Diamants : le Botswana accélère dans le dernier virage pour conquérir De Beers

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Près de 70% des diamants de De Beers proviennent de Debswana, coentreprise détenue à parts égales avec le Botswana.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Près de 70% des diamants de De Beers proviennent de Debswana, coentreprise détenue à parts égales avec le Botswana.
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Le calendrier ne doit rien au hasard. Alors qu'Anglo American a fixé au 16 avril prochain la date limite pour la réception des offres en vue de céder 85% du capital de sa filiale De Beers, le président botswanais Duma Boko a entamé dimanche 12 avril une visite de travail de trois jours à Oman. Le sultanat qui borde la mer d’Arabie est en effet l’un des partenaires potentiels avec lesquels Gaborone pourrait s’allier pour prendre le contrôle du géant du diamant, dont il est déjà actionnaire à 15%.
En septembre 2025, le président botswanais a confié à Bloomberg que son gouvernement était en discussion avec un fonds souverain omanais pour cofinancer l'acquisition d'une participation majoritaire dans De Beers. La dynamique engagée s’accélère aujourd'hui, au moment où la fenêtre d’opportunité se referme pour Gaborone.
De Beers n'est pas une cible ordinaire. Cofondé à la fin du 19e siècle en Afrique du Sud, le groupe dispute au russe Alrosa le titre de premier producteur mondial de diamants bruts. Si ses mines sont réparties dans plusieurs pays, dont le Canada et la Namibie, c'est au Botswana que bat le cœur de son activité. De Beers y extrait près de 70% de la production de diamants via Debswana, la coentreprise détenue à parts égales entre l'État et De Beers. Ce poids explique que Gaborone ne se considère pas comme un candidat parmi d'autres, mais comme un prétendant prioritaire qui aspire à devenir l’actionnaire majoritaire du groupe.
Le Botswana détient 15% du capital de De Beers et dispose de droits de préemption sur la totalité de la participation d'Anglo American. Mais l’actionnaire minoritaire actuel n’est pas le seul intéressé puisque l'Angola et la Namibie souhaitent des participations minoritaires dans le groupe. Au moins trois groupes privés seraient en lice : l'un conduit par l'ancien directeur général de De Beers, Gareth Penny, un autre par le vétéran australien des mines, Michael O'Keeffe, et un troisième par le négociant en diamants, Nir Livnat.
C'est dans cette configuration que s'inscrit la mission omanaise. Le cas De Beers n'est pas officiellement évoqué dans l'agenda du président Boko, mais le communiqué de la présidence précise que le chef de l'État botswanais et son hôte, le sultan Haïtham ben Tariq, doivent parapher trois accords de coopération portant notamment sur les ressources minérales.
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L'équation financière est néanmoins périlleuse. En février 2026, Anglo American a procédé à une troisième dépréciation en deux ans sur De Beers, ramenant la valeur comptable du groupe à 2,3 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros). Le recul est le reflet d'un marché en crise profonde, où les prix des diamants bruts ont fortement chuté sous l'effet conjugué de l'essor des pierres de synthèse et d'un repli généralisé de la demande dans un contexte macroéconomique mondial difficile.
Le Botswana lui-même est fragilisé. En mars 2026, S&P Global Ratings a abaissé sa note souveraine à BBB-, perspective négative, la maintenant de justesse en catégorie investissement. Le pays vient d’enchaîner deux années de récession, avec -2,8% en 2024 et -0,4% en 2025, alors que le déficit budgétaire a culminé à 9,3% du PIB lors de l'exercice 2025-2026. Pour Edahn Golan, analyste reconnu de l'industrie diamantaire, une prise de contrôle de De Beers permettrait certes à Gaborone d'élargir son emprise sur la chaîne de valeur. Mais l'opération entrerait en contradiction directe avec l'objectif de diversification économique que le gouvernement affiche depuis plusieurs années.
« Le Botswana pourrait manquer de perspicacité en se lançant à corps perdu dans l'exploitation d'une ressource limitée. Il doit tirer parti de sa richesse en diamants pour investir dans son avenir à long terme. À de rares exceptions près, les gouvernements ne font pas de bons opérateurs économiques », avertit-il.
Les prochains jours s'annoncent décisifs, mais le dépôt des offres du 16 avril ne sera qu'une étape dans la bataille au sommet qui se joue pour De Beers. Des questions fondamentales resteront entières bien après cette échéance, à commencer par celle qui conditionne tout le reste : comment reconquérir des consommateurs que les diamants de synthèse séduisent désormais autant que les pierres naturelles ? Sans réponse convaincante à cette question, le futur propriétaire du groupe, quel qu'il soit, pourrait bien hériter d'un géant aux pieds d'argile.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin