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La Tribune Afrique

La Tanzanie veut réduire la domination du Brésil sur le niobium au profit de capitaux américains

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 30 mars 2026 à 16:16

Anthony Mavunde, Ministre des Mines de Tanzanie signe un accord-cadre avec Panda Hill Tanzania sous le regard de la présidente Samia Suluhu Hassan.

Anthony Mavunde, Ministre des Mines de Tanzanie signe un accord-cadre avec Panda Hill Tanzania sous le regard de la présidente Samia Suluhu Hassan.

Ministère des Mines, Tanzanie.

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La Tanzanie a signé un accord-cadre avec Panda Hill Tanzania Ltd pour développer un gisement de niobium à Mbeya et y construire la quatrième usine de ferroniobium au monde. L'investissement annoncé dépasse 440 millions de dollars, mais le chemin vers la production reste semé d'étapes décisives.

Trois usines dans le monde produisent du ferroniobium, l'alliage industriel utilisé pour renforcer les aciers spéciaux. Deux sont au Brésil, une au Canada. L'accord-cadre signé à Dodoma le 24 mars dernier entre le gouvernement tanzanien et Panda Hill Tanzania Ltd ouvre la voie à la construction de la quatrième, à condition que le projet franchisse les étapes qui le séparent encore de la production.

Un site qui n'a pas encore franchi le stade de la production

Le gisement se situe dans la région de Mbeya, dans le sud-ouest tanzanien, près de la frontière zambienne. Il couvre plus de 22 kilomètres carrés de carbonatite riche en pyrochlore, le minerai dont on extrait le niobium. Connu des géologues depuis des décennies, le site n'a jamais franchi le stade de la production. L'étude de faisabilité définitive, réalisée par le cabinet sud-africain SRK Consulting, spécialiste mondial de l'ingénierie minière, et publiée en avril 2016, établissait un taux de rentabilité interne avant impôts de 32%, une valeur actuelle nette post-impôts de 404 millions de dollars, et un investissement initial de 195,6 millions de dollars pour une durée de vie de trente ans. Le gisement était alors détenu à parts égales par l'australienne Cradle Resources, une junior minière cotée à Sydney, et Tremont Master Holdings, un véhicule d'investissement minier domicilié à Maurice.

Tremont est la plateforme africaine de Denham Capital, un fonds de private equity basé à Houston (Texas), gérant environ 7,9 milliards de dollars, qui a engagé 200 millions de dollars en 2011 pour créer ce véhicule en partenariat avec Pangea Exploration, une équipe sud-africaine dirigée par Rob Still et spécialisée dans le développement d'actifs miniers sur le continent.

Un désaccord entre Cradle et Tremont sur la conduite du projet a conduit à un arbitrage, résolu en 2020 : Tremont a obtenu 62,8% de Panda Hill Tanzania Ltd, avant de racheter la part résiduelle de Cradle en 2021. L'axe Denham Capital–Pangea contrôle désormais intégralement le projet.

Accord-cadre

Ce qui a été signé le 24 mars est un accord-cadre — un Framework Agreement au sens du Mining Act tanzanien révisé en 2017. Ce n'est pas une décision finale d'investissement. Le document fixe les termes de la relation entre le gouvernement, représenté par le Treasury Registrar, et Panda Hill Tanzania Ltd. L'État obtient 16 % de participation gratuite non dilutive, sans contribution financière, et impose la construction d'une usine de ferroniobium sur site, interdisant de fait l'exportation de minerai brut. L'enveloppe totale est estimée à 700 milliards de shillings tanzaniens, soit environ 442 millions de dollars, selon le quotidien tanzanien The Citizen. Le chiffre de 300 millions repris par Stratfor, la plateforme américaine de renseignement géopolitique, semble correspondre à la seule phase mine et usine, hors infrastructures connexes.

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Mais entre cet accord-cadre et le premier coup de pioche, Panda Hill Tanzania Ltd doit encore obtenir une licence minière spéciale, dont l'approbation relève désormais du cabinet tanzanien, créer les structures juridiques imposées par la loi — une société minière et une entité distincte pour la transformation, toutes deux en coentreprise avec le Treasury Registrar — et actualiser l'étude de faisabilité vieille de dix ans.

Le financement n'est pas bouclé : Denham Capital devra structurer un montage associant fonds propres, dette et probablement des institutions de financement du développement. Aucun calendrier de production n'a été communiqué.

Un métal quasiment dominé par un seul producteur

Pour mesurer la portée de ce projet, il faut comprendre à quel point le marché mondial du niobium est concentré. Le Brésil détient plus de 90 % des réserves connues et assure environ 85 à 90% de la production annuelle. Une seule entreprise, CBMM, groupe privé brésilien basé à Araxá dans l'État du Minas Gerais, contrôle à elle seule 74% à 75% de l'offre globale. Le reste provient de CMOC, filiale du chinois China Molybdenum, et de Niobec, une mine souterraine au Québec détenue par le conglomérat canadien Magris Resources. Le niobium n'est pas coté sur les marchés de matières premières : les prix sont négociés directement entre producteurs et acheteurs, dans des contrats privés dont les termes ne sont pas publics. L'Union européenne importe 92 % de son niobium du Brésil. Les États-Unis sont dépendants à 100 % des importations. L'USGS, l'agence géologique fédérale américaine, classe le niobium parmi les minerais présentant le risque d'approvisionnement le plus élevé.

Panda Hill vise une production annuelle d'environ 5 400 tonnes de niobium contenu, soit 8 200 tonnes de ferroniobium, ce qui représenterait environ 4% de la demande mondiale. La Tanzanie deviendrait le quatrième producteur significatif, rejoignant un club extrêmement restreint. Ce n'est pas un volume suffisant pour déstabiliser CBMM, mais c'est une diversification stratégiquement importante pour les acheteurs occidentaux qui cherchent à réduire leur dépendance brésilienne. La réaction du producteur dominant sera d'ailleurs à surveiller : CBMM a historiquement maintenu des prix suffisamment compétitifs pour décourager les projets alternatifs, et pourrait ajuster sa politique tarifaire. Le groupe accélère par ailleurs sa diversification vers les batteries, avec l'inauguration en novembre 2024 de la première usine mondiale de production d'anodes à base de niobium.

La Tanzanie, pivot américain dans la course aux minerais critiques

L'accord-cadre de Panda Hill ne se lit pas isolément. La Tanzanie de la présidente Samia Suluhu Hassan mène depuis 2021 une diplomatie économique tournée vers Washington. Le niobium s'inscrit dans un portefeuille d'accords en cours de finalisation qui impressionne par son ampleur : un projet de gaz naturel liquéfié de 42 milliards de dollars, un investissement nickel de 942 millions via Tembo Nickel, et un projet graphite de 300 millions à Mahenge. Lors d'une rencontre au palais de Chamwino en décembre 2025, l'ambassadeur américain par intérim Andrew Lentz a réaffirmé la volonté de Washington de construire un partenariat fondé sur « la prospérité partagée plutôt que la dépendance à l'aide », selon le bureau de presse de la présidence tanzanienne.

Cette stratégie répond à une compétition féroce. La Chine a investi près de 57 milliards de dollars dans l'extraction et le raffinage de minerais en Afrique entre 2000 et 2021, selon le Stimson Center, un centre de recherche basé à Washington spécialisé dans les questions de sécurité internationale. Les États-Unis misent sur une autre approche : le secteur privé, les normes de gouvernance et les coalitions de chaînes d'approvisionnement. Le lancement de « Project Vault », un partenariat public-privé de 12 milliards de dollars pour constituer des réserves stratégiques, et la création du forum FORGE lors du Ministerial de février 2026 à Washington, en sont l'illustration. Panda Hill en est une application directe : un fonds de private equity américain fournit les capitaux via une plateforme mauricienne opérée depuis l'Afrique du Sud, la Tanzanie obtient participation gratuite et transformation locale, et les acheteurs américains accèdent à une source de niobium hors du duopole brésilo-canadien.

Pour la Tanzanie, l'enjeu dépasse le niobium. Le succès ou l'échec de Panda Hill constituera un test de crédibilité pour le cadre minier révisé de 2017, qui impose participation étatique, transformation locale et partage des revenus. Les revenus projetés pour le gouvernement — royalties, impôts, dividendes — sont estimés à 686 millions de dollars sur la durée de vie du projet, selon les données rapportées par The Citizen et TanzaniaInvest, un portail d'information économique spécialisé sur le pays. Des chiffres qui, s'ils se matérialisent, valideraient le pari d'une politique minière exigeante mais attractive. Sinon le projet rejoindra la longue liste des gisements africains prometteurs restés prisonniers de la phase de développement.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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