rencontre avec la délégation ougandaise, en marge des assemblées annuelles de l’institution financière panafricaine à Brazzaville, en République du Congo.
Un projet stratégique
Ce soutien doit encore être confirmé dans le cadre du montage final, attendu lors d’une mission d’évaluation durant ce mois de juin. Mais il sonne déjà comme un nouveau coup de pouce pour cette ligne ferroviaire jugée cruciale par Kampala qui connaît plusieurs rebondissements.
Depuis près de dix ans, l’Ouganda tente en effet de financer et de lancer ce corridor ferroviaire stratégique, sans parvenir à stabiliser durablement son montage. Le projet a d’abord été confié à China Harbour Engineering Company en 2015, avant que cette piste ne soit abandonnée en 2023 après des années d’échec à mobiliser les prêts chinois nécessaires. En octobre 2024, Kampala a finalement attribué le contrat de 2,7 milliards d’euros à l’entreprise turque Yapi Merkezi Insaat, marquant un changement de cap important dans la stratégie de financement et d’exécution.
Dans le cadre de ce nouveau schéma de financement, Kampala a mandaté Citibank pour jouer le rôle d’arrangeur principal et de coordinateur du financement nécessaire. Les autorités misent en outre sur des prêts accordés par des agences de crédit à l’exportation et des institutions de financement du développement.
Le pays a également annoncé en mai dernier qu’il lancerait son premier sukuk souverain pour mobiliser 15% des fonds nécessaires pour la première phase du projet. Un an plus tôt, le gouvernement a signé un accord avec la Banque islamique de développement (BID) qui octroie 400 millions de dollars (344 millions d'euros) en faveur de l’initiative.
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De grandes ambitions dans le rail
En reliant la capitale à la frontière kényane, la ligne doit s’insérer dans l’axe qui dessert le port de Mombasa via le réseau kényan, afin d’offrir à l’Ouganda une alternative plus rapide et plus efficace au transport routier.
Pour le pays enclavé, cette connexion reste déterminante pour la réduction des coûts d’importation, la compétitivité des exportations et la fluidité des approvisionnements industriels.
Au-delà de ce chantier, l’Ouganda voit dans le rail un instrument central de sa transformation économique. L’objectif est d’améliorer les capacités de transport de marchandises et de renforcer l’intégration du pays aux couloirs commerciaux de la région des Grands Lacs et de l’Afrique de l’Est.
Dans cette optique, l’Uganda Railways Corporation (URC) a dévoilé un vaste plan d’investissement destiné à étendre le réseau ferroviaire sur cinq ans en le rendant plus dense, plus fiable et plus commercialement viable. Cette stratégie prévoit d’abord l’achat de quatre locomotives et de trois wagons en 2026/2027, puis de 100 wagons supplémentaires, avec une option pour 24 autres d’ici 2027/2028.
Il prévoit aussi la réhabilitation et l’extension du réseau à écartement métrique, dont la longueur devrait passer de 258 km en 2025 à 768 km d’ici 2028/2029. Le plan vise également une montée en puissance du trafic voyageurs, avec un objectif de 2,19 million de passagers à l’horizon 2029/2030 contre 856 902 en 2025/2026.
Cette stratégie d’un coût global de près de 1 700 milliards de shillings (387 millions d'euros) s’accompagne d’une logique de mobilisation de financements diversifiés, mêlant ressources publiques, partenaires de développement, revenus propres de l’URC et partenariats public-privé.