Premier producteur d'huile de palme d'Afrique de l'Ouest, PALMCI, fleuron du groupe agroalimentaire SIFCA contrôlé par la famille Billon, clôture 2025 sur un quatrième recul consécutif de son bénéfice net. La hausse des cours mondiaux et locaux, pourtant réelle, n'a pas suffi à compenser l'envolée des coûts.
L'année 2025 avait pourtant commencé sous de bons auspices pour la filiale du groupe ivoirien SIFCA, cotée à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. Au premier trimestre, les ventes progressaient nettement et le bénéfice net bondissait de 65%. La direction anticipait alors une amélioration sensible sur l'ensemble de l'exercice, à une condition explicite : que les prix de vente se maintiennent à leur niveau élevé. Cette condition ne s'est pas réalisée. Trimestre après trimestre, la dynamique s'est érodée — de 65% à 37%, puis à 11% à fin septembre — pour finalement déboucher sur un résultat net légèrement inférieur à celui de 2024, aux alentours de 24 millions d'euros. Dans le même temps, le chiffre d'affaires progressait d'environ 15%, dépassant les 300 millions d'euros. Vendre plus pour gagner moins : le paradoxe résume à lui seul l'exercice.
Ce décalage entre la croissance de l'activité et la baisse de rentabilité tient à la structure même du modèle économique de PALMCI.
L'entreprise vend une huile brute dont les prix suivent les marchés internationaux, mais elle s'approvisionne en régimes de palme auprès d'un vaste réseau de planteurs villageois — qui fournissent environ 60 % de la matière première traitée — et dont la rémunération est elle aussi indexée sur ces mêmes cours. Lorsque les prix montent, les recettes augmentent, mais les achats de matières premières augmentent encore plus vite. En 2025, ces achats ont progressé de plus de 50 %, comprimant les marges à chaque étage de la chaîne. Les charges de personnel, revalorisées, ont ajouté une pression supplémentaire. Le résultat d'exploitation a reculé d'environ 6 %, alors même que l'entreprise vendait davantage et à de meilleurs prix.
Quand le groupe tout entier est pris en étau
À cette dynamique de coûts s'ajoute une contrainte structurelle qui dépasse le seul cadre de PALMCI. La majorité de l'huile brute qu'elle produit est cédée à SANIA, filiale de raffinage du même groupe SIFCA, qui la commercialise ensuite sur le marché local sous plusieurs marques connues. Or l'État ivoirien encadre le prix de vente de l'huile raffinée au consommateur final, au nom de l'accessibilité alimentaire. Ce plafonnement des prix en aval signifie que SANIA ne peut pas absorber des hausses de prix d'achat en les répercutant sur ses clients.
Si PALMCI vend plus cher à SANIA, cela pénalise la raffinerie, qui paie plus cher mais ne peut pas augmenter ses propres prix pour équilibrer. L'ensemble de la chaîne se retrouve ainsi coincé entre des coûts d'intrants dictés par les marchés mondiaux et des prix de vente finaux rigidifiés par la régulation publique. Dans ce contexte, chaque hausse des cours agit comme un mécanisme à double tranchant : elle soutient les revenus de PALMCI, mais elle alimente simultanément une pression que ni la filiale ni le groupe ne peuvent pleinement absorber.
Cette pression durable sur les marges se reflète directement dans la politique de distribution aux actionnaires. Le dividende versé par action a été divisé par près de trois entre 2021 et 2025, passant d'environ deux euros à moins de soixante-dix centimes. Pour le groupe SIFCA, actionnaire majoritaire, comme pour les actionnaires minoritaires présents sur la BRVM, la tendance est désormais installée : chaque exercice depuis 2022 a distribué moins que le précédent. Le titre PALMCI a néanmoins résisté en bourse, soutenu par la conviction que la filière conserve un potentiel structurel solide. Mais cette conviction ne produit plus de rendement
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Un recul, mais pas un déclin ?
Il serait cependant réducteur de lire ces quatre années uniquement comme un déclin. Le chiffre d'affaires a retrouvé en 2025 un niveau proche de son pic historique, la trésorerie opérationnelle s'est améliorée, les stocks ont été réduits, et l'entreprise a poursuivi son expansion en acquérant de nouvelles plantations pour renforcer sa base productive. PALMCI demeure, de loin, le premier producteur d'huile de palme brute d'Afrique de l'Ouest, avec environ 70% de la production ivoirienne. La question centrale n'est cependant plus celle des volumes. Elle est celle des marges. Tant que le prix des régimes achetés aux planteurs restera indexé aux cours mondiaux et que les prix de vente en aval continueront d'être encadrés, la capacité de PALMCI à restaurer durablement sa rentabilité restera étroite. Le marché et les parties prenantes suivront désormais les prochaines hausses de prix. Si elles se confirment, il faudra voir si elles produisent le même effet ambivalent qu'en 2025 : soutenir l'activité sans restaurer la profitabilité.