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Faire tourner l’économie 24h/24 : le pari audacieux de la Zambie

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 26 mars 2026 à 17:15

Le gouvernement de la Zambie veut faire de la nuit un espace de production et d’échanges en dépit des réserves concernant l’énergie, les transports, la sécurité ou encore le social.

Le gouvernement de la Zambie veut faire de la nuit un espace de production et d’échanges en dépit des réserves concernant l’énergie, les transports, la sécurité ou encore le social.

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Lusaka a officialisé mi-mars 2026 son passage à une économie active 24h/24. Entre signaux encourageants et obstacles concrets, la réforme du président Hichilema entre dans sa phase critique, avec des implications directes pour les entreprises étrangères.

Le 16 mars dernier, réuni en Conseil des ministres sous la présidence d'Hakainde Hichilema, le gouvernement zambien a approuvé l'extension des horaires d'ouverture des commerces, marchés et gares routières à vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L'annonce du porte-parole gouvernemental Cornelius Mweetwa a déclenché plusieurs réactions — de l'enthousiasme d'élus du parti au pouvoir jusqu'aux mises en garde sobres d'économistes.

Réalité macroéconomique

Mais derrière le débat politique, la décision repose sur une réalité macroéconomique tangible : des données croisées du Fonds Monétaire International (FMI) et de la banque centrale de Zambie, suggèrent que depuis début 2025, les entreprises zambiennes tournaient déjà mieux — plus de commandes, une électricité moins capricieuse — et le moral des chefs d'entreprise était au plus haut depuis un an et demi. Cette situation est confirmée par le PMI Stanbic Bank Zambia, un indicateur mensuel qui évalue les tendances économiques dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie, de la construction, du commerce de gros et de détail, ainsi que des services. Pour février 2026, l’analyse reste sur les tendances optimistes de 2025, même si le renforcement de la monnaie nationale (kwacha) face au dollar américain, a créé plus d’intérêts pour les produits importés, réduisant légèrement les commandes au niveau local.

Ce regain global d'optimisme a été préparé par une série d’initiatives d’acteurs internationaux. En juillet 2025, British International Investment (BII), le fonds de pension NAPSA et le suédois Swedfund ont lancé Growth Investment Partners (GIP) Zambia, avec un premier tour de table de 70 millions de dollars destinés à financer les PME. Parallèlement, un programme de garantie de prêts USAID-DFC de 20 millions de dollars, géré via Absa Bank Zambia, a ouvert l'accès au crédit aux entreprises des secteurs agricole, manufacturier et énergétique.

Toujours en 2025, le gouvernement a pris des mesures, visant à réduire le coût des importations des intrants de production pour les entreprises produisant localement. Le ministère des PME a annoncé fin mars 2026 qu'il engage les associations de marchands, les gestionnaires de gares et les agences de sécurité à bâtir un cadre d'application pratique, en insistant sur l'éclairage des marchés et l'assainissement nocturne.

Soutien aux entreprises

Le message institutionnel est cohérent : la politique de 24 heures n'est pas une annonce isolée, mais le prolongement d'un écosystème de soutien aux entreprises qui se construit depuis deux ans. Toutefois cela n’ira pas sans contrainte. La première est la fracture énergétique — l'obstacle historique le plus souvent cité. Elle se réduit, sans avoir totalement disparu. Entre la fin 2025 et le début 2026, la Zambie a lancé ou mis en chantier plus de 385 MW de projets solaires. La centrale de Chisamba (100 MW, financée par Stanbic Bank et China Power) est opérationnelle depuis juin 2025. Une usine de 50 MW à Mansa (province de Luapula) a mis fin aux délestages diurnes dans cette ville lors de ses tests de pré-mise en service. Le ministre de l'Énergie Makozo Chikote a assuré que le pays « ne reviendra pas aux délestages prolongés ». Mais l'Institut de gestion des risques de Zambie (IRMZA) a publié un avertissement explicite le 24 mars : l'instabilité énergétique reste une contrainte réelle pour une économie nocturne, aux côtés du manque de caméras de surveillance et de l'éclairage public insuffisant.

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Cohérence mise à l'épreuve : transports, sécurité et droit du travail

Sur le front des transports, la contradiction la plus saillante a été rapidement arbitrée. Le 19 mars, la RTSA (Agence routière et de sécurité) avait confirmé que l'interdiction de voyager de nuit pour les véhicules de transport en commun restait en vigueur, malgré l'économie de 24 heures — suscitant la perplexité des opérateurs. Le 26 mars, le ministre du Commerce, du Commerce et de l'Industrie Chipoka Mulenga a indiqué que le gouvernement lèverait prochainement l'interdiction de nuit pour les camions et les bus, afin d'aligner la réglementation routière sur l'ambition économique.

Cette séquence illustre la nature progressive de la réforme : le gouvernement avance en traitant les contradictions au fur et à mesure, dans une logique de mise en œuvre par phases. Le ministre Mulenga avait par ailleurs précisé que la participation resterait facultative, laissant les entreprises décider selon leur secteur et leur rentabilité.

Sur le plan social, la question du coût du travail nocturne est la plus sensible pour les entreprises étrangères opérant en Zambie. L'Employment Code Act de 2019 est clair : toute heure travaillée au-delà de 48 heures hebdomadaires est rémunérée 1,5 fois le taux horaire normal et 2 fois les dimanches et jours fériés. Le salaire mensuel moyen au début 2026 oscille entre 8000 et 9000 kwachas (entre 370 à 415 euros). Pour une entreprise souhaitant passer à trois rotations de huit heures, deux options s'offrent à elle : recruter deux équipes supplémentaires — multipliant ainsi sa masse salariale de terrain par trois — ou recourir aux heures supplémentaires de ses effectifs existants, avec un surcoût minimum de 50%.

Des groupes comme TotalEnergies (France, présent dans la distribution de carburant), Engie Energy Access (France, opérateur de cinq mini-réseaux solaires au pays), Puma Energy (groupe Trafigura, Suisse, distribution de carburant) ou encore les points de vente SPAR (franchise du groupe néerlandais SPAR International, avec plusieurs implantations à Lusaka et sur le Copperbelt) sont directement concernés par cette arithmétique : étendre leurs horaires d'opération signifie, au minimum, doubler leurs effectifs de nuit, avec l'ensemble des charges afférentes — transport des employés, primes, sécurité privée.

La politique de l'économie de 24 heures illustre moins une rupture qu'une accélération. Les signaux favorables sont réels : le rebond du PMI, les 70 millions de dollars du GIP Zambia, la montée en puissance du solaire, le dialogue ouvert sur la levée de l'interdiction de transport nocturne. Mais l'économiste de l'université de Zambie John Munsantu a raison de plaider pour une mise en œuvre sectorisée : toutes les industries ne sont pas également prêtes, et les gains annoncés ne se matérialiseront que si l'État tient ses promesses en matière d'éclairage, de sécurité et de réseau de transport des travailleurs.

La nuit zambienne peut devenir un espace de production — à condition que l'État l'illumine avant d'y inviter les entreprises. Désormais cette politique des journées économiques à 24 heures sera scrutée par les observateurs qui suivent la Zambie, mais aussi le Ghana, autre pays africain où cette logique est testée depuis 2025.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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