Cuivre-cobalt en RDC : comment Washington a supplanté la Chine sur le dossier Chemaf

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Étoile, l’un des actifs stratégiques de Chemaf en RDC
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Étoile, l’un des actifs stratégiques de Chemaf en RDC
DR
L’américain Virtus Minerals est en passe de conclure le rachat de Chemaf, entreprise détenant d’importants gisements de cuivre et de cobalt en RDC. Selon des informations du média congolais Bankable relayées par Agence Ecofin, le ministre congolais des Mines, Louis Watum, a donné son feu vert à cette transaction annoncée en février 2026, une approbation pourtant refusée quelques mois plus tôt à une société chinoise. Loin d’être un simple rachat d’entreprise, l’opération illustre surtout un rapport de force entre Pékin et Washington autour des actifs miniers congolais.
Chemaf est un groupe minier congolais fondé en 2001 par l’homme d’affaires Shiraz Virji. En grande difficulté financière ces dernières années, la compagnie s’est mise à la recherche d’un repreneur et a annoncé en juin 2024 un accord avec le chinois Norin Mining. Ce dernier proposait 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) pour prendre le contrôle de l’entreprise et mettre dans son escarcelle les mines congolaises de cuivre et de cobalt Etoile et Mutoshi. Après avoir sécurisé l’approbation des propriétaires de Chemaf, il restait encore à convaincre les autorités en RDC, un feu vert que la société chinoise n’obtiendra jamais.
La Gécamines s’est immédiatement opposée à la transaction, en tant que propriétaire de l’un des gisements au cœur de l’accord, gisement que la compagnie publique congolaise loue à Chemaf depuis 2015 (et pour une durée de 25 ans). La Gécamines, soutenue par le gouvernement congolais, a officiellement expliqué ce veto notamment par son absence à la table des négociations. En coulisses, plusieurs sources évoquent surtout des pressions américaines visant à freiner l’expansion chinoise dans le secteur. Cette hypothèse prend désormais davantage de poids avec l’approbation accordée par Kinshasa à Virtus Minerals, d’autant plus qu’il s’agit d’une compagnie peu expérimentée dans l’exploitation minière.
Par rapport à Norin Mining, quatrième producteur mondial de cobalt en 2024, l’entreprise américaine fait office de petit poucet. Fondée par d’anciens membres des services de sécurité américains, Virtus dispose cependant de solides connexions à Washington, entre autres auprès d’Orion Resource Partners, fonds spécialisé dans le financement minier avec des actifs totaux sous gestion excédant 9 milliards de dollars. Ce consortium bénéficiant de l’appui du gouvernement américain est présenté comme le bailleur de fonds dans l’offre soumise par Virtus aux propriétaires de Chemaf.
Cette offre permettant de reprendre près de 95 % du capital de Chemaf repose sur un montage combinant un paiement initial de 30 millions de dollars, la reprise d’une dette estimée à plus de 900 millions de dollars et un engagement d’investissements pouvant atteindre 750 millions de dollars. Cet apport financier s’avère déterminant au regard de la situation opérationnelle de Chemaf, dont les projets d’extension à Mutoshi et Etoile sont arrêtés depuis des années. Avec un niveau d’achèvement estimé à 80%, Virtus peut désormais rapidement achever ces chantiers et disposer à terme d’une capacité de production annuelle de 75 000 tonnes de cathodes de cuivre et 25 000 tonnes d’hydroxyde de cobalt.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L’exploitation des gisements congolais contrôlés par Virtus Minerals devrait contribuer à approvisionner un marché américain qui a consommé 2,2 millions de tonnes de cuivre en 2025, en hausse de 18% en glissement annuel selon les estimations de l’United States Geological Survey. Dans cette prise de contrôle américaine de Chemaf, au détriment de la Chine, il faut aussi voir une nouvelle illustration de la stratégie de rééquilibrage du secteur minier congolais mise en œuvre par Kinshasa.
La RDC cherche depuis un moment à diversifier ses alliances dans le secteur minier et le choix d’un investisseur soutenu par Washington permet d’éviter une concentration accrue des actifs entre les mains d’acteurs chinois, déjà très présents dans le cuivre et le cobalt. Cette orientation fait écho aux accords conclus ces derniers mois entre Kinshasa et Washington autour des minerais critiques. Dans le sillage des initiatives américaines visant à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, plusieurs projets miniers congolais ont été présentés à des investisseurs américains en début d’année 2026 et, à ce titre, le rachat de Chemaf peut être vu comme une étape dans l’implication progressive de Washington dans le sous-sol congolais.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin