Après des années de blocages et d’incertitudes, le projet pétrolier offshore Bonga Southwest Aparo refait surface dans un contexte où le Nigeria multiplie les réformes pour restaurer l’attractivité de son secteur pétrolier et relancer les investissements.
Le président nigérian Bola Tinubu a approuvé, mardi 10 mars, un dispositif ciblé d’incitations fiscales destiné à débloquer la décision finale d’investissement (FID) sur le projet pétrolier offshore Bonga Southwest Aparo (BSWA). Ce développement représente environ 20 milliards de dollars (17,3 milliards €) d’investissements et vise une production d’environ 150 000 barils de pétrole et 140 millions de pieds cubes standards de gaz par jour.
Selon la société publique du pétrole (NNPC), cette initiative vise à lever les blocages qui freinent depuis près de 20 ans ce projet situé en eaux profondes au large du delta du Niger, dans le bloc offshore profond OML 118. Le champ est opéré par la filiale locale de Shell (SNEPCo), qui détient actuellement 65 % du site, tandis qu’ENI possède 15 % et ExxonMobil 20 %.
Ce sera la première FID concernant un actif en eaux profondes sous contrat de partage de production au Nigeria, depuis 2008.
Un cadre fiscal renforcé pour relancer un projet retardé
Le paquet d’incitations approuvé par la présidence comprend notamment un crédit d’impôt optimisé sur la production ainsi que la résolution du litige lié à l'accord de règlement de 2021. Selon les autorités nigérianes, ces mesures doivent créer un cadre fiscal plus compétitif pour les investisseurs tout en préservant les intérêts financiers de l’État. Le président Tinubu a précisé que ces incitations ne constituent pas des concessions générales, mais des mesures ciblées et conditionnées à l’investissement, destinées à soutenir l’afflux de nouveaux capitaux, la production additionnelle et le développement du contenu local.
Malgré son potentiel, le projet a été reporté à plusieurs reprises. La chute des prix du pétrole à partir de 2014, les arbitrages d’investissement des compagnies pétrolières et des incertitudes contractuelles et fiscales ont contribué à retarder sa mise en œuvre. L’approbation intervient après plusieurs mois de négociations techniques et commerciales impliquant la NNPC, les autorités fiscales nigérianes, la conseillère présidentielle pour l’énergie, Olu Verheijen, et la direction de Shell.
La décision pourrait ainsi marquer un tournant pour l’industrie pétrolière du pays, fragilisée ces dernières années par l’instabilité réglementaire, les retards dans la mise en œuvre des réformes et la concurrence d’autres destinations d’investissement.
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Les autorités espèrent que le projet contribuera à restaurer la confiance des investisseurs internationaux dans les actifs en mer nigérians. Selon la NNPC, le développement du champ pourrait générer plus de 5 000 emplois directs et indirects.
Un développement au cœur de la stratégie de relance pétrolière
BSWA s’inscrit dans une stratégie plus large visant à relancer l’investissement dans l’industrie pétrolière et gazière. Depuis 2023, l’administration Tinubu a engagé plusieurs réformes pour améliorer l’attractivité du secteur, notamment l’introduction d’incitations fiscales pour les projets en eaux profondes et gaziers, la réduction des barrières à l’entrée dans les appels d’offres pétroliers et la révision de certains mécanismes fiscaux du code pétrolier de 2021.
Dans cette dynamique, Abuja a également lancé en décembre 2025 un nouveau cycle d’attribution de licences couvrant 50 blocs pétroliers et gaziers, le premier depuis 2007, avec des bonus de signature fortement réduits afin d’attirer davantage d’investisseurs. Ces mesures interviennent alors que la production pétrolière du pays reste inférieure à l’objectif officiel de 2 millions de barils par jour.
Shell espère pouvoir prendre la décision finale d’investissement sur Bonga Southwest Aparo, d’ici l’année prochaine. Si cette étape est franchie, l’actif offshore pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la nouvelle phase de développement offshore du Nigeria et contribuer à renforcer la production nationale, les recettes publiques et la sécurité énergétique du pays.