Secteur clé pour les infrastructures, la production de ciment fait face à une pression croissante pour réduire son empreinte carbone. Dans ce contexte, plusieurs pays, dont le Ghana, cherchent à introduire des technologies permettant de concilier croissance industrielle et transition environnementale.
Le Ghana a inauguré début mars une usine présentée comme « la plus grande du monde » de ciment à base d’argile calcinée dans la zone franche industrielle de Tema, pour un investissement de 110 millions de dollars (environ 94 millions d’euros). L’installation est le fruit d’un partenariat entre l’entreprise allemande Heidelberg Materials, un des principaux acteurs mondiaux du ciment, et l’entreprise ghanéenne CBI Ghana Ltd.
La nouvelle unité affiche une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes de ciment.
Présidant la cérémonie d’inauguration, le président ghanéen John Dramani Mahama a salué un projet illustrant, selon lui, la capacité du pays à attirer des investissements industriels d’envergure. « En construisant la plus grande usine au monde utilisant l’argile calcinée ici à Tema, vous consolidez la position du Ghana comme leader de l’avenir industriel du continent », a-t-il déclaré.
Réduire les émissions et les importations
L’argile calcinée est obtenue en chauffant de l’argile riche en kaolinite à haute température afin d’obtenir une poudre très réactive pouvant remplacer une partie du clinker dans le ciment. Cette innovation permet de réduire l’empreinte carbone d’une industrie responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO₂.
« Cette innovation constitue une avancée significative à la fois pour la croissance industrielle et pour la responsabilité environnementale », s’est félicité le chef de l’Etat. Le recours à l’argile locale devrait également permettre au Ghana de réduire sa dépendance aux importations de clinker, un objectif jugé stratégique pour l’économie nationale. Selon les autorités ghanéennes, la substitution partielle de ce composant pourrait réduire de plus de 10% les importations associées à la production de ciment, tout en maintenant davantage de valeur ajoutée dans l’économie locale.
La transformation de l’argile dans l’usine de Tema repose en partie sur l’utilisation du gaz naturel produit au Ghana, notamment via l’approvisionnement de Ghana Gas et de l’usine de traitement d’Atuabo. Cette intégration énergétique vise à réduire les coûts de production tout en renforçant l’ancrage local de la chaîne industrielle.
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Dans ce cadre, les autorités ghanéennes indiquent avoir récemment signé deux nouveaux mémorandums d’entente avec les partenaires du champ pétrolier Jubilee, afin de mobiliser 2 milliards de dollars d’investissements supplémentaires dans l’amont pétrolier et gazier et d’accroître les volumes de gaz disponibles.
Un secteur stratégique pour les infrastructures
L’inauguration de cette usine intervient dans un contexte où le secteur du ciment occupe une place centrale dans les politiques économiques du pays, en raison de son rôle dans la construction et le développement des infrastructures.
Fin 2024, les prix du ciment avaient fortement augmenté au Ghana. Selon le président Mahama, les mesures de stabilisation macroéconomique et le dialogue engagé avec les industriels ont depuis permis une amélioration de la situation. Les prix auraient ainsi reculé d’environ 20% à partir de juillet 2025, tandis que l’inflation dans le secteur de la construction est tombée à 3,9% en glissement annuel en janvier 2026.
Pour l’exécutif, ces évolutions témoignent du rôle que peut jouer l’industrie locale dans la stabilisation des coûts et le soutien au développement des infrastructures. Dans le cadre du « 24 Hour Economy Program », qui vise à stimuler la croissance et l’industrialisation en encourageant une activité économique continue, la nouvelle usine devrait également contribuer à la création d’emplois et au renforcement du secteur manufacturier. Le gouvernement ghanéen ambitionne de porter la contribution de l’industrie manufacturière à 15% du PIB d’ici 2030.
La ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Agribusiness, Elizabeth Ofosu-Adjare, a pour sa part réaffirmé l’objectif de faire du Ghana « la destination manufacturière la plus compétitive d’Afrique de l’Ouest ».