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Cuivre : la RDC produit, la Chine contrôle

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 11 mars 2026 à 12:30

La RDC se classe désormais au 2e rang mondial des producteurs de cuivre, derrière le Chili et devant le Pérou.

La RDC se classe désormais au 2e rang mondial des producteurs de cuivre, derrière le Chili et devant le Pérou.

Beruim Group

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Devenue le deuxième producteur mondial de cuivre en 2025, la République démocratique du Congo s’impose comme un acteur clé de l’offre mondiale. Mais derrière cette montée en puissance, l’essentiel de l’extraction, des flux commerciaux et du raffinage reste contrôlé par la Chine, tandis que les États-Unis tentent difficilement de s’imposer dans ce secteur stratégique.

Selon les chiffres de l’U.S. Geological Survey (USGS) dans le Mineral Commodity Summaries 2026,  la République démocratique du Congo a produit un volume estimé à 3,2 millions de tonnes de cuivre en 2025, la plaçant juste derrière le Chili. Cette performance représente environ 14% de la production mondiale, qui se situerait autour de 23 millions de tonnes sur la période. Cette proportion est significative, mais elle place d'emblée la RDC dans son contexte réel : ni marginal ni dominante. Le Chili conserve sa mainmise sur environ 24% de l'offre planétaire, le Pérou est troisième avec 12%. Pourtant, cette apparente domination congolaise est à nuancer fortement.

L'ascension de la RDC est indéniable. Alors que d'autres grands producteurs — le Chili, le Pérou, voire la Chine — ont vu leur extraction minière stagner ou légèrement reculer en 2025, la RDC a enregistré une croissance de 7% en un an. Au cours des quatre dernières années, les exportations de cuivre métallique congolais ont presque doublé, passant de 1,8 million de tonnes en 2021 à 3,41 millions de tonnes en 2025, selon les statistiques de la Commission Interministérielle d'Harmonisation et de Consolidation des Statistiques Minières (CTCPM) de la RDC. Cette progression constante — bien que légèrement décélérante en pourcentage — ajoute chaque année environ 300 000 tonnes supplémentaires aux flux mondiaux. Mais derrière ces volumes impressionnants se cache une mainmise chinoise quasi-totale sur l'extraction et la commercialisation. La croissance des exportations congolaises n'est pas le fruit d'une stratégie industrielle nationale autonome : elle résulte directement de décisions d'investissement prises à Pékin, à Shanghai et à Hong Kong.

Une dimension souvent négligée dans l'analyse complète du potentiel congolais est l'effet du prix sur les gisements dormants. Le cours moyen au COMEX a atteint un record de 4,80 dollars la livre en 2025, en hausse de 14% par rapport à 2024. Si cette tendance haussière se maintient — portée par la demande mondiale liée à la transition énergétique et à l'essor de l'IA —, de nombreux gisements congolais aujourd'hui considérés comme non viables deviendraient économiquement exploitables. La RDC, avec ses 80 000 kilotonnes de réserves prouvées (8,2 % des réserves mondiales, USGS 2026), pourrait voir son potentiel productif s'accroître considérablement. La question cruciale sera alors de savoir qui contrôlera ces gisements dormants lorsqu'ils deviendront rentables. Sans réforme de la gouvernance minière, la réponse risque d'être identique à celle d’aujourd'hui.

Derrière les volumes, l'hégémonie opérationnelle chinoise

Les statistiques détaillées des exportations de cuivre par entreprise en 2025, compilées par la CTCPM, révèlent l'ampleur de cette domination. Dix-neuf entreprises à capitaux majoritairement chinois ont exporté environ 2,11 millions de tonnes de cuivre métal, soit 62 % des exportations totales du pays.

Le groupe CMOC, à travers ses mines de Tenke Fungurume (TFM) et de Kisanfu, a, à lui seul, expédié 747 468 tonnes — soit 21,9 % du total national. Notons que l'actionnaire principal de CMOC est CATL, numéro un mondial des batteries pour véhicules électriques : la verticale allant de l’extraction congolaise à la transition énergétique chinoise est parfaitement intégrée.

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Si l'on consolide la production sous contrôle chinois en RDC avec la production minière domestique de la Chine, Pékin contrôle en réalité quelque 3,8 millions de tonnes de cuivre, soit 16,5 % de la production mondiale — bien au-delà des 7,8% que suggèrent ses seules statistiques nationales. La RDC agit donc moins comme un producteur souverain que comme un espace  externalisé de l'appareil productif chinois.

Cette dépendance se confirme au niveau des destinations. En 2025, la Chine continentale et Hong Kong ont absorbé plus de 3 millions de tonnes de cuivre congolais, soit environ 89 % des exportations totales. Les États-Unis, en comparaison, n'ont reçu qu'une seule expédition de 1 103 tonnes en février 2025 — un chiffre qui illustre à lui seul le déséquilibre de la situation. La quasi-totalité du cuivre congolais est ainsi dirigée vers la Chine, qui dispose par ailleurs d'une capacité de raffinage de 14 millions de tonnes par an — soit 48% de la capacité mondiale. Cela lui permet de transformer le minerai congolais en produits finis à haute valeur ajoutée, renforçant ainsi son contrôle sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'extraction au composant industriel fini.

Dans la pratique, la dépendance des exportations de cuivre de la RDC à l'égard de la Chine n'est pas une simple question de prix ou de proximité logistique. Elle est contractuellement ancrée dans les structures de gouvernance des joint-ventures et dans les accords de financement qui lient l'extraction au débouché — parfois pour des durées de 25 à 30 ans.

La contre-offensive américaine : symbolique ou structurante ?

Face à cette hégémonie, les États-Unis ont engagé une contre-offensive. Le cuivre a été classé comme minéral critique par les autorités américaines en novembre 2025, soulignant son importance stratégique pour la transition énergétique et les technologies modernes. Un partenariat stratégique RDC–États-Unis a été signé le 4 décembre 2025 à Washington, prévoyant notamment qu'un droit de premier refus sera accordé aux acheteurs américains sur les volumes commercialisables des entreprises d'État congolaises. Le signal le plus concret est venu en janvier 2026 : l'annonce de l'expédition prévue de 100 000 tonnes de cuivre vers les États-Unis au cours de l'année 2026, via une coentreprise entre la Gécamines — entreprise minière d'État congolaise — et le négociant suisse Mercuria, soutenue par la U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Pour la première fois, Gécamines a exercé son droit contractuel de racheter sa quote-part (20%) de la production de la mine TFM pour la rediriger vers le marché américain, via sa nouvelle filiale commerciale, Gécamines Trading.

La société d'État vise, au final, à obtenir des droits de vente sur 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt. Cependant, sa production directe reste modeste : seulement 7 386 tonnes exportées en propre en 2025. Autrefois l'un des plus grands producteurs mondiaux, Gécamines s'est réinventée en devenant un intermédiaire commercial de ses propres ressources nationales, rachetant sa quote-part dans des joint-ventures dominées par des opérateurs étrangers. Ce rééquilibrage comporte une ironie difficile à esquiver. Les 100 000 tonnes destinées aux États-Unis proviennent de la mine TFM, détenue à 80 % par le chinois CMOC. Washington diversifie ses approvisionnements en cuivre provenant d'un site exploité par ses adversaires stratégiques.

Plus encore, ces 100 000 tonnes ne représentent que 2,9% des exportations totales de 2025 — un volume encore marginal face à l'emprise chinoise. L'arrivée de la société américaine Virtus Minerals, qui a finalisé en février 2026 le rachat d'actifs de cuivre et de cobalt pour 930 millions de dollars, et le renouvellement de la direction de la Gécamines témoignent d'une dynamique nouvelle. Mais ces initiatives se heurtent à des obstacles structurels profonds : une infrastructure logistique historiquement orientée vers l'Asie, des accords miniers accordant des exonérations fiscales aux entreprises chinoises jusqu'en 2040, et des opérateurs solidement implantés depuis plus d'une décennie.

Le premier sous-traitant minier de Chine peut-il s'émanciper ?

La rivalité sino-américaine pour le cuivre congolais est bien engagée, mais le rapport de force demeure très déséquilibré. La Chine contrôle l'essentiel de la production et des flux — 62 % des exportations, 89% des destinations, 48% du raffinage mondial —, tandis que les États-Unis tentent de s'imposer depuis une position de départ quasi nulle. L'empreinte chinoise est contractuellement ancrée pour 15 à 30 ans dans les accords de joint-venture et les prêts adossés aux ressources. Elle ne se dissout pas par décret. Le raffinage reste intégralement entre les mains chinoises : même si le cuivre physique change de destination, Pékin conserve la main sur la transformation à valeur ajoutée et donc sur les marges industrielles réelles.

Deux facteurs pourraient cependant accélérer la recomposition du paysage. D'abord, la hausse structurelle des prix du cuivre rend économiquement viables des gisements congolais jusqu'ici ignorés, ouvrant la porte à de nouveaux acteurs potentiellement occidentaux. Ensuite, la réforme minière congolaise en cours depuis 2023 vise à imposer davantage de transformation locale et à élargir les droits de commercialisation des entités de l'État, ce qui pourrait progressivement inverser la logique purement extractiviste.

La capacité de la RDC à tirer parti de cette compétition pour maximiser ses revenus et diversifier ses partenariats dépendra avant tout de sa capacité à réformer en profondeur son secteur minier et à imposer un actionnariat plus diversifié sur les gisements dormants qui deviendront rentables demain.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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