Baisse du dollar face à l’euro, détente des taux : pourquoi la BCEAO voit ses profits fléchir malgré un bilan record

La BCEAO affiche un bilan historique en 2025.
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La BCEAO affiche un bilan historique en 2025.
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La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) affiche en 2025 un résultat net de 588 milliards FCFA (897 millions d’euros), en recul de 14% sur un an. Une contre-performance relative qui tranche avec la solidité apparente de ses comptes, et qui s’explique avant tout par un facteur exogène : la dépréciation du dollar face à l’euro.
Dans une zone monétaire où le franc CFA est arrimé à la monnaie européenne à parité fixe, toute variation de l’euro par rapport aux autres devises affecte directement les comptes de la Banque centrale. Or, en 2025, le billet vert a cédé plus de 11% face à l’euro. Résultat : les actifs libellés en dollars détenus par la BCEAO ont perdu de la valeur en franc CFA, provoquant un basculement du résultat de change.
Celui-ci bascule ainsi dans le rouge, à -30 milliards FCFA, contre +62 milliards FCFA un an plus tôt. Une dégradation de 92 milliards FCFA qui illustre la sensibilité structurelle de l’institution aux fluctuations monétaires internationales, malgré l’ancrage fixe du franc CFA à l’euro. Dans le détail, les gains de change réalisés se sont effondrés, passant de 245 milliards à 51 milliards FCFA, tandis que les pertes latentes sur les positions en devises ont fortement augmenté. Ces pertes, bien que non réalisées, traduisent une dévalorisation du portefeuille en monnaies étrangères de la Banque centrale, et mettent en lumière l’exposition indirecte de la zone à la volatilité du dollar.
Pour atténuer cet impact, l’institution a mobilisé un mécanisme prudentiel clé : la réserve de réévaluation des devises. En puisant 40 milliards FCFA dans ce « coussin » constitué lors des périodes favorables, la BCEAO a pu lisser l’effet du choc de change sur son compte de résultat. Un amortisseur qui souligne l’importance des règles de gestion adoptées par l’Union depuis 2016 pour faire face à la volatilité des marchés, mais qui ne peut, à lui seul, neutraliser des mouvements de change de grande ampleur.
Sans l’effet favorable de l’or, la photographie financière de la BCEAO aurait été nettement plus dégradée. Portées par la hausse des cours internationaux, ses réserves en métal précieux ont progressé de 44% en valeur pour atteindre 3 640 milliards FCFA. La revalorisation de ces actifs a généré plus de 1 100 milliards FCFA de plus-values latentes, offrant un contrepoids significatif à la dégradation des revenus de change.
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Conformément aux normes comptables internationales IFRS, ces gains ne sont pas intégrés dans le résultat net, mais dans les autres éléments du résultat global. En conséquence, le résultat global de la BCEAO ressort en hausse de 10%, à 1 711 milliards FCFA, tandis que le total de son bilan atteint un niveau inédit de 40 595 milliards (+24%). Autrement dit, l’institution s’enrichit sur le plan patrimonial, malgré une rentabilité en repli, illustrant le décalage classique entre performance comptable et solidité financière.
À ce facteur externe s’ajoute une décision de politique monétaire aux effets directs sur les revenus de la Banque centrale. En juin 2025, le Comité de politique monétaire a abaissé ses taux directeurs de 25 points de base, dans un contexte de ralentissement des tensions inflationnistes au sein de l’UEMOA. Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à soutenir la dynamique de crédit dans la région.
Cette détente monétaire, destinée à faciliter l’accès au financement et accompagner une croissance régionale estimée à 6,7%, a toutefois un coût : les revenus issus des opérations de refinancement bancaire reculent de 18%, à 396 milliards FCFA sur l’exercice. En abaissant ses taux, la BCEAO réduit mécaniquement la rémunération de ses prêts aux banques commerciales, ce qui pèse sur ses marges à court terme.
Au final, les comptes 2025 traduisent une équation classique pour une Banque centrale : naviguer entre stabilité financière, contraintes externes et soutien à l’économie réelle. Si la BCEAO affiche aujourd’hui un bilan renforcé et des fondamentaux solides, sa performance rappelle que, même dans un système de change fixe, les équilibres restent exposés aux dynamiques monétaires globales et aux arbitrages de politique économique.