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Au Sénégal, le gouvernement vole au secours du riz local

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 11 mars 2026 à 14:30

Si la production sénégalaise de riz est passée de 469 000 t en 2012 à 1,5 million t, la filière locale ne satisfait qu’entre 35% et 40% de la consommation domestique.

Si la production sénégalaise de riz est passée de 469 000 t en 2012 à 1,5 million t, la filière locale ne satisfait qu’entre 35% et 40% de la consommation domestique.

DR

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Le riz est la principale céréale consommée au Sénégal. Face aux importations, la filière locale essaie tant bien que mal de suivre le rythme.

Depuis le 5 mars 2026 au Sénégal, le ministère de l’Industrie et du Commerce accorde une subvention de 50 francs CFA (0,07 euros) par kilogramme aux acheteurs de riz produit localement, afin de faciliter l’intégration de ce produit dans les circuits commerciaux formels. « En tant que garant de l’équilibre entre l’offre et la demande, l’ARM voit en cette subvention un levier essentiel pour stabiliser les prix au consommateur, tout en assurant une juste rémunération aux producteurs nationaux », a déclaré l’Agence de régulation des marchés (ARM).

Quand produire plus ne suffit pas

Ce soutien vient mettre en lumière le casse-tête récurrent de l’écoulement du riz produit localement. Si officiellement, la production sénégalaise de la céréale a triplé depuis 2012, passant de 469 000 tonnes à 1,5 million de tonnes aujourd’hui, la filière locale ne satisfait qu’entre 35% et 40% de la consommation domestique. La faute à une production qui peine à suivre le rythme d’une demande galopante mais aussi à un problème structurel de compétitivité du riz produit sur place.

En effet, même lorsque les qualités organoleptiques du riz local sont reconnues, une grande partie de la clientèle urbaine continue de se tourner vers le riz importé, jugé plus homogène, mieux nettoyé, mieux conditionné (formats de sacs adaptés aux budgets) et disponible de façon régulière, autant de dimensions où les chaînes industrielles d’importation sont très performantes.

À l’inverse, la filière locale reste fragmentée. Le riz paddy est collecté par de multiples intermédiaires, décortiqué dans de petites unités dispersées, ce qui produit souvent un riz moins uniforme que le riz blanchi industriellement, tout en renchérissant les coûts. Selon un rapport du Département américain de l’agriculture (USDA), la succession d’intermédiaires et les frais de transport majorait en 2018 le prix de détail du riz local de 5 000 à 8 000 FCFA (7,6 à 12,2 euros) par tonne sur les grands marchés comme Dakar, contribuant à maintenir un différentiel de prix défavorable par rapport au riz importé.

D’autres efforts en cours pour améliorer la commercialisation

La subvention actuelle s’inscrit dans une série de mesures visant à créer des débouchés plus stables pour les producteurs sénégalais. Fin février, le Premier ministre Ousmane Sonko a demandé aux administrations, établissements publics et agences de privilégier systématiquement le riz d’origine nationale dans leurs achats, afin de constituer une demande institutionnelle capable d’absorber une partie des excédents.

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En novembre 2025, le gouvernement avait déjà décidé, de concert avec les acteurs de la filière, une suspension temporaire (un mois) de la délivrance des déclarations d’Importation de Produits Alimentaires (DIPA) pour le riz, dans le but de réguler le marché et d’écouler les stocks locaux qui s’accumulaient. Ceci à la suite de l’alerte en octobre, des riziculteurs du département de Dagana dans la vallée du fleuve Sénégal sur le risque de voir près de 195 000 tonnes de paddy et de riz usiné de la campagne 2025 rester sans débouchés.

Plus globalement, il faut souligner que le casse-tête pour le riz local au Sénégal vaut aussi pour plusieurs pays ouest-africains comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Nigéria. En plus de la nécessité d’augmentation de la production, la stratégie de la gestion de la qualité de l’offre locale, la coordination des acteurs et le marketing sont des enjeux tout aussi cruciaux dans l’élaboration et le déploiement des politiques d’autosuffisance.

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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