Avec pour plus de 2,7 milliards d'euros de projets annoncés dans les engrais, le Zimbabwe cherche à réduire sa dépendance aux importations et à relancer son industrie. Pour la Chine, ces investissements renforcent l'ancrage dans une chaîne de valeur devenue stratégique.
Le Zimbabwe a annoncé plusieurs projets d’usines d’engrais portés par des investisseurs chinois, pour plus de 3,2 milliards USD, soit plus de 2,7 milliards d'euros. Au-delà de l’agriculture, ces initiatives traduisent la volonté du pays d'Afrique australe de reconstruire une base productive locale, tandis que Pékin consolide ses positions dans des secteurs devenus stratégiques à l’échelle mondiale.
Un enjeu de redressement industriel
Harare veut faire des engrais un levier de redressement industriel. À travers plusieurs annonces relayées par le ministère de l’Industrie et du Commerce, les autorités ont indiqué être en discussions avancées avec des investisseurs étrangers pour développer de nouvelles capacités locales de production d’urée, d’ammoniac et d’engrais composés.
Le projet le plus ambitieux concerne Jinfeng Chemical Investments Pvt Ltd, qui prévoit un investissement de 3 milliards USD (environ 2,551 milliards d'euros) dans un complexe intégré combinant engrais, chimie, sidérurgie et infrastructures ferroviaires. Selon le gouvernement, le site produira chaque année 500 000 tonnes d’ammoniac, 520 000 t d’urée et 600 000 t d’engrais composés. Une centrale thermique de 900 MW est également envisagée pour couvrir les besoins énergétiques du projet.
Un autre projet, porté par Xintai (Palm River Resources) Pvt Ltd, représente 200 millions USD (environ 170 millions d'euros). Il viserait une capacité annuelle de 200 000 tonnes d’urée et 200 000 tonnes de nitrate d’ammonium, avec un lancement de la production annoncé pour février 2027.
Pour Harare, réduire la dépendance extérieure
Pour le Zimbabwe, l’enjeu immédiat est économique. Le pays reste dépendant des importations d’intrants agricoles, alors que l’agriculture demeure centrale dans l’emploi et les revenus ruraux. Selon les données commerciales compilées par Trading Economics, le Zimbabwe a importé pour environ 331 millions USD (environ 281,4 millions d'euros) d’engrais en 2024.
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Développer une production locale permettrait donc de réduire la facture extérieure, préserver les réserves en devises et sécuriser l’approvisionnement des exploitants face à la volatilité mondiale des prix. Mais Harare poursuit aussi un objectif plus large : relancer l’industrie nationale. Le fait d’associer engrais, acier, énergie et rail dans un même schéma montre une volonté de recréer des chaînes de valeur domestiques plutôt que d’additionner des projets isolés.
Ces annonces s’inscrivent dans une stratégie plus vaste du Zimbabwe consistant à attirer des capitaux productifs et à favoriser la transformation locale. Le pays cherche depuis plusieurs années à ne plus apparaître uniquement comme un exportateur de matières premières, mais comme une plateforme industrielle régionale. Cette logique est visible dans le secteur minier, où il pousse déjà la transformation locale du lithium et d’autres minerais stratégiques.
Pour Pékin, élargir son ancrage stratégique
Pour Pékin, l’intérêt dépasse le seul marché zimbabwéen. La Chine est déjà un acteur majeur dans l’économie locale, notamment dans les mines. Reuters rappelait récemment que des groupes chinois ont investi plus de 1,4 milliard USD (environ 1,19 milliards d'euros) dans le lithium zimbabwéen depuis 2021.
Les projets d’engrais permettent ainsi aux investisseurs chinois d’étendre leur présence vers un autre secteur stratégique : les intrants agricoles. Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations logistiques et la sensibilité croissante des prix alimentaires, la maîtrise de capacités de production d’engrais devient un enjeu d’influence économique. Les marchés mondiaux restent en effet exposés aux chocs extérieurs. En mars 2026, l’International Fertilizer Development Center signalait une hausse rapide des prix de l’urée liée aux tensions régionales au Moyen-Orient.
Reste que ces projets sont encore au stade de l’annonce ou du pré-déploiement. Leur concrétisation dépendra de plusieurs facteurs : financement effectif, stabilité réglementaire, accès durable à l’énergie et capacité à tenir les calendriers annoncés. Si ces conditions sont réunies, le Zimbabwe pourrait réduire sa dépendance aux importations tout en réactivant son appareil industriel.
Pour la Chine, il s’agirait d’une nouvelle démonstration de sa stratégie africaine actuelle : consolider sa présence sur les maillons clés des chaînes de valeur, des minerais à l’énergie, et désormais aux engrais.