Alors que ses marchés historiques européens arrivent à maturité, Orange déplace son centre de gravité vers la région Afrique et Moyen-Orient. Une stratégie qui passe entre autres par un accroissement de sa base de clients sur les segments data, mobile money, services d’entreprise, ainsi que par une efficacité opérationnelle.
Orange change d’échelle sur ses marchés émergents. A Casablanca, au Maroc, le 8 avril, le groupe télécoms français a présenté son nouveau plan stratégique « Trust the future » à la presse, avec une ambition claire : faire de l’Afrique et du Moyen-Orient un moteur renforcé de sa croissance d’ici 2030. À la clé, près de 5 milliards d’euros d’investissements prévus sur trois ans dans ces régions, ainsi qu’une offensive sur les infrastructures, les services financiers mobiles, le cloud et les plateformes numériques.
Pour la directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, cette nouvelle étape s’appuie sur une base financière jugée suffisamment solide. Le groupe revendique plus de 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, ainsi qu’une génération de cash et un bilan lui permettant de financer une nouvelle phase d’expansion. Après un cycle orienté vers la simplification et l’exécution, Orange veut désormais remettre l’accent sur la croissance, en ciblant des activités à plus forte valeur ajoutée.
Connectivité et services innovants
La feuille de route en Afrique et au Moyen-Orient repose sur trois leviers économiques. Le premier est la proximité client. Il concerne la disponibilité des services au plus près des utilisateurs, avec pour objectif l’élargissement de la base clients. Orange veut gagner 40 millions d’abonnés supplémentaires d’ici 2028. L’enveloppe d’investissement annoncée doit ainsi financer plus de 15 000 sites en zones rurales et doubler les capacités de fibre optique.
Le deuxième pilier de la stratégie porte sur la croissance par l’innovation, en capitalisant sur les nouveaux relais de croissance. Orange vise 20 millions d’utilisateurs mensuels actifs supplémentaires pour Orange Money, 50 millions pour sa super-application Max it, un million pour son service Orange Energies et une progression annuelle moyenne de 10 % de ses revenus B2B, tirés en particulier par le cloud et la cybersécurité.
En 2025, l’opérateur revendiquait 179 millions de clients dans ses 17 marchés africains ainsi qu’en Jordanie, soit une hausse de 14 millions en un an. Il comptait également plus de 90 millions de clients 4G, tandis que la 5G était disponible sur 7 marchés : l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, le Sénégal, le Botswana et Madagascar. Le parc fibre et haut débit fixe totalisait, lui, 4,8 millions de clients.
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Le troisième pilier, l’excellence à grande échelle, relève de la productivité. La généralisation de l’IA dans la gestion de la relation client et des réseaux doit générer au groupe plus de 600 millions d’euros de valeur d’ici 2028, tandis que l’optimisation des achats devrait permettre 1 milliard d’euros d’économies.
Une région à fort potentiel
Le choix de la région Afrique et Moyen-Orient (OMEA) comme moteur de la croissance future d'Orange n’est pas anodin. Elle joue déjà un rôle déterminant dans les performances financières du groupe. En 2024, OMEA a ainsi été le principal contributeur à sa croissance financière, avec un chiffre d’affaires de 7,6 milliards d’euros, en hausse de 11,1% par rapport à 2023, pour un EBITDAaL (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement et après frais de location) en croissance de +13,1%.
En 2025, même cas de figure : OMEA a été le principal contributeur à la progression du groupe télécoms, avec 8,4 milliards d’euros de revenus, en hausse de 12,2 %. L’EBITDAaL a également progressé de 13,9 %. Orange mise également sur la région compte tenu de ses fondamentaux structurels. Yasser Shaker, le directeur général d’OMEA, évoque une population à majorité jeune, avec un âge moyen proche de 20 ans, et un taux de non-bancarisation encore élevé, estimé à 45 % de la population.
À cela s’ajoutent une progression rapide des usages numériques, une adoption croissante des services fondés sur la data ainsi que des réseaux 4G et 5G, un essor continu des services financiers mobiles, et une demande accrue pour des solutions utiles, accessibles et ancrées dans les usages locaux. Le groupe parie également sur l’effet macroéconomique des télécoms. Une hausse de 10 % de la pénétration mobile peut générer environ 2 % de croissance du PIB dans la région, soit un impact supérieur à la moyenne mondiale.
Proximité sociale
Derrière ces investissements, Orange n’écarte pas pour autant la dimension extra-financière de son modèle destiné à consolider son image de partenaire de confiance en Afrique. Il met en avant ses 53 Orange Digital Centers (ODC) présents dans les 17 marchés africains d’Orange et en Jordanie. En partenariat avec 167 universités, ils ont déjà contribué à former 1,4 million de personnes dont 42% de femmes, et accompagné 450 startups, dont 24 financées par Orange Ventures.
D’ici 2030, les ODC visent un million supplémentaire de personnes formées aux compétences numériques. Sur le plan climatique, Orange maintient sa cible de neutralité carbone à l’horizon 2040, avec une étape intermédiaire de réduction de 45 % des émissions d’ici 2030. « Nos enfants se demandent si le monde que nous construisons vaut la peine. C’est notre engagement de façonner un futur dont nous serons fiers », a déclaré Christel Heydemann.
Au-delà du discours institutionnel, le message adressé aux marchés est clair. Orange entend faire de l’Afrique et du Moyen-Orient un espace de croissance prioritaire, à la fois pour élargir sa base de clients, accélérer dans les services numériques, améliorer son efficacité opérationnelle et consolider la crédibilité de sa marque.