OPINION - Après le Sahel, l’océan Indien : la France face à elle-même
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Bernard Chaussegros et Lova Rinel
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Bernard Chaussegros et Lova Rinel
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Par Lova Rinel et Bernard Chaussegros (*)
Ce qui se défait sous nos yeux dépasse la seule question militaire. Une certaine grammaire française de la puissance se fissure : celle qui associait présence, influence et légitimité dans un même mouvement. Cette équation ne tient plus. Elle ne tient plus parce que les souverainetés s’affirment, que les opinions publiques s’autonomisent, et que la compétition stratégique se joue désormais autant dans les récits que dans les dispositifs.
Les retraits successifs du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la remise en cause des accords de défense au Tchad, la rétrocession des bases en Côte d’Ivoire, la fin de la présence permanente au Sénégal ne constituent pas une anomalie historique. Ils marquent la fin d’un cycle. Toute puissance traverse de telles séquences. Le véritable enjeu ne réside pas dans ce mouvement, mais dans l’incapacité à en produire une lecture stratégique cohérente.
Le vide d’interprétation est immédiatement comblé. Les perceptions locales, qu’elles soient fondées, exagérées ou instrumentalisées deviennent des leviers d’influence pour d’autres puissances. Les stratégies informationnelles, notamment russes, n’inventent pas ces dynamiques ; elles les exploitent, les amplifient, les structurent. Une puissance qui ne nomme pas clairement ce qu’elle fait laisse d’autres le faire à sa place.
Madagascar illustre cette faille. La visite présidentielle de 2025 portait l’ambition d’un réengagement. Quelques mois plus tard, un coup d’État révélait la fragilité des équilibres internes, tandis que des enquêtes mettaient en lumière l’ancienneté des opérations d’influence étrangères. Ce décalage n’est pas conjoncturel. Il traduit une difficulté plus profonde à inscrire l’action diplomatique dans le temps réel des recompositions politiques locales.
L’océan Indien ne saurait être appréhendé comme une périphérie ni comme un simple théâtre de repli après le Sahel. Il constitue l’un des centres de gravité de la puissance française. Par ses territoires, par l’étendue de sa zone économique exclusive, par la présence de ses forces, par le rôle des routes maritimes qui le traversent, cet espace engage directement la liberté d’action de la France.
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