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Le Cameroun lance le projet de zone industrielle du port de Kribi pour renforcer le secteur industriel

Photo de Moutiou Adjibi Nourou

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 02 mars 2026 à 15:00

S’étendant sur environ 4000 ha, l'infrastructure devrait accueillir entre autres des activités d’agro-industrie et de transformation du bois.

S’étendant sur environ 4000 ha, l'infrastructure devrait accueillir entre autres des activités d’agro-industrie et de transformation du bois.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Financée en partie par l'UE, la zone industrielle du port de Kribi vise à faire évoluer cette plateforme stratégique du simple hub d’exportation de matières premières vers un pôle intégré de transformation locale, directement connecté aux marchés internationaux.

Le Cameroun a officiellement lancé le 26 février dernier, le projet Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), une vaste zone industrielle intégrée située dans la région du Sud, pour un investissement global estimé à 795 millions d’euros. Ce projet structurant vise à transformer le complexe portuaire de Kribi en pôle industriel de référence, capable de capter, transformer et exporter localement une part croissante des richesses nationales.

S’étendant sur environ 4 000 hectares, la zone industrielle vise à rapprocher directement les unités de production des quais portuaires. Elle devrait accueillir des activités d’agro-industrie, de transformation du bois, de métallurgie et de matériaux de construction, des filières jugées prioritaires dans la stratégie de transformation structurelle de l’économie camerounaise.

Un projet structuré avec l’appui de partenaires internationaux

La mise en œuvre repose sur un modèle de partenariat public-privé piloté autour du Port autonome de Kribi, chargé de la conception, du financement, de l’aménagement, de l’exploitation et de la maintenance de la zone industrielle. La première phase de construction, estimée à 400 millions d’euros, doit être majoritairement  financée par des partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne via son initiative Global Gateway, ainsi que l’International Finance Corporation (IFC), la branche du groupe Banque mondiale dédiée au secteur privé.

Le projet a connu plusieurs reports. Initialement annoncé pour juillet 2025, le lancement de la KPIZ a été retardé par des négociations jugées complexes entre partenaires techniques et financiers. Par ailleurs, la Tanger Med Special Agency (TMSA), qui devait initialement faire partie du consortium, s’est retirée du projet, entraînant une reconfiguration du montage partenarial.

Un port en eau profonde aux capacités logistiques structurantes

Mis en service en 2018, le port en eau profonde de Kribi constitue aujourd’hui la principale infrastructure portuaire moderne du Cameroun. Conçu pour accueillir des navires de grande capacité, il dispose de tirants d’eau importants permettant la réception de porte-conteneurs et de vraquiers de dernière génération, contrairement au port historique de Douala, limité par des contraintes de tirant d’eau et d’envasement.

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Conçu comme une plateforme logistique stratégique non seulement pour le Cameroun, mais aussi pour les pays enclavés d’Afrique centrale, en particulier le Tchad et la République centrafricaine qui utilisent Kribi comme corridor d’accès aux marchés internationaux, l’infrastructure est positionnée sur la façade atlantique. Grâce à ses connexions progressives aux corridors routiers et ferroviaires, elle s’impose comme un hub de transit majeur pour les exportations de ressources naturelles, notamment le bois, les produits agricoles et les minerais.

Jusqu’à présent, l’essentiel des flux transitant par Kribi reste dominé par l’exportation de matières premières à l’état brut. Avec la mise en place de la zone industrielle, les autorités camerounaises entendent changer d’échelle en transformant le port en un véritable pôle de production industrielle, et non plus seulement en plateforme logistique.

L’intégration d’une zone industrielle directement adossée aux infrastructures portuaires devrait permettre de limiter les coûts de transport interne, d’optimiser les chaînes d’approvisionnement et d’encourager l’implantation d’industries de transformation à proximité immédiate des zones d’exportation. Cette configuration vise également à renforcer l’attractivité du site auprès des investisseurs industriels recherchant des écosystèmes intégrés combinant logistique, énergie et foncier industriel.

Un levier d’industrialisation aligné sur la stratégie nationale

Au-delà de son dimensionnement, la Kribi Port Industrial Zone s’inscrit dans la stratégie nationale de développement 2030, qui fait de l’industrialisation, de la transformation locale des matières premières et du renforcement de la compétitivité logistique des priorités centrales. Le projet est également aligné sur la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un projet de marché unique à l’échelle africaine, qui encourage la structuration de chaînes de valeur régionales.

À terme, les autorités anticipent des retombées économiques significatives, avec la création annoncée d’environ 150 000 emplois, une contribution estimée à plus de 500 milliards FCFA au PIB soit 762 millions d'euros, et une hausse des recettes fiscales d’environ 50 milliards FCFA par an, soit environ 76 millions d'euros.

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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